La galerie de Pointe-aux-Canonniers Ilha do Cirné présente, jusqu’au 8 novembre, une collection de gravures consacrées au roman de Bernardin de Saint-Pierre. Ici, l’histoire de Paul et Virginie est contée essentiellement sous forme d’images, ainsi qu’à travers quelques sculptures et éditions d’origine du livre. Une occasion de découvrir quelques grands peintres des XVIIIe et, surtout, du XIXe siècle, qui se sont penchés sur cet ancêtre du romantisme.
« Je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu d’autres romans à générer autant d’iconographies et de produits dérivés ! » s’exclame le directeur de la galerie, Pascal Soufflet, qui collectionne depuis de nombreuses années toutes sortes d’images imprimées, de la cartographie ancienne de l’océan Indien aux estampes japonaises, en faisant un petit détour par la photographie et quelques autres objets d’art. Le répertoire iconographique de Paul et Virginie publié en 1963 par Paul Toinet permet de dénombrer et authentifier plus de 400 gravures, sans compter d’autres objets d’art et toutes sortes de produits dérivés, qui vont des emballages de soupe aux séries télévisées…
Considéré comme texte annonciateur du romantisme, Paul et Virginie a connu plus de 500 éditions dans quelque 40 pays… Le visiteur de la galerie pourra en découvrir quelques-uns, comme le grand format illustré Curemer, datant de 1838, placé en dépôt à la galerie, et qui contient aussi une lettre de Bernardin de Saint-Pierre de 1794, adressée au citoyen Boissy d’Anglas, qui traite de tous autres sujets. Les éditions les plus précieuses, qui remontent à 1789, sont présentées sous vitrine, dans leur reliure d’origine, en cuir de petit format. Ces trois éditions séparées ont suivi la première publication du texte dans Les études de la nature.  
Pascal Soufflet a commencé à acquérir des gravures ou lithographies représentant ce thème alors qu’il vivait encore à La Réunion, recherchant ensuite auprès des marchands et collectionneurs à travers le monde grâce à internet, les représentations les plus réputées. Si ces images se sont dispersées dans le temps, la plupart sont issues d’éditions françaises. Les artistes les plus prisés qui les ont conçues sont par exemple Jean Frédéric Schall (1795), dont le dessin et le pinceau montrent une précision impressionnante. Dans une lithographie de 1850 de Joseph von Lerius, on apprécie la grâce des personnages rehaussée par la lumière qui éclaire le visage angélique de Virginie, ainsi que le souci du détail, jusque dans les points de rouille de la végétation… La parenté avec certaines images pieuses dans la façon de représenter Virginie frappe parfois, de même que le classicisme dans la composition de certaines représentations.
Deux gravures rénovées de Frédéric Henri Schopin expriment la douceur romantique des amoureux, avec un trait extrêmement minutieux qui détaillent, par exemple, les souliers jusque dans leurs coutures, le moindre motif ou lacet d’une robe et la plus discrète mèche de cheveu. Si certaines séries semblent avoir été colorisées, d’autres ont adopté la couleur comme principe, comme celle de 1928, réalisée au pochoir colorié sur calque, qui montre pour la première fois des pratiques vestimentaires indiennes dans l’entourage des jeunes héros. Parmi les objets exposés, au-delà de deux cartels en régule (alliage d’antimoine, d’étain et de plomb) ou de plaques de verre en couleur destinées aux lanternes magiques, il faut surtout prendre le temps d’admirer la belle patine dorée, bonifiée par le temps, d’une authentique sculpture en bronze d’Hyppolite François Moreau, représentant le couple s’abritant sous une large feuille de banane.