Ses oeuvres parlent d’elles-mêmes… Penny Siopis expose un langage visuel unique façonné par son vécu personnel et son expérience de l’apartheid en Afrique du Sud. Elle engendre le processus de matérialité à travers une technique développée au fil de nombreuses années d’expérimentation. Jusqu’au 17 novembre, elle dévoile sa vision avec l’expo Incarnationsau ICAIO à Port-Louis.
Des images traumatisantes, des couleurs sanglantes, des formes perdues mais également de l’espoir, la vie et la passion. Incarnations est une exposition qui s’incarne au travers des tableaux, vidéos et installations.
Un thème cher à l’artiste, où elle explore dans toute sa splendeur la notion de matérialité. “En tant qu’artiste, j’ai toujours été intéressée par la forme matérielle que nous utilisons pour présenter une image. La peinture ou autres médiums est comme un corps, et pour moi une oeuvre d’art est une incarnation en elle-même parce que nous créons un nouvel organisme de rien”, nous explique-t-elle.
Cette matérialité est également rendue possible par la technique et l’expérimentation constante de l’artiste. Penny Siopis crée un monde unique par une technique consistant à combiner l’encre et de la colle. Une manière de peindre qui caractérise non seulement son expression picturale mais également la matérialité. “C’est une réaction chimique obtenue pour la première fois en 2008 en déversant de l’encre sur une surface de colle, ce qui a donné un mélange étonnant sur la toile”.
Penny Siopis apporte son expérience au monde et le processus de matérialité permet cela, et ouvre la porte à des interprétations saccadées. À travers ses peintures, se côtoient sans aucune appréhension des sentiments différents. Et cette diversité est présente à travers la plupart de ses travaux, dont le plus imposant est l’installation Late and Soon, autant par sa grandeur que sa complexité. Penny Siopis y explore différentes émotions collectives générées par l’époque de l’apartheid à travers des couleurs sanguines, des titres de journaux des années 20 et 30, des expérimentations avec la colle et l’encre qui donnent l’effet traumatisant d’un monde à feu et à sang. “Ma vie a été rythmée par l’apartheid, un temps où les êtres humains étaient liés aux autres mais également séparés. Cette partie de l’histoire a façonné qui je suis mais également ma vision du monde, tout comme l’identité de tous les Sud-Africains. Donc, forcément cette période se retrouve dans mes travaux”.
Incarnations, c’est également la reconstruction d’un peuple qui n’a pas encore guéri de ses blessures du passé. “C’est un pays dont les meurtrissures sont encore présentes, et j’expose toutes les facettes les plus sombres de cette période de l’histoire, la brutalité policière, le harcèlement physique et moral, les crimes, viols, les procès en cours”.
Enfin, à travers une vidéo, Communion (2011), l’artiste réincarne l’histoire du Docteur Quinlan, une religieuse catholique violemment assassinée, son corps brûlé et démembré, par une foule en délire après une manifestation anti-apartheid en 1952. “Les textes qui illustrent cette projection sont racontés par la religieuse, dont le fantôme décrit les moments précédant et suivant sa mort, au son d’une berceuse africaine”.