La peintre Nalini Treebhoobun a choisi à l’occasion d’une exposition dans la galerie réunionnaise de l’Apeka, qui se trouve dans les hauts à Bourg Murat, de remonter le temps en proposant des reproductions imprimées des pièces les plus emblématiques de son parcours créatif depuis 1988. Cette introspection partagée commence par les dessins en noir et blanc qu’elle a présentés dans ses premières expositions mauriciennes, alors qu’elle revenait tout juste de ses études…
Oiseau national de l’Inde, symbole de grâce, d’amour, de joie et de beauté, le paon est aussi associé à l’immortalité et représente le véhicule de plusieurs divinités du panthéon. Si les paons bienveillants du dessin de Nalini Treebhoobun présenté ci-contre, peuvent être associés à la grâce et la beauté en présence de ce corps féminin, peut-être faut-il y voir aussi le véhicule de Saraswati, déesse de la connaissance et des arts… Présent dans la culture indienne depuis ses débuts dans différentes religions et traditions, cet animal a fasciné aussi les Grecs, les Yézidis, les Moghols, les Chinois et les bouddhistes, etc. Réalisé en 1989, il fait partie des nombreux dessins qui ont été présentés dans les premières expositions de l’artiste à Maurice après ses études.
Après avoir beaucoup travaillé la gravure en France, et se retrouvant à Maurice sans presse, elle est passée au dessin directement sur papier, à l’encre de Chine ou à la mine. L’artiste garde précieusement ces dessins qui ont marqué le début d’un parcours foisonnant et donné le ton de préoccupations esthétiques qui ne la quitteront plus ensuite. Comme le temps et le climat tropical commencent à altérer ses originaux, elle a décidé de les reproduire par impression sur papier d’archive, support qui se conserve très longtemps.
Une dizaine des travaux qu’elle montre sont quant à eux en couleur, remémorant par exemple les expositions des années 2000, des travaux sur papier artisanal de 2000 regroupés sous le titre Frontières, à la dernière exposition en date, Windmill of my mind, en 2015. La plupart de ses expositions passées ont montré des peintures nouvelles et récentes. Ce solo marque une pause pour Nalini Treebhoobun, et témoigne de sa volonté de prendre du recul et de se retrouver en revisitant son parcours à partir d’aujourd’hui. Les reproductions choisies pour cette mini-rétrospective subjective sont les pièces qui ont le plus fait sens et marqué ses rendez-vous en solo avec le public.
La galerie d’art de l’Association pour l’éducation, la (k) culture et les arts (APEKA) se trouve à Bourg Murat, dernier village avant le volcan de la Fournaise, dans des bâtiments qui ont abrité de 1936 à 1972 une association religieuse, connue comme centre de redressement particulièrement sévère. Les parents menaçaient souvent les enfants trop turbulents de les envoyer à l’APECA, qui signifiait alors « Association pour la Protection de l’Enfance Coupable et Abandonnée »… Ses locaux qui logeaient jadis quelque 200 enfants, abritent aujourd’hui une école de soudure, deux entreprises de métallurgie, des habitations familiales, deux ateliers d’artistes, et cette Galerie d’Art, qui a exposé deux artistes indiens (designer et photographe), et le peintre Thierry Malet dernièrement.