Dévoilé au grand jour à travers un communiqué envoyé à toute la presse, le projet vieux de plus de six ans du groupe Currimjee, Le Chaland Resorts Hotel se heurte à de nouvelles contestations. Le Forum Citoyens Libres (FCL) et d’autres militants écologistes – Eco Sud et Citoyens Engagés – ont effectué une visite du site, hier, pour alerter l’opinion publique des dangers que représente un tel projet. En outre, s’ils se disent pas contre cette construction, ils tirent la sonnette d’alarme quant aux droits des citoyens qui sont lésés eu égard à l’accès à la plage. Ils redoutent aussi l’impact de la construction d’un hôtel de 224 chambres sur un site qui, selon eux, comprend le parc marin et est reconnu pour la ponte des tortues. Suggérant aux promoteurs de revoir leur projet, avec un allongement d’au moins 100 mètres de la zone tampon, ils réclament aux autorités de s’assurer que ce projet n’empiète pas sur le droit à l’accès à la plage publique et que l’environnement soit protégé. Une série de meetings de sensibilisation est à l’agenda de ces militants qui indiquent qu’ils n’hésiteront pas à camper sur place, si besoin est, pour faire entendre leur voix. Dans un autre temps, le recours à la justice n’est pas écarté.
« Le public mauricien se retrouve encore une fois perdant face au ‘développement’. » C’est le constat des membres du FCL, d’Ecosud et des Citoyens Engagés après avoir pris connaissance du projet du groupe Currimjee dans le sud du pays, à La Cambuse. Pour cause, disent-ils, alors que 19 arpents de Defence Land ont été convertis en pas géométriques et octroyés aux Currimjee pour construire leur hôtel, les bâtiments, qui figurent sur cette Defence Land vont devoir être construits sur la plage publique. Ce qui réduira l’espace des pique-niqueurs sur la plage.
Décrivant leur projet comme un concept novateur qui s’inscrit dans le respect de son environnement social, économique et naturel, les promoteurs expliquent qu’il sera développé sur une portion de terrain actuellement occupé par le centre d’entraînement de la National Coast Guard (NCG). Ils indiquent de même que dans le but de développer un projet hôtelier intégré à son environnement social, ils financeront l’amélioration des infrastructures de la plage publique de la Cambuse où il est prévu qu’un poste de surveillance de garde-côtes de 135m² serait aménagé, de même qu’une aire de stationnement en retrait de la mer, de nouveaux kiosques pour remplacer ceux abîmés qui s’y trouvent actuellement et de nouvelles toilettes publiques.
Empiètement sur la plage publique
Cependant, alors que dans son dossier de presse, le groupe Currimjee fait ressortir que le site du Chaland Resort n’empiète pas sur la plage publique, pour les protestataires, « il s’agit d’une fausse information que donnent les promoteurs. » Et « enough is enough », disent-ils « aret kokin nu la plaz! » Pour soutenir leurs dires, ils indiquent que « toutes les infrastructures et autres aménités qui seront construites par le groupe Currimjee dans le sillage de leur projet hôtelier, soit disant au bénéfice de tous les citoyens, seront installées sur la plage publique. » D’où leur protestation à l’effet que le droit à l’accès à la plage aux Mauriciens et autres pique-niqueurs s’en trouveront lésés. « Nous n’avons que 10% de plages publiques restant et, là encore, ce n’est pas évident pour les pique-niqueurs de se rendre à la plage. Le dimanche et les jours fériés, la plage de La Cambuse est très fréquentée et bondée. Avec d’autres bâtiments sur la plage, notre espace s’en trouvera réduit », soulignent les militants. Ils font également ressortir que si la mer est calme au-devant de l’actuel poste des garde-côtes, de l’autre côté, là où devra pique-niquer le citoyen lambda, la mer est houleuse, et il y a d’énormes rochers. Pas moins de quatre panneaux indiquent, en effet, que ce site constitue un danger pour la baignade.
Effets dévastateurs sur le parc marin
Et de souligner, aux côtés de Sébastien Sauvage, vice-président de l’association Eco-Sud, les dangers écologiques que représente ce projet hôtelier. Faisant ressortir que les promoteurs ont indiqué que les aménagements qu’ils entendent faire pour leur hôtel ainsi que sur la plage publique se feront « au bénéfice de la communauté » et devront, selon leur plan, être connectés à la station d’épuration des eaux usées du complexe touristique pour protéger le parc marin, Sébastien Sauvage note que « le rapport EIA admet, toutefois, que les eaux usées contiendront toujours des nitrates et phosphates après traitement, et que ces eaux seront utilisées pour l’arrosage. » « Où ira l’excédent de nutriments? », se demande-t-il, estimant que « cet excédent s’infiltrera dans le parc marin, classé sur la liste mondiale de la Convention Ramsar et qui est déjà menacé. »
Le vice-président d’Ecosud rappelle que, selon une étude effectuée en 2010 par l’organisation sur l’état de la biodiversité, 40% des coraux dans le parc marin étaient déjà morts ou mourants. « L’heure est donc à une diminution urgente des activités humaines dans et autour du parc, et non pas le contraire », estime-t-il.
Mettant de l’avant le Management Plan, financé par les Nations Unies, pour  le parc marin de Blue Bay finalisé en septembre  2012 par le ministère de la Pêche avec le concours des ONG environnementales – mais mis au placard par l’ancien régime, il rappelle que ce plan fait clairement état que « si un projet hôtelier allait  de l’avant dans cette zone, ceci aurait des effets dévastateurs sur le parc. » Autre menace que représente ce projet, selon les protestataires: la disparition des tortues. « Les tortues ont besoin de tranquillité pour venir pondre et les dunes de La Cambuse représentent un site idéal. Mais avec l’activité humaine devant l’hôtel, elles ne viendront plus pondre. Elles vont disparaître », dit Georges Ah Yan.
Quant à la route d’accès goudronnée au coût de Rs 70 M que le groupe Currimjee se propose de construire – sur une portion de terrain privé mais qui sera remise dans le domaine public à terme et fera 7 m de large sur une distance de 1,2 km, avec des réserves pour les piétons et plusieurs terre-pleins, ainsi que l’éclairage de nuit prévus pour de futurs arrêts de bus, et dont les travaux ont déjà démarré sur le site – les militants du FCL, d’Ecosud et les citoyens engagés estiment que « ce n’est pas d’une jolie route dont nous avons besoin. » « Pendant des années et des années, tous les visiteurs de la plage de la Cambuse ont emprunté ce sentier.  Nous avons besoin d’un accès facile. Il ne faut pas venir nous embêter », disent-ils. Selon eux, l’aménagement de cette nouvelle route se fait dans le sillage d’une smart city d’Omnicane qui devrait être concrétisée prochainement.
Série de protestations
En dépit de l’assurance donnée par les promoteurs que plusieurs mesures visant à la protection des dunes de sable et de l’environnement marin seront appliquées, en accord avec la licence EIA avec, en outre, une zone tampon de 100 mètres à partir du niveau de la mer à marée haute (High Water Mark) et qu’aucune construction ne sera entreprise dans cette zone afin de préserver la crête de la dune, les protestataires mesurent autrement le danger. D’où leur suggestion que la zone tampon soit allongée d’au moins 100 mètres. « Nous ne résistons pas contre le projet mais contre la façon de faire. Nous estimons qu’il est primordial de respecter nos droits constitutionnels d’avoir accès à la plage publique et de respecter l’environnement », insistent-ils.
Dans cette optique, une lettre d’objection, dans le délai de 15 jours préconisé, a été envoyée au Conseil de district de Grand-Port/Savanne par le FCL. Le ministre de l’Environnement est aussi sollicité et une réunion en ce sens est prévue, demain, à son bureau avec les représentants du FCL. Les militants comptent de même envoyer une lettre d’information à la présidente de la République pour la sensibiliser aux effets dévastateurs à l’environnement de ce projet hôtelier. Dans la même optique, ils organisent une série de meetings de sensibilisation, dont le premier se tiendra le 21 juillet. Et pour mieux sensibiliser le public à cette cause, ils ambitionnent, si besoin est, de camper sur la plage, tant que leur voix ne sera pas entendue et des mesures prises pour remédier à la situation. En dernier recours, les protestataires solliciteront un avis légal, afin de sauvegarder leurs droits constitutionnels et s’assurer de la protection de l’Environnement.