Quelle belle histoire ! Plus de quarante ans de peinture et d’émotion ! Il procède d’un inconscient qui surgit au moment où on l’attendait moins. Il nageait, veilleur attentif, en eau profonde. Fabien Cango n’a jamais été à la mode mais il a conquis son public par la sincérité et l’authenticité de son travail. Voilà près de 15 ans que Fabien, qu’on connaît bien à Terre-Rouge, n’a pas fait d’exposition en solo.
Se livrant peut-être à des cours de peinture aux jeunes ou à son travail en atelier. Aujourd’hui, il revient au-devant de la scène picturale à la galerie Imaaya, Phoenix, avec trente-cinq tableaux et une dizaine de dessins (il parait qu’il en possède une grande quantité) à découvrir. Une exposition qui a pour titre « Immensément petit », mais éminemment personnelle pour ce grand monsieur de la peinture mauricienne. Les passionnés s`accorderont à dire qu’il y a chez Fabien Cango le plaisir de la peinture empreint de sensualité. Rien n’est plus fascinant que de se laisser entrainer dans ses signes picturaux — ses dessins au crayon ou à l’acrylique. Bien au-delà de l’image, nous pénétrons dans le monde mystérieux de Fabien. L’exposition en cours à la galerie Imaaya nous donne l’occasion de découvrir les dernières ses réalisations. Il joue de la matière, la dissout, puis la libère. En résulte une peinture aux vibrations multiples. Un équilibre fragile, un regard curieux sur des sujets habituels (des travailleurs, un atelier, des personnages). Ses toiles sont aussi un curieux mélange de liberté picturale et de naïveté colorée.
L’oeuvre de Fabien Cango mérite mieux la place qu’elle occupe actuellement. L’artiste a couvert différents aspects de la peinture. Ses couleurs subtiles, sa matière nuancée aux alentours fragmentés baignent dans un climat franchement intimiste et trouvent un écho dans notre histoire, notre mémoire, notre tradition. Cette impression est renforcée par les encres sur carton, l’acrylique sur papier Cango élabore un vocabulaire symbolique et figuratif avec ses sujets intemporels, creuse sans fin l’intime en le travaillant de l’intérieur. Il compose et structure ses toiles, sensualise les contours imprécis.
Tous ses tableaux sont de lieux de rencontre où des éléments disparates prennent sens ensemble. Mais le fond textuel demeure petit. Les souvenirs de scènes d’enfance ou de scènes de la capitale réels ou imaginaires remontent aujourd’hui avec nostalgie. Mais Fabien Cango c’est aussi une peinture non sans âpreté et rugosité dans les bords. Les jeux de transparence, l’audace des oppositions, la collusion de la tradition et de l’innovation dépoussière l’image du maître. Ses clartés pâles… ses portraits comme inachevés… sont poèmes. 
Fabien Cango continue à faire résonner son oeuvre solaire avec une certaine forme de grâce.