Plus de 11 000. A hier, le nombre d’adhérents à la page Facebook, « Wanted : 15,000 Youngsters to Save our Future ». Les réseaux sociaux, il convient de le souligner, ont connu un réel boom ces derniers mois à Maurice. On affiche ouvertement son opinion sur la situation politique locale, et propose des alternatives. Que la jeunesse mauricienne propose des alternatives, voilà qui en bouche un coin… Elle (la jeunesse) qui a jusqu’ici été reléguée au second plan, elle, taxée de passive et de désintéressée par les penseurs et les pansés (comprenez les vieux soldats essoufflés et qui ont aujourd’hui jeté les armes). Ceci dit, vous vous êtes sans doute réveillés un beau matin et en « loggant » sur votre profile Facebook, vous avez découvert que votre ami vous a ajouté à un groupe de réflexion ou d’action, comme celle mentionnée ci-dessus. J’en fais partie. En temps normal, je me serais peut-être empressée de « Unlike » une page à laquelle on m’aurait forcée de m’y adhérer, sauf que cette fois, j’y crois. Pour plusieurs raisons.
A travers les réseaux sociaux, on cherche à marquer l’identité mauricienne, à la façonner, à la questionner, à travers une configuration créative, avec en ligne de mire, la construction d’un ailleurs, sur un sol où l’on se sent de plus en plus aliéné. Il ne s’agit pas d’un gang de rebelles, que l’on traquerait (si ce n’est pas déjà le cas) à l’aide d’un arsenal sophistiqué dont dispose l’État – je parle en effet non pas des rebelles sans causes mais des rebelles avec des têtes bien pensantes surchargées de causes ! La corruption, la pauvreté, le manque de sécurité, l’injustice sociale, un meilleur accès à l’éducation, et surtout halte aux subventions aux groupes socioculturels ! En énonçant ces revendications, ces jeunes démontrent qu’ils possèdent la faculté mais aussi l’intelligence d’assiéger en quelque sorte le courant politique dominant. D’ailleurs la vitesse à laquelle « Wanted : 15,000 Youngsters to Save our Future » a suscité l’adhésion constitue la preuve tangible d’une certaine transformation structurelle qui s’opère entre la jeunesse mauricienne et la politique telle qu’elle est pratiquée chez nous. Pour emprunter les paroles de Madeleine Gauthier, conférencière canadienne de renom, et auteure de « Passifs ou acteurs : les tendances actuelles chez les jeunes », « (…) nous sommes en face d’une cohorte de jeunes qui présente des traits particuliers qui ne laissent pas de glace, pas plus qu’ils n’inspirent uniquement un désir de protection. Ce fut peut-être le cas une ou deux décennies auparavant où la jeunesse en âge d’entrer de manière stable sur le marché du travail semblait davantage victime des circonstances que stratège de sa propre condition. On le voit à travers leurs valeurs et les revendications qui en découlent, peu importe le lieu d’où ils parlent, les jeunes contemporains sont beaucoup plus revendicateurs que ceux qui ont plus de trente ans aujourd’hui, ce qui ne signifie pas que des relations harmonieuses ne puissent s’établir avec eux à la condition d’accepter d’entrer dans un dialogue qui s’avère habituellement fécond rappelant en cela l’expression du sociologue Zöll que cela doit se faire dans “un processus de communication approfondie avant d’agir”».
Pendant trop longtemps, on a romancé et banalisé la jeunesse mauricienne ; on aura placardé sur son dos une étiquette bon marché de fantassins immatures, qui ne vivent qu’à travers ses baskets griffés, son i-Pod ou son i-Pad. Je ne sais vraiment pas de ces 11 000 et quelque qui se sont joints au groupe, qui seront de la partie le 11 septembre à la Place d’Armes dans la capitale, si la manifestation pacifique sera bénie par les autorités ou encore si l’élan affiché est dépourvu d’intérêts personnels. Il est clair néanmoins que nous assistons aujourd’hui à la naissance d’un collectif de milliers de citoyens mauriciens en plein éveil, las d’être exclus du discours politico-social et de la construction citoyenne. Je vois une jeunesse qui renferme une conscience véritable, espérons-le au-delà du virtuel.