Émilie Pascal voyage et peint quand elle ne prépare pas son master de psychologie. Cette jeune Mauricienne installée en France présente quelques extraits de son travail de peintre et de dessinatrice au lounge de l’hôtel Hennessy, à Ébène, jusqu’au 31 août. Colourtrip pour dire le délicieux parfum des errances du corps et de l’esprit.
Émilie Pascal a fait du dessin et de la peinture depuis l’enfance, des petites classes jusqu’au HSC, et surtout comme une nécessité personnelle. « J’étais une élève très perfectionniste, nous confie-t-elle, tout le temps à corriger ce que je faisais. Et puis le professeur que j’ai eu en cours particulier pendant quelques années, Sarada Luchmaya, m’a aidée à me faire confiance, en quelque sorte à laisser la peinture prendre son autonomie. Dans la vie courante, nous passons l’essentiel de notre temps à vouloir contrôler tout ce que nous faisons. Grâce à cette enseignante, j’ai appris à “lâcher prise” lorsque je peins. Je ne suis plus dans cet état d’esprit à vouloir contrôler tout ce qui se passe sur la toile. Cela permet aussi d’apprendre à arrêter un travail. »
L’expérience de Peinture à l’ouïe à laquelle elle avait convié plusieurs autres jeunes artistes l’an dernier incarnait on ne peut mieux cette idée du “lâcher prise” en peinture, quand il s’agissait, après avoir fait un fond, de peindre un tableau à l’écoute d’une chanson et dans le temps limité de celle-ci. Outre l’énergie et la rapidité d’exécution que cela supposait, il fallait accepter que le tableau s’achève sur la dernière note de musique…
S’il n’est plus question de cet exercice dans le solo qu’elle présente jusqu’à la fin du mois dans le lounge de l’hôtel Hennessy, Émilie Pascal y présente des travaux qui ont été réalisés dans différents espaces, temps et tempos, avec plus ou moins de ce fameux “lâcher prise” qu’elle vit comme une bulle hors de la routine quotidienne. Pallavas les flots, pour ne prendre que cet exemple, a été réalisé en très peu de temps dans le feu d’une colère rouge qui irise les voiles de ce fatras de bateaux voguant vers l’horizon.
À l’inverse, avant d’inspirer ses tableaux grâce aux photographies qu’elle en ramène, les voyages qu’elle fait avec ses économies d’étudiante consistent à prendre parfois le temps de fignoler des croquis dont la propreté et la minutie impressionnent d’autant plus qu’ils sont faits sans gomme et directement au stylo bille. Il n’est alors plus question de se limiter dans le temps mais de croquer un panorama architectural sur une feuille de carnet avec le meilleur sens de l’équilibre et des proportions et la plus parfaite maîtrise du trait. Si elle excelle dans ce domaine et ces petits formats dessinés, elle ne vend pas ces travaux personnels, se contentant d’en exposer ici quelques-uns.
Sur la toile, l’artiste voyageuse montre une autre facette de son talent, l’art de la matière et de la couleur qui lui fait travailler une pâte le plus souvent épaisse, quasiment pas diluée, qu’elle pose tantôt en recherchant la représentation la plus fidèle à la photographie, tantôt en se concentrant sur ce que le lieu lui inspire. Ainsi, même si cette fenêtre aux reflets bleus est un pur extrait de la ville de Montpellier, elle peut effectivement évoquer un ailleurs, le désir d’une ouverture, l’usure du temps sur le crépis d’un mur ancien ou même pour les superstitieux un bon ou un mauvais présage puisque cette ouverture se trouvait au numéro 13 d’une rue de la ville française. Claire Thévenaux en dit : « Nos rêves sont des fenêtres vers un monde intérieur sans cesse en éveil. » Cette jeune Mauricienne également étudiante en France a accompagné chacune de ces toiles de quelques pensées en vers. Le visiteur peut prolonger le plaisir sur son blog : clartedelights.blogspot.com. Tel branchage en arabesques noires ou ces silhouettes féminines embrasées évoluant sur un fond chamarré d’ors et de roses suggèrent le voyage sans le figurer, et si ce dédale de murs et de toits portugais nous parle de Lisbonne, il ouvre aussi sur les grands espaces océaniques qui relient les hommes et les imaginaires.