Des couleurs vives et rafraîchissantes en mouvement sur de grands formats font la force du travail plastique de Soh Boon Kiong. Le peintre malaisien, installé au Japon, présente 20 tableaux à l’Institut français de Maurice (IFM) du 9 au 17 juin, un ensemble qu’il dédie sous le titre « La flânerie poétique » tant à Maurice qu’à Charles Baudelaire…
Soh Boon Kiong a choisi « Luxe, calme et volupté » pour intituler l’oeuvre majeure qu’il présente dans son exposition mauricienne, qui prend place à l’IFM à partir du 9 juin. Cette référence au poème L’invitation au voyage de Charles Baudelaire peut être entendue de différentes manières. Bien sûr, elle renvoie au voyage que le poète fit dans notre île en juin 1841 et qui a inspiré de nombreux vers dans cette oeuvre majeure qu’est Les fleurs du mal. Certains d’avancer à l’instar d’Emmanuel Richon que bouleversant sa perception du monde, ce séjour a par conséquent lui aussi contribué à révolutionner la poésie du XIXe siècle.
L’invitation au voyage peut s’entendre aussi pour les prochains visiteurs de l’exposition dans un sens plus littéral, qui consistera à voyager dans les compositions du peintre. Soh Boon Kiong nous propose en effet « une flânerie poétique », sachant que sa démarche consiste pour une large part à explorer les différentes dimensions et l’esthétique de la nature. Il offre dans ses oeuvres lumineuses, aux couleurs éclatantes et souvent translucides, une interprétation intérieure, voire méditative, du microcosme et du macrocosme.
Cette déambulation visuelle peut, nous dit-on, plonger le visiteur dans les mouvements vertigineux des brises océaniques et des tempêtes tumultueuses, sans jamais perdre de vue cependant la quête de l’harmonie, ce qui aboutit somme toute à un enchantement tranquille et délicat. Le peintre s’empare des montagnes, du vent, de la mer et de la lune, dans un mouvement de la pensée guidé par une inspiration capricieuse. ?« Né en Malaisie, une contrée tropicale où j’ai aussi grandi, formé en France, installé au Japon, où je me suis marié et où je mène ma carrière d’artiste, je suis particulièrement impatient de découvrir cette île de l’océan Indien aux cultures diverses qu’est l’île Maurice et d’y échanger avec sa population autour de mon travail. » C’est dans cet état d’esprit ouvert que le peintre vient au pays présenter son travail.  
Il puiserait entre autres ses influences dans le mouvement japonais « Gutaï ». Signalons au passage que ce mouvement d’avant-garde a, dans les années 1950, révolutionné le monde de l’art contemporain au pays du soleil levant en basant la création sur la performance et l’action. Son fondateur, Jiro Yoshihara, qui en a écrit le manifeste en 1956, proposait alors aux jeunes artistes japonais des démarches nouvelles qui permettaient de s’affranchir de l’emprise particulièrement forte de la tradition picturale. Ce mouvement aurait notamment inspiré l’action painting de Jackson Pollock ou encore le mouvement Supports/Surfaces, en France.
Le peintre s’est aussi nourri de l’approche antique des paysages dans les peintures chinoises et japonaises, ou encore de l’impressionnisme et ses couleurs, qu’il découvre lors de ses études aux Beaux-Arts de Paris. De ces multiples influences, Soh Boon Kiong a façonné sa synthèse et trouvé sa propre voix pour dialoguer dans le langage universel de l’art, recréant peut-être un univers où « tout n’est qu’ordre et beauté/Luxe, calme et volupté ».