Du 5 au 8 décembre, Joanna La Gesse expose à la Galerie Moulin Cassé de Pereybère. Vingt tableaux où elle personnifie plantes, insectes, poissons, et où la prof de yoga raconte Femmes, Fleurs, Papillons…
Quand elle a interrogé le dictionnaire, Larousse a précisé à son interlocutrice châtain qu’une gesse est “une plante grimpante de la famille des papilionacées”. En d’autres mots, “une espèce d’herbe sauvage”, dit-elle en souriant. Voilà une belle plante qui pourrait facilement la qualifier. Pour signer ses tableaux, Joanna est alors devenue La Gesse. Ce qui la distingue un peu plus de Marcel et de Pascal, les autres Lagesse de la peinture. Mais c’est surtout sa manière à elle d’affirmer sa personnalité artistique. Elle, cette “espèce d’herbe sauvage” qui n’en fait qu’à sa tête pour réinventer le monde et ses codes.
 
Une fleur enceinte.
Derrière la portière en fer et en bois brut du no 1 rue du Soleil, au fond d’une rue dans le nord de l’île, le décor est resté sauvage, au milieu des vacoas et des bananiers. Après qu’elle nous a poliment demandé de nous déchausser avant d’entrer dans la grande pièce où elle enseigne le yoga et où elle termine ses tableaux, l’heure est venue de faire les présentations. Le chat, les chiens s’étant présentés eux-mêmes, Joanna La Gesse nous fait faire la connaissance d’une fleur enceinte, d’une maman poisson dont les progénitures nagent dans son ventre en attendant le moment de l’accouchement, d’une fleur à talon dans un vase à fleurs, de deux fleurs qui s’enlacent en se regardant amoureusement dans les yeux…
En gouache, sur toile, papier ou carton, dans un style naïf pas très éloigné de Chazal, La Gesse raconte son univers. Fleurs, insectes, poissons et autres ti-bebet s’installent sur un fond épuré, dans une posture inattendue et des couleurs improbables. Joanna Lagesse joue avec des formes et des textures au gré de ses envies, se libérant des contraintes de la logique et du conventionnel pour raconter le monde à sa manière.
 
Solitude et partage.
La nature est omniprésente dans cette collection, simplement baptisée Femmes, Fleurs, Papillons… Trois mots et deux virgules suffisent pour tout dire. Sur le carton d’invitation, une femme jaune aux cheveux bleus dont les yeux portent l’univers, murmure aux oreilles d’une fleur rouge au regard tendre. Tout cela devient si réel lorsqu’on écoute l’artiste évacuer ces mots qu’elle garde sur le coeur et qui sortent d’un flot lorsqu’elle décide de s’exprimer.
“Je suis une solitaire. Mais j’aime les gens. J’aime partager.” Cette première exposition sera une occasion de rencontres et de partage. Le temps était venu pour que Joanna Lagesse sorte de sa réserve et accroche ses tableaux. L’année dernière, au moment d’un déménagement, un ami lui avait conseillé de se lancer, après qu’elle eut sorti ses tableaux, rangés ici et là. Il y en avait déjà beaucoup. Un style, une identité forgée depuis qu’elle avait commencé la peinture. Dans sa vie, entre l’avion, les hôtels, les produits cosmétiques… Joanna Lagesse a touché à tout, sans jamais se poser. Depuis neuf ans, le yoga fait partie de son mode de vie. Mais la peinture l’a toujours accompagnée.
 
Coloré et exubérant.
Les cheveux en bataille, l’éternel jeans, les pieds nus, le sourire constant : Joanna Lagesse n’a pas besoin de fards pour prendre des couleurs. “Je suis quelqu’un de coloré, d’enthousiaste et d’exubérant.” On le comprend vite en observant sa peinture. Pour son exposition, il y aura une vingtaine de tableaux autour desquels on pourra discuter sur cette folle envie qui la démange de “personnifier le végétal et l’animal”. Comme pour rappeler à l’humain qu’il fait partie de cette nature à laquelle l’artiste se dit connectée.
Peindre évacue peut-être cette mélancolie que l’on peut voir dans ses yeux quand elle pose pour la photo. Mais pour équilibrer, il y a le yoga, sa dimension : “Peace and love, hug the world. Le yoga compense mon côté mélancolique.”
 
Vingt tableaux pour une exposition, qui se tient du 5 au 8 décembre à la Galerie Moulin Cassé de Pereybère. Le fond musical a été composé spécialement pour elle par Franck Vallet.