Se mobiliser pour rejeter la misère, pour ne laisser personne derrière et renouveler son combat contre la pauvreté. Tel est l’intérêt de nombre d’Ong à Maurice, qui travaillent sans relâche pour sortir des familles de la pauvreté et les aider à se tenir sur leurs propres pieds. À l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, ce 17 octobre, le public était invité à faire l’expérience de la « rencontre du pauvre ». Le rencontrer dans son vécu au quotidien pour mieux se mettre dans sa peau et comprendre ses difficultés, non pas en jugeant mais en faisant un pas pour l’aider. Plusieurs Ong étaient présentes pour partager leurs expériences de ce combat contre ce fléau de la société.
Irenza Milazar est mère de quatre enfants. Aujourd’hui, cette Rodriguaise est responsable de la formation d’autres mères de famille à Triolet, Pointe-aux-Piments et Solitude, à la culture de légumes bio. Pour qu’elles puissent nourrir les leurs et vendre des légumes quand il y en a en surplus. Elle se dit soulagée de pouvoir gagner sa vie grâce à Caritas, même si élever quatre enfants est loin d’être facile. « Je me dis qu’il y a tant d’autres qui se trouvent dans des situations difficiles », dit-elle. Si elle est aujourd’hui plus sereine, c’est qu’elle n’oublie pas que sa maison de la NHDC a failli être saisie. « Je travaillais à l’usine mais quand j’ai quitté mon travail, je n’arrivais plus à payer les frais pour ma maison. C’est grâce à Caritas que j’ai pu la conserver. Sa vi-la ti difisil mem, me ena pass pli mizer ki mwa. » À Caritas, elles sont neuf femmes à assurer la formation à la culture de légumes. Pour Irenza, « quand une personne vit dans la misère, elle ne peut trouver le sommeil » la nuit. « On peut donner une maison à une personne mais il faut savoir dans quelles conditions elle vit dans cette maison, si elle a de la lumière, de l’eau, à manger… » souligne-t-elle.
Du côté de Terre de Paix, Patricia Yue nous parle des multiples projets que l’association entreprend pour tendre une bouée de secours aux jeunes issus de familles vulnérables. Il y a d’abord les familles d’accueil, basées sur le concept “Foster Family”, qui reçoivent une cinquantaine d’enfants extraits de leur famille biologique pour des raisons d’insécurité. Alors que la ministre du Bien-être de l’enfant, Fazila Daureeawoo, regrettait récemment que des enfants restent aussi longtemps dans des “shelters” alors qu’ils devraient se trouver dans des cellules familiales pour se sentir en sécurité, Patricia Yue souligne qu’ici, le concept diffère des “shelters”. « Ce sont des familles d’accueil, dans de vraies maisons, qui ne portent pas d’appellation quelconque. Nous y plaçons jusqu’à six enfants et notre équipe sociale effectue un suivi et un accompagnement. Chaque mercredi, les “foster mothers” se rencontrent pour discuter de divers thèmes, dont les droits des enfants, les premiers secours ou encore la nutrition. »
Initiation à la culture
Terre de Paix reçoit d’autre part dans son école spécialisée Atelier du Savoir (ADS) quelque 80 jeunes n’ayant pu s’adapter avec le système scolaire public. Jean Margéot Ravina, formateur de l’ADS, explique que les enfants apprennent à préparer des fruits conservés mais aussi « pima mang, zasar mang, papay », etc. « Ils sont 80 à avoir échoué dans leurs études. Ici, nous leur proposons plusieurs activités, comme des ateliers de créativité, l’apprentissage du kreol morisien et l’alimentation. » Abishek a 14 ans et est un des élèves d’ADS. « Mwa, mo pli kontan lagrikiltir. Mo kontan plant legim, pima, petsay. Mo fer mo prop konpos ek fey, lapo legim ek later. » Le programme “Outreach” initie les jeunes à la culture de pleurotes et à la préparation de fruits conservés en pots. « Nous avons un projet de potager. Nous offrons des bacs aux familles bénéficiaires pour planter des légumes. Chaque année, nous organisons un concours de meilleur potager », ajoute Patricia Yue.
Terre de Paix travaille aussi avec les familles à travers de microprojets tels “hot shower”. « La famille reçoit un bidon qu’elle peint en noir et qu’elle met au soleil durant la journée. Le soir venu, elle dispose ainsi d’eau chaude pour ses enfants. » Il y a aussi le projet “solar light bulb”, qui permet à des familles dont la toiture de la maison est en tôle de disposer de lumière le soir. Des cours d’alphabétisation sont aussi dispensés aux parents à La Valette.
Au Mouvement pour le Progrès de Roche-Bois (MPRB), les responsables oeuvrent, eux, pour l’amélioration des conditions de vie des habitants de la localité. Pour cela, le MPRB encourage la participation active des habitants. Ainsi, de 9h à 15h les jours de semaine, le centre accueille des jeunes de 13 à 16 ans n’ayant pu suivre le système scolaire normal. « Nous les initions à la sculpture, à l’artisanat, à l’informatique et à la cuisine. Nous encadrons aussi les parents pour les aider à sortir de la pauvreté. À ceux qui n’ont pas de travail, nous offrons un poulailler et des pondeuses pour qu’ils puissent les élever et les vendre par la suite. Nous leur offrons aussi des semences pour des légumes », expliquent Patricia Navette et Bianca Castel. « Ces enfants n’avaient pas de petit-déjeuner et arrivaient chez nous le ventre vide. Nous faisons de notre mieux pour leur offrir un petit-déjeuner et un déjeuner. Même les parents viennent quelquefois solliciter notre aide quand ils doivent par exemple remplir des formulaires pour des démarches administratives. Nous les aidons. Chaque fin d’année, nous faisons un don aux parents qui sont dans le besoin. »
Autant de projets sociaux pour les plus vulnérables que réalisent les Ong et sans lesquels ces familles ne verraient jamais la lumière au bout du tunnel. Toutefois, faute de fonds et de soutien financier suffisant, certaines sont malheureusement menacées de fermeture.