Nos rivages, nos plages, nos rochers noirs et notre sable blond, la mer qui fait l’amour avec l’île à chaque marée, comme diraient en termes poétiques Édouard Maunick ou Sedley Assonne… Le littoral de notre petite île est inscrit dans l’imaginaire et le coeur de tous les Mauriciens. Une exposition organisée à l’initiative du collectif Aret Kokin Nu Laplaz (AKNL) est là pour nous le rappeler à l’Artelier, à Port-Louis, jusqu’au 10 mai. Vingt et un artistes, poètes, écrivains ou spécialiste du monde marin alertent artistiquement le public sur ce domaine public qui échappe à ses citoyens…
Peintures, dessins, photographies, poèmes et même un peu d’histoire avec Bertrand d’Espaignet qui raconte d’une plume alerte comment à partir de 1850, les côtes mauriciennes ont pu petit à petit commencer à être habitées, puis grignotées… 120 km de sable fin sur une ligne côtière totale de 320 km constituait le potentiel paradisiaque de la belle île tropicale…
Cette histoire finit mal puisque « le million d’habitants qui aiment la mer, les filaos et le bruit du vent » n’avait plus à partir de 2003 que 26 kilomètres pour ses journées de détente et de rêverie, ses pique-niques en famille et jeux de plage… C’est très peu et le grignotage, l’occupation, voire l’appropriation continuent avec des projets par-ci par-là, plus ou moins autorisés, qui rétrécissent nos regards sur l’immensité.
Les activistes du mouvement AKNL et les artistes, amateurs, professionnels mais tous profondément conscients de cette cause vitale pour le pays, se sont appelés Zanfan Lakot. Et ils convient chaque Mauricien à prendre un petit temps pour mesurer la richesse et la beauté infinies mais déjà très entamées de nos côtes, à travers leurs créations. Difficile d’énumérer ici les noms de tous les participants à cette exposition agrémentée aussi de textes d’auteurs confirmés et surtout concernés, tels que Yusuf Kadel et Michel Ducasse. Certains plasticiens ou plasticiennes sont connus comme le loup blanc (Krishna Luchoomun, Rirette Faron, Joshila Dhaby, etc.), d’autres sont des jeunes artistes ou des amateurs d’esthétique visuelle ou de la musique des mots, à découvrir. Mais tous ont un message poignant au fond du coeur : aret kokin nu laplaz… Aujourd’hui tous les citoyens mauriciens ont en tête la ligne infinie de l’horizon, la mer étale ou tumultueuse, et ce ciel à perte de vue qui amène grosses chaleurs et cyclones capricieux, qui rythment leurs vies en sculptant la nature. Tous ne sont-ils pas des zanfan lakot ?