Après sa dernière exposition en 2010 à Pamplemousses, Maryse Hardy est revenue la semaine dernière, le temps d’un week-end, à la salle d’oeuvres de l’église Saint-François d’Assises pour présenter Atmosphère. Une exposition d’une cinquantaine de tableaux, dont la majorité sont des huiles. Elle y a présenté les rues de Port-Louis et ses marchands ambulants, le Port et d’autres paysages. De magnifiques images figuratives qui transportent le visiteur dans l’univers de l’artiste-peinture où la couleur est maître.
Du rouge vif, du bleu, du jaune, du rose, du vert, du blanc… Maryse Hardy travaille toujours sur des fonds peints au préalable en fonction de son humeur du moment. « Le fond m’invite à faire un croquis plutôt qu’un autre. Je reste dans le même ton. Il est important de garder les couleurs complémentaires », soutient-elle. Cela donne ainsi un cachet particulier à ses travaux avec par exemple un bâtiment rouge à la rue Royale alors qu’il est d’une autre couleur ou une rue bicolore (bleu et vert) et un ciel tricolore où vient s’ajouter du violet. La multiplicité de couleurs qui habille ses tableaux préserve l’harmonie des lieux. Maryse Hardy arrive à capter une certaine atmosphère. « On ne peut pas peindre en restant chez soi. C’est Georgina Rey (NdlR : artiste également) qui m’a montrée à sortir. On ne peut pas peindre tant qu’il n’y a pas le feeling. Il faut du ressenti », insiste-t-elle.
« J’ose »
La spécificité de Maryse Hardy est la spontanéité avec laquelle elle s’exécute une fois qu’elle choisit son sujet. « J’ose ! », affirme l’artiste-peintre. « J’ose faire de grands coups de pinceaux alors que d’autres non », poursuit-elle.
Le respect des proportions et la perspective frappent d’emblée le visiteur qui regarde les tableaux de Maryse Hardy. Sur ses fonds peints, elle dessine d’abord, y applique ensuite des couleurs pour retranscrire un endroit, une atmosphère.
Maryse Hardy peint et repeint le même lieu, la même scène sur différents fonds ou sous différents angles. C’est ainsi que le visiteur devait retrouver plusieurs vues de la rue Edgard Laurent, de la rue Royale, d’un retour de pêche, du port… Au fil des années, le travail de cette artiste a évolué. Elle tend à diminuer les détails et à s’orienter vers une certaine épuration. Est-ce que cela se fait consciemment ? Non, répond-elle.
Son voeux : quitter le figuratif pour faire de l’abstrait. Pas seulement en donnant des coups de peintures ça et là sur une toile, précise-t-elle, mais en s’inspirant d’un lieu quelconque comme elle le fait actuellement. « Il faut être très bon pour éliminer les détails et aller vers l’abstrait », est-elle d’avis. L’artiste travaille au pinceau, avec ses doigts et à l’aide des cartes de crédit. Le choix se fait en fonction de la dimension de la toile et de l’effet qu’elle veut donner à l’image. Outre la quarantaine d’huiles, elle a exposé une dizaine d’aquarelles en grand et petit formats : ruelles de Port-Louis, Le Port et des arbres.
Activité sociale
Maryse Hardy fait partie du petit groupe d’artistes qui se voient tous les samedis pour aller à la rencontre de la capitale : ses ruelles, son port et ses bateaux, ses habitants… Une fois le lieu choisi, elle s’y installe avec son chevalet. « Dès le début lorsque je me suis jointe au groupe avec Bernard Charoux, David Constantin, Jocelyn Thomasse et les autres, j’ai commencé à travailler sur des grands formats. Une fois le chevalet posé, plus rien ne compte », affirme-t-elle.
De 14 h et 18 h, voire 18 h 30 (NdlR : dépendant de la saison), Maryse Hardy ne s’arrête pas. « Je suis souvent la seule à ne pas avoir terminé et les autres m’attendent », indique l’artiste. Un soutien et une complicité importants pour elle. « Jocelyn Thomasse est mon ange gardien. Quand on travaille en groupe, on a l’avis des autres sur l’évolution du travail et c’est important. Jocelyn peut par exemple me dire : attention, là, ne couvre pas tout. Parce qu’on peut avoir tendance à tout couvrir. »
Or, il peut s’agir juste d’ajouter d’un peu de lumière et de l’ombre sans changer la couleur de fond, explique Maryse Hardy pour qui la peinture est aussi une activité sociale. L’artiste-peintre est bien ancrée dans la vie locale. Que ce soit à Mahébourg, à Trou-d’Eau-Douce ou à Port-Louis, elle côtoie tout le monde : habitants et commerçants, jeunes et moins jeunes. Une certaine solidarité se met en place. Lorsqu’elle conte ses anecdotes, ses yeux brillent. « Les gens sont extra… Il y a une énergie qui se dégage de cette ambiance de foire », dit-elle en citant l’exemple de Mahébourg.
Dans sa grande générosité, l’artiste anime des ateliers d’art sur une base volontaire à l’intention des jeunes de sa localité à Deep-River-Beau-Champ. Le conseil que donne la professeure : « Il faut dessiner. Il faut sans cesse pratiquer. Je dis d’ailleurs à mes élèves de toujours garder un carnet de croquis avec eux. » Pour elle, toute scène de vie qui les entoure est un sujet à croquer. « Qu’il s’agit d’un pêcheur qui rentre, de lavandiers, de marchands de boulettes… »
En organisant son exposition à la salle d’oeuvres de l’église de Pamplemousses, Maryse Hardy avait, une nouvelle fois, prévu de verser une partie des recettes provenant de la vente de ses tableaux à la paroisse pour la rénovation de la cure bâtie en 1743.