MMXIII. Le titre de l’expo de Firoz Ghanty, visible à Maison Ghanty jusqu’au 23 octobre, invite à appréhender la société contemporaine à travers son regard d’artiste. Regard d’un homme à la fois apaisé et en colère. Apaisé par le plaisir que lui procure le travail sur ses oeuvres, par la vérité qui, au bout de ses quêtes, surgit dans toute sa crudité : « La vie est un non-sens. » Et, en colère, révolté contre une société « formatée », « à genoux face à un système autocratique ». Dès lors, il s’agit de tout déconstruire. Les règles, le cohérent, l’ordre, la conformité, l’uniformité. Et, de renvoyer l’homme à l’absurdité de son existence. Le ton de l’expo est donné …
Collages, emprunts, déchirures, hachures, ratures, ruptures, détournement, mots … C’est ce qu’on peut constater dans cette expo ou comme préfère l’appeler Firoz Ghanty, cette « nouvelle expérience esthétique ». Laquelle est un peu, dit-il, une suite de ses trois derniers solos, Prakzis (2012), Ruptures (2011) et Suite (2012). Définissant cette expérience, il dit : « C’est le chaos esthétique et intellectuel dans le sens de l’ébullition, la jubilation et l’effervescence. Savoir que quelque chose s’estompe, mais en même temps pressentir l’inconnu qui se profile par un chambardement pour réinventer un ordre nouveau qui point et qui s’est nourri du passé ». Pressentir. Ce verbe se dresse face au visiteur, l’accompagnant toute sa visite durant, l’obligeant à le choisir parmi tant de verbes d’état qui pourraient l’animer. Car, au milieu du chaos de collages d’images sans lien, on est de prime abord perplexe. Pour ensuite pressentir des idées suggérées par le même chaos. 21 tableaux que l’artiste appelle pièces et des objets installés ici et là. Un haut socle soutenant un billot. Plus loin, dans une pièce séparée, un autre socle soutenant une petite boîte en carton…
On imagine derrière les oeuvres de l’artiste, un défi en quelque sorte tendu au visiteur. « Imperceptible pour l’oeil non exercé », écrit-il dans un texte accompagnant l’expo. Les pièces peuvent en effet rebuter par l’association d’images a priori sans lien. Mais, cette absence de cohérence laisse libre cours au fantasme. Le visiteur est libre de l’interpréter comme il l’entend. Une mise à l’épreuve, pour ainsi dire, de son imaginaire. À l’exemple de cette pièce où une calligraphie laisse penser à une écriture asiatique mais qui n’est en fait qu’une pure invention de l’artiste. « Cela renvoie la personne à quelque chose qu’elle croit connaître mais qui n’existe en fait pas. Et, de là, elle part dans son délire personnel », commente Firoz Ghanty même s’il se refuse en général à donner des clefs. Pour l’artiste, « la vie est faite de choses absurdes, de non-sens. Partant de cela, je mets en confrontation des éléments qui n’ont pas de lien pour en sortir des éléments équilibrés qui apportent une cohésion ».