L’emblème du collège Saint-Esprit a été manipulé par logiciel informatique et mis sur le réseau social Facebook par un groupe du nom de Royal College Curepipe. Des symboles ou mots en latin ont été remplacés par des images obscènes et injurieuses. Un membre de la Old Boys Association de l’établissement quatre-bornais a porté plainte hier à la Cyber Crime Unit. Ce n’est pas la première fois que des dérapages arrivent après la proclamation des résultats.
Le collège Saint-Esprit (CSE) et le Collège Royal de Curepipe (RCC) entretiennent depuis longtemps une rivalité sur le plan académique. Mardi, soit le lendemain de la proclamation des lauréats, une page Facebook du nom de Royal College Curepipe met en ligne une photo de l’emblème de l’établissement quatre-bornais modifiée avec des images obscènes. La colombe du badge du CSE a ainsi été remplacée par un pénis. Cette colombe représente deux choses : la paix et le Saint-Esprit, qui la troisième personne de la sainte trinité selon la doctrine catholique. Elle constitue donc un symbole religieux.
Cette page a plus de 10 000 membres à son actif. La photo incriminée a été « liked » et commentée par plus de 160 personnes dont des élèves et anciens élèves de l’établissement de Curepipe. Les commentaires fusent de partout avec certains qui félicitaient le post d’un administrateur de la page Facebook. Le mot latin « Ignis » qui signifie « feu » (image donnée à l’Esprit Saint dans la Bible) devait être remplacé par un mot obscène. Le symbole de la montagne montée d’une étoile a été remplacé par un symbole homosexuel.
Outré par les événements, un membre de la Old Boys Association du collège Saint-Esprit a d’ailleurs porté plainte hier à la Cyber Crime Unit du Central Crime Investigation Department (CCID). Des photos de l’image incriminée et des commentaires ont été fournis à la police à des fins d’enquête. L’identité de l’administrateur reste un mystère.
La direction du CSE prend très au sérieux ces attaques portées à l’intégrité du collège. Le recteur du CSE Jacques Malié a confié au Mauricien qu’il s’est entretenu avec la rectrice du RCC. « Nous avons d’ailleurs eu une conversation très positive sur ce sujet », souligne-t-il. M. Malié a d’ailleurs fait un appel au calme auprès de ses élèves qui se sentent blessés. Il a toutefois des réserves sur ce cas car personne ne sait, pour l’instant, qui se cache derrière cette page Facebook. « Nous ne sommes pas là pour pointer du doigt mais il ne faut pas entrer dans certaines bassesses… C’est regrettable et dangereux », explique Jacques Malié. « Ceux qui ont mis cette photo l’ont enlevée mais le mal est déjà fait ».
La nouvelle rectrice du RCC était pour sa part « choquée » en disant qu’elle n’était pas au courant des événements. Sabina Allybokus, qui est en poste depuis une semaine, n’a pas voulu faire de déclaration. Elle soutient toutefois que ce n’est pas le site officiel de l’établissement mais qu’une enquête sera faite au niveau du ministère de l’Éducation.
Sollicité par Le Mauricien, le Père Philippe Goupille, président du Conseil des religions, a expliqué qu’il « déplore profondément ce genre de caricature ». « Cela peut considérablement blesser la foi d’une grande partie de la population mauricienne et déchirer le tissu social », dit-il. Lauréat en 1960, le Père Goupille nous confie qu’il trouve « désolant de voir des jeunes intellectuels se servir de leur intellect pour déchirer l’unité nationale et religieuse ».
L’ancien président de la République Cassam Uteem est quant à lui « offusqué et scandalisé d’apprendre les agissements de certains ». Il a souligné qu’il est important de respecter les institutions, surtout celles qui émanent de la religion. « Je condamne d’ailleurs sévèrement ces actes », dit-il. Cassam Uteem ajoute qu’il est impardonnable que certains empruntent le nom du RCC pour faire des mauvaises blagues de ce genre.
Ce n’est pas la première fois que « l’élite dérape », pour reprendre un titre de notre confrère Week-End Scope. En février 2005, notre confrère avait dénoncé en longue, en large (et en travers) des dérapages lors d’une manifestation du RCC au Collège Lorette de Quatre-Bornes (LCQB). Cette manifestation, qui se voulait pacifique, a tourné au vinaigre quand certains élèves du prestigieux établissement de Curepipe ont enfoncé le portail et investi la cour du LCQB. L’« élite » devait alors faire des graffitis et asperger d’urine des filles de l’établissement de Quatre-Bornes. Plus grave encore, le mur de l’église de Notre-Dame du Rosaire devait aussi subir les tags des jeunes manifestants.