« Un vrai champion, c’est celui qui, sur la durée, demeure régulier dans ses performances et surtout reste constant au niveau des résultats », fait à chaque fois remarquer Judex Jeannot, entraîneur national au sein de la Fédération mauricienne de Kick-Boxing et des Disciplines Assimilées (FMKBDA). Fabrice Bauluck, champion du monde 2017 à Budapest en Hongrie, dès octobre dernier, en fait partie de ceux là. De 2004, année de ses grands débuts aux Championnats du monde juniors en Italie avec un premier sacre, à 2017, année de la rédemption avec un deuxième titre chez les seniors, Fabrice Bauluck a su tracer son chemin. Sa famille, plus particulièrement son épouse

Kelly-Ann et son fils Klinswaynn, ne peuvent qu’être très fiers et admiratifs en face de ce grand champion. Un champion qui ne rate pas une seule occasion pour faire honneur à la
République de Maurice et ce, malgré le peu de considération dont souffre sa fédération
auprès des autorités locales. Son prochain objectif : Conserver sa couronne mondiale dans deux ans. KEEP IT UP CHAMPION !

La rédaction sportive de WEEK-END a élu son champion 2017 et c’est sans conteste Fabrice Bauluck qui arrive en tête de ce classement 2017. Une consécration acquise sur le fil, serait-on tenté de le dire, puisque le tireur a été parmi les derniers sportifs mauriciens à participer à une compétition de niveau mondiale. Cette victoire, aussi importante qu’elle soit aux yeux de Fabrice Bauluck lui-même et acquise surtout à la veille de ses 30 ans,
démontre à quel point ce dernier est resté fidèle à ses principes de bases que sont le
travail, la discipline et la détermination. On dira même que son humilité, lui a permis de rester digne et ce, malgré les nombreux titres mondiaux qui traînent dans son « Hall
Of Fame. »

Un cinquième titre à Week-End

Fabrice Bauluck a su écrire sa propre histoire à la force de ses poings et des ses pieds. Sans compter le soutien inlassable de sa famille d’abord. Originaire de la cité de Beau-Vallon à Mahébourg, qui a également vu naître un autre illustre personnage, qu’est le ségatier et conteur Fanfan, Fabrice Bauluck s’est construit une solide réputation au fil du temps. Certes, il a grandit dans des conditions très modestes, mais quand même, il a eu la chance de profiter de l’amour familial, essentiel dans sa réussite. C’est du reste en suivant les pas de son frère aîné Cursley Bauluck, qu’il a pris goût à ce sport. Il a aussi eu la chance de faire ses premières armes sous la direction d’un certain Amédée Lagaillard
au sein du club de Ville Noire à Mahébourg, avant de rejoindre la sélection nationale sous la direction de Judex Jeannot, à Rose-Hill. A l’époque, les entraînements se faisaient au centre de Eddy Norton. Ce qui n’était guère évident pour lui de rallier Mahébourg après la fin des entraînements à des heures tardives. Si Fabrice Bauluck a pu progresser c’est justement grâce à sa persévérance et aussi à un homme, Judex Jeannot, lequel l’a même hébergé chez lui pendant un long moment. Cela pour lui éviter des tracasseries d’un retour compliqué après les entraînements. Une opportunité aussi pour Judex Jeannot de mieux encadrer « son petit champion » et de le mettre dans des conditions optimales de progression.

On dira d’ailleurs que sans cet encadrement approprié, et cet espace professionnel créé autour de lui par l’entraîneur national, il n’aurait pas été certain que Fabrice Bauluck soit le Fabrice Bauluck que nous connaissons tous à Maurice, mais aussi à travers le monde pour ceux faisant partie de la World Association of Kick-Boxing Organizations (WAKO). C’est pour dire la valeur de ce sportif  WEEK-END pour la cinquième fois, après 2006, 2009, 2012 et 2013 ! Un sacré parcours pour celui qui s’est fait d’abord connaître lors des Championnats du monde de 2004 en Italie. A l’époque – et on le dit très souvent dans nos articles liés à ce champion hors pair – c’était Niven Ramasubhu le porte-drapeau de la catégorie junior des moins de 54 kg. Au delà, de ces Mondiaux toutefois, c’est le jeune mahébourgeois qui frappait un grand coup en décrochant un premier titre mondial de kick-boxing.

Ce n’était là que le début d’une très grande aventure. Deux ans plus tard, Fabrice Bauluck conservait son titre en allant s’imposant, cette fois, en Croatie. Ce premier pas franchit, Fabrice Bauluck a toujours visé plus loin. Il n’empêche que la route menant au titre suprême chez les seniors a été longue et parsemées d’embûches. Il y a eu des médailles de bronze d’abord et d’argent avant que ne s’installe le doute en 2010. Une année sombre et qui aurait pu contraindre le champion a raccroché les gants. Cela en raison d’un fâcheux problème à l’oeil, constamment gênant, et qui l’a éloigné du ring pendant de longues semaines, le faisant même rater la Coupe du monde en Hongrie. Il n’a toutefois jamais abdiqué face à ce coup du sort. Au contraire, il a tout essayé, à travers un suivi médical très pointilleux, pour retourner la situation en sa faveur et dissiper les doutes.

2017, la reconquête

Le problème règlé, Fabrice Bauluck est revenu au devant de la scène plus fort que jamais. Le graal, il le décrochera en 2013 au Brésil avec enfin, ce premier titre mondial seniors tant désiré. Il faut dire que James Agathe, premier Mauricien a décroché ce titre mondial quelques heures avant, lui avait ouvert la voie, voire enlever une grosse pression sur
ses épaules. Fabrice Bauluck, pouvait enfin savourer son premier titre suprême et ce, sept ans après son sacre chez les juniors. Malheureusement pour lui, les choses ne se sont pas passées, comme souhaitées, deux ans plus tard en Serbie, il a dû se contenter du bronze.Une performance pas au goût de l’entraîneur national, lequel n’avait pas caché sa
frustration à l’époque, voire sa colère, face à ce qu’il avait lui-même qualifié de piètres performances de la sélection nationale. Hormis Fabrice Bauluck, les autres engagés n’avaient pas été en mesure de briller.

Cette contre-performance, elle était restée à travers de la gorge, non seulement pour Judex Jeannot, mais pour Fabrice Bauluck également. Et il l’avait précisé, lors d’un entretien accordé à Week-End en octobre 2016, soit à quelques mois des Mondiaux 2017. Il disait haut et fort que ce titre des moins de 54 kg était le sien et qu’il allait tout faire pour le reprendre. C’est dire à quel point il était confiant, tout comme Judex Jeannot qui disait qu’il « fallait être très fort pour battre Fabrice aux Championnats du monde. » Il n’avait certes pas tort, mais il faut aussi reconnaitre que les choses ont été très compliquées en Hongrie pour le Mauricien surtout face à un certain Ahmadzada Chingiz d’Azerbaïdjan, réputé pour être un tireur coriace et complet, mais aussi comme l’Etoile montante de cette catégorie des moins de 54 kg. Au final toutefois, Fabrice Bauluck a eu ce dont il était partie chercher en Hongrie : Sa couronne perdue en 2015.

Pour l’homme persévérant qu’il est, il ne compte nullement s’arrêter en si bon chemin. En 2017, il aura 32 ans et retrouvera sans nul doute sur sa route le revanchard Ahmadzada Chingiz. Peu importe, Fabrice Bauluck a déjà fixé la barre très haute et tentera d’accrocher
une troisième étoile mondiale senior à son tableau de chasse.

Repères
Ceux qui le connaissent sont unanimes sur un point : Fabrice Bauluck est un battant. Il ne recule devant rien et se battra toujours jusqu’au bout pour atteindre son objectif. Cette année, il a réussi à reconquérir un titre de champion du monde grâce justement à sa détermination et son professionnalisme hors pair. Certains diront même qu’il est prétentieux, comme ses déclarations de septembre 2016 où il parlait justement de ses envies de remonter sur le toit du monde. Mais lui savait, ce dont il parlait. Dans notre bon vieux patois, on dira qu’il savait « cé ki li ena dan so vant. » Il déclarait justement dans cet article : « Les mondiaux de Serbie ont été une déception sur un plan personnel. Je n’ai toujours pas digéré cette défaite… Mon objectif est de montrer à nouveau que je peux reconquérir mon titre de champion chez les moins de 54 kg. »

Il avait ajouté que ses 30 ans étaient l’âge idéal pour frapper encore un gros coup. « On n’est plus très jeune, mais la maturité, l’expérience acquise au cours de ces nombreuses années, me rendront encore meilleur. C’est le moment propice pour enchaîner les grosses performances. »