Il est devenu coutumier pour Marco François de présenter une exposition de ses tableaux sur toile une fois par an, comme il l’a fait l’an dernier et en 2010. Et si la Rodrigues d’une enfance sublimée continue de l’inspirer, ses représentations n’en évoluent pas moins, avec par exemple quelques scènes citadines volées dans les rues de Port-Mathurin, certaines évocations humoristiques, et comme toujours, ce charme coloré d’une peinture naïve qui n’en offre pas moins la survivance de « lavi lontan » qui continue d’attirer les visiteurs dans la petite île. À découvrir du 28 septembre au 6 octobre au Barkly Warf, au Caudan.
Marco François parle certes avec ses pinceaux mais il sait aussi raconter la vie rurale et enfantine qui l’ont inspiré, donnant une lecture pudique de la vie qu’il a connue dans son enfance, du côté d’Anse Baleine à quelques encablures de Saint-Gabriel. Il raconte en image cette île Rodrigues industrieuse où hommes et femmes s’activaient ardemment aux tâches agricoles et aux activités de pêche. Il montre ce qui tend à disparaître et même parfois ce qui a complètement disparu du paysage rodriguais : les bus munis de porte-bagages qui étaient généralement recouverts de paniers chargés de volailles et autres récoltes de la ferme, des objets du quotidien et des habitudes sociales tombées en désuétude avec le développement de la télévision.
Avec tendresse, il s’amuse parfois de cette vie campagnarde et frugale. Il rit par exemple de l’indolence des bus rodriguais, ces moyens de transport collectif absolument vitaux que l’on attend parfois longtemps et qui rouleront ensuite si tranquillement qu’il serait parfois préférable de se déplacer… à dos de tortue ou à dos de poule. Jamais plaintif ou amer, cet humour peut aussi illustrer ce qu’une expression rodriguaise exprime de l’indigence qui accable parfois des familles.
Atann ki poul ponn
Ainsi Marco François parle-t-il littéralement du fait de « atann ki poul ponn dan lamin » pour aller vendre ces oeufs au marché, à quelque boutique ou « banian » et… s’acheter en retour quelques denrées de base. Montré symboliquement, ce dénuement-là a souvent hanté et hante encore la vie de bien des gens ici et ailleurs, il est montré simplement sans larmoiement avec la pointe de dérision que l’on peut entendre si l’on veut.
Si elle montre des motifs en abolissant les proportions et même parfois la perspective ou le réalisme des couleurs, comme pourrait le faire un enfant, la peinture naïve n’est pas pour autant « innocente » dans son illustration de la vie. Se laisser charmer béatement par le chatoiement des couleurs ou le côté amusant du dessin ou des situations désignées serait une erreur. Derrière ce style rafraîchissant, se révèle une vision sublimée, dénuée de jugement ou de moralisme, de la condition humaine dans ses aspects les plus joyeux comme les plus regrettables.
Si Marco François raconte son île au temps de l’abondance des ressources avec ce qu’on pourrait considérer comme une pêche miraculeuse, des arbres lourds de fruits et des élevages, dont la jeunesse s’amuse, il montre aussi divers aspects de la pauvreté, des habitudes sociales parfois un peu excessives, comme les fêtes bien arrosées, les femmes aux tâches ménagères dont il se demande pourquoi l’on ne considère pas leurs activités comme un travail, et des enfants jouant à « larou bwat » rêvant peut-être de jouets plus élaborés…