Le 10 mars, les citoyens mauriciens sont invités à marcher pour faire entendre leur désir d’une autre République. Cette manifestation est née du souhait de plusieurs de voir les choses évoluer et s’éloigner d’un système politique désuet qui repose sur des contre-valeurs. À la veille des 20 ans de la République, la réflexion gagne du terrain.
“Si toi aussi tu penses qu’après 44 ans d’indépendance et 20 ans de République, Maurice doit se débarrasser de toute forme de communalisme, alors lève toi et marche”, disent les organisateurs de la marche du 10 mars. Bon nombre diront qu’une autre manifestation ne changera rien à un système mis en place depuis 44 ans. Que la politique a la main mise sur les décisions, comme l’élimination du communalisme dans notre Constitution. Les pessimistes s’interrogent sur la pertinence d’une marche, sachant que l’apathie du “peuple admirable” va rendre cette action caduque. Mais il y a des citoyens mauriciens qui ont a coeur un projet, le rêve d’une nouvelle République où le mot “communalisme” sera effacé de notre Constitution. La révolte pacifique est en marche. “Mo invit bann zenn ek bann sitwayen morisien a vinn ekrir zot rev pou enn nouvo repiblik”, lance Ashok Subron.
Selon Stefan Gua, la conjoncture actuelle est propice à un vrai débat politique, comme cela avait été le cas avant les années 1980. “C’est ainsi que nous irons vers un renouvellement, pas en dépoussiérant les blousons de cuir, les bérets ou les foulards”, note-t-il.
Zenn.
“Moris bizin konpran ki se pa lor enn baz etnik ki bizin ziz dimounn, me lor so konpetans ek so kapasite a ede pou enn Moris meyer”, soutient Djouneid Fatemamode, de l’association Awake de l’UOM. L’espoir est dans la main des jeunes, ceux qui seront appelés à diriger le pays demain. Les dinosaures de la politique sont englués jusqu’au cou dans le communalisme et n’ont pas la volonté de l’éliminer de notre Constitution. Après 44 ans, si quelqu’un au sein du gratin politique avait la volonté de changer les choses, cela se saurait. À l’heure actuelle, les politiciens de tout bord, dirigeants ou opposants, cultivent le communalisme à rebours. Pour preuve, ceux que Scope a invités (du pouvoir comme de l’opposition) n’ont pas répondu à cet appel. Nous les avons attendus en vain…
“Il est plus que temps, pour ceux qui prétendent vraiment aider le pays, de penser à le doter de moyens pour rendre son développement durable à tout point de vue. Nous parlons dans ce cas précis de politique. Ainsi, que les chefs de file politiques réfléchissent à comment faire de leur vision une oeuvre pérenne, tout en acceptant le fait qu’elle puisse ne pas faire l’unanimité. C’est aussi cela, la démocratie”, souligne Stefan Gua.
Constitution.
Pour une nouvelle République, il faut obligatoire passer par une révision de la Constitution. C’est ce que revendique ce collectif d’organisations et de citoyens à travers cette marche du 10 mars “Depi 2005, bann zenes de Rezistans ek Alternativ finn pran zot kouraz pou opoz zot kont kominalis dan sistem politik. Bann lezot kamard in leve an 2010 pou opoz zot a sa sistem-la. Zordi en 2012, nou bizin enn nouvo Repiblik ek enn nouvo Konstitisyon”, réclame Ashok Subron, qui ajoute : “Le terme « communalisme » doit être rayé de notre Constitution et de notre système politique. Nou bizin poz nou la kestion, ki nou envi nou pei ete ?”
Remake.
Notre société ne doit pas construire son avenir en regardant dans le rétroviseur. Ainsi, le “remake” de 2000 est “franchement ridicule”, selon Stefan Gua, qui trouve que cette alliance ne fait que souligner le fait que notre République est “en panne de compétence et d’engagement”. “On ne peut être créatif, si on ne vient pas proposer autre chose qu’une formule vielle de 12 ans. Nos politiques ne font rien dans leurs rangs pour assurer le renouvellement du leadership, et certains ont des acquis personnels tellement importants qu’ils s’accrochent au pouvoir même en étant proche de la déroute”, ajoute Gua.
Le récent principe d’alliance voté au Comité central du MMM ne fait que renforcer la volonté citoyenne d’une nouvelle République. “Vot MMM, li sinpleman konfirm nesesite enn nouvo proze de sosyete… Nesesite enn nouvo mouvman pou enn nouvo Repiblik. Bann parti politik tradisyonel an plin dan marekaz, anfonse dan enn vizyon senil ek steril lasosyete. Lamars 10 mars ankor pli neseser ki zame. Nou ena enn semenn pou konvink maksimem dimoun”, martèle Ashok Subron.
Idiots.
Il est temps d’arrêter de prendre les citoyens pour des idiots. “De quel remake parle-t-on ? Depuis 1982, soit il y a 30 ans de cela, les valses n’arrêtent pas. Notre Parlement en a vu de toutes les couleurs. Rouge, bleu, mauve, orange, vert… quasiment toutes les combinaisons ont été essayées, et aujourd’hui, pour changer, on nous propose de l’expiré. Si nous en sommes là aujourd’hui et que notre classe politique peine à se renouveler, la faute en revient à ces leaders autocratiques qui occupent la chefferie”, poursuit Stefan Gua. Soit par des faits historiques, soit par consanguinité déclarée, en aucun cas par processus démocratique. L’appauvrissement du débat politique démontre qu’il faut un renouveau politique, une nouvelle ère, et souligne l’importance et l’urgence d’une nouvelle République pour le développement de notre île.
Rev Morisien.
“Si toi aussi tu penses que Maurice doit reconsidérer le vivre ensemble sur des valeurs républicaines… va jusqu’au bout de tes rêves.” “Inn ariv ler pou Morisien realize ki li kapav viv so rev pou enn nouvo lil Moris pou lavansman nou pey et pou so progre”, affirme Djouneid Fatemode. La nouvelle génération ne doit pas s’enfermer dans son cocon et se décourager devant la médiocrité des solutions que proposent nos dirigeants pour le pays. Soyons des acteurs du développement, et non spectateurs de l’effondrement des valeurs. “Ekrir zot reve pou enn nouvo Repiblik. Vinn aport zot kontribisyon pou montre ki enn lot lil Moris posib”, lance pour sa part Ashok Subron.
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Lamars 10 mars : Rendez-vous à Bell Village
Nous, des organisations et des citoyens de la République de Maurice, ayant à coeur l’émergence d’une nouvelle République plus juste et équitable, lançons un appel aux concitoyens partageant cette vision afin de s’unir et de participer en grand nombre à la marche du 10 mars à Port-Louis. Elle commencera à 13 h à Bell Village pour se diriger vers la Place d’Armes. Cette marche s’affirme comme une manifestation de la volonté collective des Mauriciens de se faire entendre dans le processus de mise en place d’une nouvelle société mauricienne, basée sur le respect, la laïcité, la méritocratie et une économie solidaire et soutenable.
Après 44 années d’indépendance et 20 années de République, il est grand temps de rayer le “communalisme” de notre Constitution et de le faire disparaître de notre système politique. Ce 10 mars 2012, marchons ensemble pour une nouvelle République, débarrassée du communalisme, favorisant une démocratie participative, une justice économique, sociale et culturelle, assurant les libertés et tous les droits humains, garantissant la protection de notre équilibre écologique, des biens et domaines publics.
Participons à l’édification de la République de demain en affirmant notre présence à la marche.
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FREE ART: Une nouvelle République et une deuxième constitution
Free Art milite pour une nouvelle République et une deuxième constitution. Parmi les millions d’espèces sur terre, l’Homme est la seule espèce qui subit une évolution autant naturelle que culturelle. Par son savoir, son savoir-faire et ses capacités créatives, l’Homme domine tout.
Il existe, certes, des différences entre les collectifs de citoyens sur le plan ethnique, mais ce n’est certainement pas une raison d’introduire dans notre Constitution l’essence même du racisme, qui est de maintenir le terme “race” dans notre Constitution. C’est un objectif que Free Art compte affirmer dans sa participation dans les manifestations pour une nouvelle Constitution.
Doit-on se référer à Dieu et à ses prophètes dans une Constitution républicaine ? Nous ne le pensons pas. Nous maintenons que les croyances religieuses sont du domaine de la liberté de la personne. Ainsi, croire ou ne pas croire doit être garanti par la Constitution comme une liberté fondamentale de la personne. Les religions génèrent des conflits à travers le monde. Il y a une grande différence entre la religion et la spiritualité. Nous sommes d’avis que la religion est du domaine de la personne en tant qu’individu, alors que la spiritualité est universelle comme l’est la culture autrement conçue.
Il ne doit exister aucune contrainte pour nous approprier toutes les croyances religieuses, toutes les langues et tous les modes de vie. Cela doit être possible, et c’est dans ce sens que Free Art soutient le Mauricianisme, qui est porteur d’un savoir et d’un savoir-faire multidimensionnels pour une vie ensemble autrement conçue. Ce brassage des cultures peut nous mener au-delà de nos horizons géographiques.
Le point de départ pour la deuxième Constitution doit donc être une ouverture culturelle et non le maintient de la ségrégation culturelle actuelle. Nous participons à la manifestation du 10 mars avec cet objectif.