La galerie Hélène de Senneville propose un Mois de la photo dans ses locaux récemment rénovés et réaménagés à Pointe-aux-Canonniers. Il est assez symptomatique que cette galerie s’intéresse désormais à ce support qui a habituellement tendance à être boudé par les acheteurs d’art mauriciens. Ouverte à tous, cette exposition montre une sélection d’images réalisées par des amateurs, des professionnels, des membres de la presse ou du secteur de la communication. Sans thème imposé, en noir et blanc ou en couleur, digitales ou argentiques, elles sont visibles du lundi au samedi jusqu’au 30 août.
Le support photographique se vend et s’échange facilement à Maurice entre collectionneurs férus d’histoire et amateurs de patrimoine, mais il ne fait que de furtives incursions dans les expositions d’art, et souvent les photographes d’art se plaignent de ne guère vendre leurs tirages pendant que certains peintres réalistes écoulent leurs tableaux sans difficulté… Le Cercle des Artistes Photographes a créé des habitudes au Caudan en exposant les travaux de ses membres souvent au mois août dans un rendez-vous qui s’intitulait aussi Le mois de la photo. Depuis quelque temps, cette association de passionnés propose des expositions individuelles à différents moments de l’année, comme celles de Steeve Dubois et Jerry Layduhur qui viennent d’avoir lieu.
Hélène de Senneville prend le relais d’une autre manière en lançant dès aujourd’hui son Mois de la photo jusqu’au 30 août. Les 180 m2 de la galerie de Pointe-aux-Canonniers sont dédiés à cet art aussi majeur que populaire, sans compter un espace supplémentaire, situé en terrasse, qui montre une collection privée, avec des images de l’île Maurice au siècle dernier extraites de la collection Jean-Louis. La galeriste souhaite ainsi inscrire la photographie actuelle dans le prolongement de la précoce tradition photographique mauricienne, sans limite temporelle.
Le laboureur en dhoti — si petit à côté des cannes géantes qu’il a coupées — fait la pause dans le chemin tout en lignes de fuite, composant avec les champs, un bouquet d’arbre et une ouvrière à pied une merveille d’équilibre où perspective et profondeur de champ le disputent aux surfaces planes des champs de cannes. Les qualités esthétiques de ce document méritent une halte à la galerie, sachant qu’il n’est qu’une pièce parmi plus de 80 clichés exposés pour cette première édition.
Les participants ont choisi librement leurs images sans contrainte de style, de thème ou support. Celles-ci pouvaient être en noir et blanc, en couleur, numérique ou argentique. Les services photos des principaux groupes de presse ont aussi été sollicités, allant chercher quelques pépites dans ces images que nos confrères reporters prennent jour après jour des images d’actualité. Les photographes de presse façonnent les représentations de l’histoire d’un pays. Pris dans le tourbillon incessant des événements, ils appuient sur le déclencheur comme d’autres font quotidiennement du bon pain, à cette différence près qu’aucune image n’est la même…
Instants placés hors du temps…
Puis dans le flot des images réalisées, celles qui paraissent et celles encore plus nombreuses qui restent dans les archives, certaines sortent du lot, témoignant d’un moment crucial de la vie du pays de manière explicite, avec esthétisme et aplomb. À l’instar du combattant de la liberté abattu à la guerre d’Espagne, de la petite fille dénudée par un souffle de napalm au Vietnam, du visage de labeur et de lassitude d’une Américaine fuyant le chômage et la misère… ces images et tant d’autres symbolisent des époques et marquent des générations. Ce mois offre donc l’occasion aux journaux, de s’arrêter un temps pour choisir et valoriser des images emblématiques, très peu pour commencer, mais si ce mois continue, année après année, Maurice pourra compiler son propre catalogue public d’images de presse placée hors du temps.
« Il me semble, remarque Hélène de Senneville, que nos grands-parents mettaient souvent des photographies d’art sur leurs murs, c’est moins le cas aujourd’hui. J’aimerais contribuer à développer cette dimension artistique de la photo. La photographie m’intéresse intellectuellement car on assiste actuellement à une révolution technologique inédite qui en fait un support extrêmement populaire. Elle devient maintenant réellement accessible à tous. Elle est restée conditionnée par l’usage d’un boîtier pendant des décennies, et voilà que des photographies peuvent être réalisées avec des téléphones portables, des iPad et même des drones ! C’est totalement inédit. »
Notre interlocutrice tient à ce que cette exposition collective annuelle soit ouverte au plus grand nombre possible de participants. Outre la modeste présence des groupes de presse de L’Express, du Mauricien et du Défi, dix-huit photographes exposent cette fois-ci parmi lesquels se trouvent Christian Bossu-Picat, Alexa Gordon-Gentil, Sophie Montocchio, Stéphanie Desveaux ou Claude Pavard… Il sera possible de les rencontrer à la galerie le 16 août au matin. Peu représentative de l’arc-en-ciel mauricien, cette liste laisse cependant supposer une grande variété de thèmes et de styles. Si la galeriste atteint ses objectifs, cet événement annuel devrait concerner plus de monde. « Je lance dès aujourd’hui un appel à tous ceux qui pratiquent la photo par passion et les invite à nous proposer des images sur le thème du jeu… dans tous les sens du terme, des jeux enfantins aux courses ou au loto en passant par les compétitions sportives, les dominos ou le carom. Un thème très mauricien en somme. »