Pascal Soufflet s’est un jour demandé ce que pourrait être aujourd’hui le livre d’André Decotter, Port-Louis, visions d’artistes. Paru il y a 27 ans, cet ouvrage explorait les représentations que les peintres mauriciens proposaient alors de la capitale, avec les commentaires de l’auteur, considéré à l’époque comme critique d’art. Le galeriste a donc invité 18 artistes, peintres ou dessinateurs à réaliser deux oeuvres sur Port-Louis aujourd’hui. Différents styles et médiums se côtoieront dans cette exposition, à découvrir à partir du 20 mai.
La capitale mauricienne est traditionnellement un thème récurrent de la peinture figurative locale, si ce n’est par ailleurs une source majeure d’inspiration chez les écrivains et poètes. Si en littérature, le vécu artistique port-louisien a évolué et s’est actualisé en explorant l’évolution des modes de vie et de la ville, on ne peut dire que ce soit le cas dans les arts plastiques. Souvent, les « paysagistes » mauriciens ont abandonné ce thème de Port-Louis, estimant que la capitale ne participait plus du plaisir de peindre, comme ce fut le cas à l’époque où ils pouvaient y installer leur chevalet et tout l’attirail qui va avec sur les trottoirs, sans être importunés par les fumées des voitures et les passants peu amènes.
D’autres s’y prennent autrement, effectuant leur travail de recherche au moyen de la photographie ou du croquis. Certains artistes, qui ont une conception assez surannée de la peinture, continuent de peindre des scènes de rue comme il n’en existe plus par nostalgie têtue. Le développement considérable de la peinture abstraite et de tous les courants contemporains fait que l’attention artistique s’est finalement détournée de Port-Louis, et le thème est tombé en désuétude. Pourtant, un récent concours de poésie (Le Prix de poésie Edouard Maunick), certains textes littéraires et même le fameux événement un peu tonitruant Porlwi by Light démontrent à de multiples égards combien la capitale peut constituer une source tout à fait actuelle d’inspiration.
Port-Louis – l’unique port industriel, le centre administratif, le lieu des courses, le marché de gros, le siège de la plupart des activités économiques, etc. – est bien le coeur battant du pays. Et si elle souffre d’une pollution accablante et d’une absence totale de planification urbaine, elle exhale bien des charmes auxquels il est difficile de résister. Dix-huit artistes ont planché sur cette enclave étreinte entre mer et montagne. Le directeur d’Ilha do Cirne a bien sûr demandé à ceux qui restaient de l’époque d’André Decotter de proposer leur vision actuelle de Port-Louis, comme c’est le cas de Roger Charoux, Yves David, Jocelyn Thomasse ou Fabien Cango. Puis il a élargi le cercle à d’autres créateurs, pour les uns versés dans l’art conceptuel, dans l’illustration ou le symbolisme, chacun ayant une identité stylistique marquée et, souvent, un propos à développer. Le visiteur pourra ainsi découvrir le regard de Nirveda Alleck, Simon Back, Jean-Claude Baissac, Éric Koo Sin Lin, Ennri Kums ou Mariko sur notre intrigante capitale. Sans oublier Riaz Auladin, Florent Beusse, Bernard Charoux, Saïd Hossanee, Khalid Nazroo, Siddick Nuckcheddy, Vaco Baissac ou Françoise Vrot.