Le Groupement Réfugiés Chagos convie régulièrement le public à des journées chagossiennes au cours desquelles il est possible de découvrir des spécialités culinaires, de la musique et autres pratiques culturelles propres au peuple chagossien. Ces rendez-vous permettaient aussi de faire le point sur un combat, la plus longue lutte depuis l’indépendance de Maurice, qui apporte chaque année son lot de rebondissements, d’espoirs et de déceptions. Cette fois-ci la culture chagossienne entre au musée, le temps d’une exposition, qui démarre mercredi 25 juin au Blue Penny Museum.
Le Blue Penny Museum accueille une exposition temporaire sur la culture chagossienne du 25 juin au 6 septembre. Ainsi le conservateur du musée, Emmanuel Richon a-t-il tenu à donner lui aussi, après les politiciens, les cinéastes, écrivains, chanteurs ou plasticiens, le contrepoint du conservateur, aux nombreuses tentatives d’annihilation de la culture chagossienne pratiquées par les colons anglais pour effacer la traîtresse déportation qui ne dit pas son nom, et qu’ils ont perpétrée avec la complicité des autorités mauriciennes de l’époque.
Le drame est qu’après avoir été séparés de leur terre natale sans crier gare, les Chagossiens ont dû repartir totalement à zéro à Maurice ou dans tout autre pays où ils ont été déportés : réapprendre une autre vie, un autre métier, passer de la nature au faubourg, s’immerger dans la pauvreté urbaine et trouver sa place tout au bas de l’échelle sociale, etc. Au fil des générations, malgré la voix encore vibrante des anciens qui ont vécu dans l’archipel, la mémoire s’effiloche. « Présenter et affirmer une culture originale et authentique dont notre part d’humanité, de quelque origine que nous soyons, peut être fière. » C’est en ces termes que le conservateur du Blue Penny Museum présente la future exposition.
Cartes et instruments…
Cette pierre apportée au « long édifice de la reconstruction d’une population meurtrie et exilée », il la présentera à travers quelques morceaux choisis dans les collections du musée, comme une douzaine de cartes, des plus anciennes au XVIIe aux plus récentes, pour situer les enjeux géopolitiques du vaste archipel. Dans une note d’intention très militante, le conservateur évoque aussi l’émotion vive de découvrir une carte de Peros Banhos dans Coral reefs, l’un des ouvrages majeurs du spécialiste de l’évolution et la sélection naturelle Charles Darwin.
Beaucoup des anciens sont déjà partis à l’instar de la chanteuse, et héroïque combattante, Charlésia Alexis ou encore de Lisette Talate. Mais Fernand Mandarin, qui a conseillé le musée pour cette exposition, continue de témoigner de son enfance et sa jeunesse passées dans ces îles interdites à ceux qu’elles ont enfantés et à leur descendance. Des maquettes des bateaux qui assuraient les liaisons avec Maurice, le Zambezia et le Diego, ont été confectionnées. Les outils destinés à la transformation de la noix de coco et à la production de l’huile de coprah ont été refaits grâce aux anciens. Car au moment de partir, il n’était pas question de les emporter avec soi. Les bustes en bronze de Lisette Talate et Charlésia Alexis seront là. Sans doute sera-t-il possible aussi d’entendre la voix alerte et nostalgique de cette dernière, au son d’un bobre, d’un makalapo ou d’un zèze que les visiteurs seront invités à essayer…