L’illustrateur Evan Sohun a choisi pour sa première exposition en solo de célébrer l’amitié en l’intitulant « Frekante ». Il entend par là une évolution nourrie par les rencontres, qui s’avèrent déterminantes dans la vie de chacun. « Frekante » cette exposition, consiste alors à se plonger dans un imaginaire urbain peuplé d’animaux fantastiques, mi-hommes, mi-bêtes. Les oeuvres qui seront présentées à partir du 16 juin à la galerie Imaaya représentent aussi l’aboutissement d’un cheminement esthétique au cours duquel l’artiste a touché tour à tour à la photographie, à l’illustration digitale puis à la peinture… trois médias qui se superposent dans ces tableaux-synthèses.
« Les belles rencontres sont celles dont on s’inspire pour avancer », déclare Evan Sohun dans une note d’intention qui accompagne cette première exposition de peinture pour l’artiste, qui nous avait davantage habitué par le passé à ses bandes dessinées et aux illustrations des albums pour enfants, qu’il a réalisés avec Brigitte Masson dans la série Lilet et Gaspar, ces histoires amusantes et pleines de valeurs positives dans lesquelles on découvre les aventures de deux amis très différents et inséparables, la petite fourmi rouge Lilet et le gros chien jaune Gaspar.
Dans l’exposition qu’il présente du 16 juin au 17 juillet à la galerie Imaaya, au Cubicle, à Phoenix, il passe aux grands formats et aux pièces uniques, qui se suffisent à elles-mêmes. On ne se refait pas et sur chacune d’elle, l’artiste raconte une histoire dans des décors souvent urbains, riches en couleurs et en graphismes. Souvent, ces tableaux sont habités par ses personnages, « ni trop chats, ni trop chiens, ni trop humains », qui reviennent en épais reliefs noirs ou blancs, histoire de marquer leur présence et de rappeler qu’ils ont fait, il y a quelques années, le succès des bandes dessinées qu’imaginait l’artiste.
On retrouve ces animaux fabuleux dans différentes situations, en extérieur dans la rue, devant des façades réinterprétées, en intérieur assis sur un banc, par la fenêtre d’un immeuble ou dans un véhicule, dans des coins urbains un peu vieillots et toujours touffus. Mais parfois, le personnage est un objet sur pattes, bien étrange, comme cette télévision géante qui hante les rues désertes d’une ville de fin du monde.
Dans sa version noire, l’indéfinissable animal anguleux fait une descente dans les airs accroché à un parachute rudimentaire, devant la façade de feu le douteux hôtel Uropa de Curepipe (le « E » a disparu dans les aléas du temps qui passe). Il offre un sourire carnassier peu engageant. Ailleurs, une véritable famille de cet animal fabuleux, dans sa version claire, blanche ou jaune, circule tranquillement dans un 4×4 multicolore, devant un immeuble à l’allure défraîchie, qui a certainement plein d’histoires à raconter car, comme chacun le sait, les murs ont des oreilles…
Les fonds de ces tableaux sont en effet élaborés à partir de photographies qu’Evan Sohun a faites des vieilles bâtisses décrépies de Port-Louis, Curepipe ou Mahébourg, principalement. « J’ai toujours aimé, confie-t-il, travailler à partir de ce qui est vieux et usé, et je me plais à jouer des disproportions et de l’irrégulier, dans lesquels je trouve davantage matière à créer que sur des images trop lisses et trop nettes ! » Si ces personnages amusants ne cessaient de venir animer ces lieux, on pourrait dire que toute l’essence de la peinture d’Evan Sohun réside dans ce décorum, aux couleurs, graphismes et formes très chamarrés.
Soucieux de raconter la genèse des choses, l’artiste précise encore dans sa note d’intention que l’univers graphique mis en avant ici est parti, en particulier, d’une photographie prise à Mangalkhan alors qu’il contemplait l’arrière d’un bâtiment usé, songeant à la fresque qu’il aurait aimé y peindre, comme celles qu’il a déjà eu l’occasion de faire ailleurs, à Port-Louis notamment.