Il ne reste plus qu’une petite semaine pour visiter l’exposition tenue sur le site de l’Aapravasi Ghat, dans les locaux de l’ancien hôpital militaire. Particulièrement documentée, cette exposition itinérante a eu lieu à La Grande Chaloupe où les anciens lazarets ont été partiellement convertis en musée, puis a voyagé à Pondichéry avant de venir à Maurice. Elle retrace l’histoire des lazarets dans l’île soeur, principalement celui de La Grande Chaloupe, qui a accueilli en quarantaine de nombreux travailleurs engagés acheminés à La Réunion, dont quelques contingents de travailleurs rodriguais au début du XXe siècle.
À la fin de l’engagisme, La Réunion a accueilli des travailleurs malgaches, à partir de 1922, puis des travailleurs rodriguais recrutés en 1933 avec les encouragements de l’Église. C’est notamment ce que vient nous rappeler l’exposition qu’accueille en ce moment et jusqu’au 31 décembre le site de l’Aapravasi Ghat. Le lazaret de La Grande Chaloupe a à cette époque également fait office de dépôt colonial, notamment pour le départ de ces mêmes travailleurs qui se sont révoltés contre les mauvaises conditions de travail qui leur avaient été offertes, les faibles salaires et le manque de nourriture. Une grande partie d’entre eux s’est alors retrouvée au lazaret de La Grande Chaloupe en 1934 pour être soignés des maladies qu’ils avaient développées sur les propriétés, avant d’être rapatriés en terre natale. On dénombre, en 1934, 736 Rodriguais engagés à La Réunion, tandis que seulement 57 sont restés dans l’île soeur comme travailleurs libres à partir de 1937.
En comparaison, l’immigration indienne à La Réunion à la faveur de la convention franco-britannique qui l’a facilitée, a concerné une population bien plus importante, que l’on chiffre pour le XIXe siècle à 117 813. Les termes du contrat franco-britannique n’ayant pas toujours été respectés dans l’île montagneuse, cet accord qui liait ainsi la IIIe République française et l’empire britannique a été suspendu en 1882. À partir de 1889, les travailleurs engagés qui restaient dans l’île ont eu le droit de demander la nationalité française.
Cette exposition nous apprend encore que les origines de l’engagisme remontent à 1828 à La Réunion. Jusqu’en 1882 les autorités et le secteur privé de l’île soeur ont fait venir des travailleurs engagés indiens recrutés dans les comptoirs français de la Grande Péninsule, puis à partir de 1860 dans l’arrière-pays britannique. Tous ces travailleurs passaient par les contrôles sanitaires qui étaient institués depuis 1780 pour prévenir les grandes épidémies. Lorsqu’une mise sous quarantaine était décrétée, selon l’importance et la nature des maladies et épidémies qui touchaient les voyageurs, on décidait de laisser les passagers sur leur bateau sous voile en mer ou en rade, ou de les transférer dans un lazaret. Les premiers lazarets réunionnais ont été créés à Saint-Denis puis à la Ravine à Jacques. Ceux-ci ont notamment accueilli de nombreux esclaves dans les périodes de grandes épidémies.