L’année 2020 sera certainement consacrée au renouvellement de nos équipes et de notre stratégie. C’est ce que soutient Fabrice David, député de la circonscription Grand-Rivière-Nord-Ouest/Port-Louis Ouest (No 1), dans l’interview qui suit. Le fils du défunt ministre de l’Éducation, James Burty David, soutient qu’il compte travailler avec « la même conviction que mon père tout en laissant ses propres traces ». Il trouve aussi que la politique de rupture « n’a probablement pas été suffisamment expliquée » à la population et que certains de nos candidats ont manqué de temps pour la présenter à leur électorat. « Nous avions pourtant le meilleur programme pour rompre avec les pratiques du passé et pour redonner de l’espoir aux Mauriciennes et Mauriciens », dit-il. Analysant la défaite de l’Alliance Nationale aux dernières élections générales, il souligne que celles-ci sont tristement entachées « de zones d’ombre et d’irrégularités ».

Et d’ajouter : « Que dire des milliers d’électeurs dont les noms ont été supprimés des listes électorales entre 2014 et 2019 ? Que dire des bulletins de vote retrouvés dans la nature ? Que dire de l’étrange augmentation du nombre de votes enregistrés durant la dernière demi-heure avant la fermeture des bureaux ? » Ce professionnel de l’environnement dit aussi qu’il est « grand temps » d’accélérer la part d’énergies renouvelables dans notre production d’électricité et d’instaurer une véritable politique d’efficacité énergétique dans le pays.

Après l’euphorie de la victoire, vous avez dû faire face à une dure épreuve ? Comment avez vous vécu ces deux événements ?

Après mon élection le vendredi 8 novembre, j’ai été frappé par un inconcevable malheur le dimanche 10 novembre. Le décès de ma fille restera l’épreuve de ma vie.

Quelle est votre analyse sur la défaite de l’Alliance Nationale en 2019 ?

Il n’est pas simple de faire l’analyse claire d’une situation obscure. Les élections générales 2019 sont tristement entachées de zones d’ombre et d’irrégularités. Que dire des milliers d’électeurs dont les noms ont été supprimés des listes électorales entre 2014 et 2019, que dire des bulletins de vote retrouvés dans la nature, que dire de l’étrange augmentation du nombre de votes enregistrés durant la dernière demi-heure avant la fermeture des bureaux ? Comme vous le savez, il y a des pétitions électorales logées en Cour suprême pour contester les résultats dans plusieurs circonscriptions. La circonscription No 1, où j’ai été élu, fait d’ailleurs partie de la liste des contestations. Rendez-vous compte, au No 1, entre la 2e candidate élue et la 4e candidate nommée “best loser”, il n’y a que 61 voix d’écart alors que plus de 500 électeurs ont été privés de leur droit de voter. Je me suis rendu en Cour suprême, le 9 décembre, pour préciser ma position sur la contestation et je reste dans l’attente du jugement qui, je l’espère, sera rendu en 2020.

Pensez-vous que le PTr a besoin d’un nouveau leader ?

Le PTr a voté unanimement en octobre 2019 pour conserver le Dr Ramgoolam au poste de leader. En réalité, la question du leadership du Parti Travailliste est discutée plus souvent par nos adversaires qui tentent de semer la division chez nous. Je leur conseille d’investir leur énergie dans des projets plus réalistes et utiles. Quant au PTr, l’année 2020 sera certainement consacrée au renouvellement de nos équipes et de notre stratégie.

À un certain moment donné, vous n’étiez pas intéressé à faire de la politique. Que s’est-il passé par la suite ?

Je me suis toujours intéressé à la politique et je la suivais au départ à travers l’engagement de mon père, puis, après son départ, à travers ma propre lecture en étant au loin avant de faire le choix de m’engager pleinement et activement de près. C’est un cheminement, une réflexion que j’ai mûrie, une conviction qui s’est exprimée.

Est-ce dire maintenant que vous avez emprunté les traces de votre père ?

Emprunter les traces d’un géant vous démontre la grandeur de la tâche à accomplir. J’ai sans aucun doute la même conviction et les mêmes valeurs qui animaient mon père. Pour autant, j’imprimerai ma propre marque et laisserai mes propres traces.

Pourquoi avez-vous choisi la circonscription No 1 ?

Avant même de découvrir la circonscription No 1, j’avais entendu parler d’elle, de ses différents endroits, de ses habitants, de ses besoins et de ses projets. Comme vous l’aurez deviné, c’est mon père qui me parlait à l’époque de son engagement dans cette circonscription dont il a été le député pendant 14 ans. Et depuis son départ en 2009, beaucoup d’habitants se sentaient oubliés. Dix ans après, j’ai choisi de reprendre le flambeau travailliste dans cette circonscription pour laquelle j’ai un attachement naturel. En retour, plus de 10 000 électeurs m’ont choisi comme leur premier député lors des dernières élections. C’est une fierté et une grande responsabilité pour moi.

Vous êtes un professionnel dans le domaine de l’environnement. Quels sont les enjeux majeurs de l’environnement pour notre pays ?

Notre pays fait face à quatre enjeux environnementaux majeurs. Les effets du changement climatique : selon le dernier rapport mondial sur les risques, l’île Maurice fait partie des principaux pays les plus exposés au danger naturel. Nous le constatons déjà : les cyclones, pluies torrentielles, “fl ash floods”, orages et éclairs sont de plus en plus fréquents et intenses. Or, nous n’avons toujours pas de système efficace pour l’évacuation de l’eau de pluie et je me demande combien de nos bâtiments sont équipés de parafoudre. Le traitement et le recyclage des déchets : 500 000 tonnes de déchets sont enfouies chaque année à Mare Chicose qui est à bout de souffle. On réfléchit à l’extension de ce site alors que le tri et le recyclage de nos déchets sont quasiment inexistants : c’est une aberration environnementale, humaine et économique ! La transition énergétique : il est grand temps d’accélérer la part d’énergies renouvelables dans notre production d’électricité et d’instaurer une véritable politique d’efficacité énergétique qui peut se résumer à la question suivante : comment consommer mieux et moins l’énergie ? La maîtrise de notre développement foncier pour qu’il ne soit pas la cause d’un génocide écologique.

Comment avez-vous vécu les attaques faites par vos adversaires durant la campagne ?

Je n’y ai prêté aucune attention et mes adversaires se sont lassés tout seuls. Je préfère consacrer mon temps et mon énergie à des choses plus nobles.

Que pensez-vous de la politique de rupture avec le passé prônée par le PTr ?

Cette politique de rupture n’a probablement pas été suffisamment expliquée à la population et certains de nos candidats ont manqué de temps pour la présenter à leur électorat.

Nous avions pourtant le meilleur programme pour rompre avec les pratiques du passé et pour redonner de l’espoir aux Mauriciennes et Mauriciens. Ce que je peux vous dire, c’est que cette rupture continuera d’être ancrée dans notre façon de penser et de faire la politique.

Pensez-vous que le PTr se montrera plus convaincant à l’électorat lors des prochaines élections municipales ?

En tant que l’un des élus de Port-Louis, je peux vous assurer que je participerai pleinement dans la campagne électorale municipale pour convaincre les citadins de donner leur pleine confiance à l’équipe que nous présenterons. Je vous rappelle que, sur les 12 députés travaillistes actuels, 9 ont été élus ou nommés dans les circonscriptions urbaines.

Quelles sont vos résolutions pour 2020 ?

L’année 2020 marquera la toute première année pleine de mon mandat de député. Ma résolution sera de rester fidèle à moi-même et à tous ceux qui ont placé leur confiance dans mon engagement à les servir. Permettez-moi de saisir cette occasion pour souhaiter à tous mes compatriotes une année 2020 remplie d’épanouissement, de réussite et de belles choses à partager.