RECTO: Le Corbeau et le Renard
Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec une orange tachée.
Maître Renard, par l’odeur de Medpoint alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
“Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joliiiii ! Mais, que l’orange est pourriiiiiie !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre orange,
Vous êtes le Phénix des hôtes des poubelles de l’histoire.”
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de honte ;
Et pour cacher son accord coupable,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : “Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute :
Cette leçon vaut bien une orange pourrie sans doute.”
Le Corbeau, honteux et confus,
Racheta, même un peu tard,
Deux oranges très douteuses au bazar.
(Voir MORALE plus loin)
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VERSO: Le Laitier ou le Pote au Lait
Le renard, sur sa tête, goni d’Oranges Medpoint
Mal posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre au « Trésor ».
Dossiers rouges sous les bras,
il allait à grands pas ;
Ayant mis ce jour-là pour être plus agile
Bottillon simple ou souliers plats.
Notre Laitier ainsi troussé
Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de ses dossiers, en employait l’argent,
Appâtant maints Retraités de fin de carrière ;
Pour peu fringants, sinon croulants.
La chose allait à bien par son soin diligent.
Il m’est, disait-il, facile
D’élever des poulets autour de ma maison :
Moi, Reeenaaard, serai bien habile,
Que je m’en laisse assez pour avoir des cochons.                                                                                              
Les porcs à s’engraisser coûteront peu de son ;
Ils étaient quand’je les eus, réputés malléables ;
J’aurai les élisant, du soutien bel et bon ;
Et qui m’empêchera de mettre en notre étable,
Vu le prix dont il est, piètre Orange et mon Coeur,
Que je verrai sauter au milieu du pouvoir ?
Le Renard, là-dessus saute aussi, transporté.
Le goni tombe et se perd dans la Rivière Walk ;
Adieeeu veau, vache, cochon, couvée ;                                                   
Le fourbe de ces biens, quittant d’un oeil marri
Sa fortune ainsi perdue,
Va s’excuser à son ‘mari’
En grand danger d’être battu.
Le récit en farce en fut fait ;
On l’appela le « Pote au Lait ».
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MORALE: Commune aux deux parties…
Verbatim de Jean de la Fontaine :
Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous ?
Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux :
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :
Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m’écarte, je vais détrôner le Sophi ;
On m’élit Roi, mon peuple m’aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;
Je suis “gros Jean” comme devant.