La chronique pullule, depuis quelque temps, d’incidents en tous genres impliquant encore nos jeunes, les filles autant que les garçons. Dans les gares routières, dans les endroits publics, ou carrément en classe, quand ce n’est pas dans l’enceinte des institutions scolaires : les exemples ne manquent pas en effet. Mais surtout, rivalisent de violences. Qu’ils soient physiques ou verbaux, ces accès d’agressivité et de brutalités dans ces altercations, disputes et rixes constituent avant toute chose, à notre avis, des appels de détresse. Il n’y a pas longtemps, le sociologue et chargé de cours à l’Université de Maurice, Ibrahim Koodoruth, soulignait cela dans nos colonnes. Au même titre que la pédagogue et consultante Mariam Gopaul.
Que nos jeunes s’en prennent à eux-mêmes ou aux autres, leurs expressions et attitudes devraient être interprétées comme des appels à l’aide. Un médium pour solliciter notre attention. Et l’on sait qu’avec la (sur)médiatisation (avec tout ce qui circule sur les réseaux sociaux, par exemple) et les agressions diverses du quotidien à notre époque – sexe, drogue, argent, alcool, vitesse… –, nos jeunes sont effectivement en sérieuse perte de leurs repères. D’où certaines déviances et comportements, pour certains incompréhensibles, pour d’autres carrément outranciers. On aurait cependant tort de s’arrêter à la simple expression choquante ou sensationnelle de ces incidents.
En ce week-end marqué par la Fête des mères, exploitée comme d’habitude outrancièrement et sans aucun scrupule par les commerçants, qui banalisent totalement son cachet emblématique, ne serait-il pas le meilleur moment de revenir à nos vraies valeurs ? Et pour cela, quoi de mieux que nos mamans, n’est-ce pas ? La matrice de la société est porteuse de tous les espoirs. Mais elle est surtout et avant tout le cœur de la vie. Que serions-nous sans elles ? Nos mamans sont celles grâce à qui nous réalisons nos rêves, concrétisons nos ambitions, surpassons nos angoisses et délivrons le meilleur de nous-mêmes. En elles réside en effet le salut. Et même si leurs sacrifices et souffrances sont le plus souvent ignorés et occultés, elles ne faiblissent pas et donnent le meilleur d’elles. Mais c’est loin d’être aussi simple. Puisque nombre de nos mères sont elles aussi, autant que leurs enfants, larguées, paumées, perdues… La somme d’un développement et d’une modernisation au détriment de l’épanouissement de ses éléments, entre autres, ainsi que le relèvent certaines Mauriciennes sollicitées dans notre présente édition.
De fait, ne serait-il pas enfin temps de créer des structures adéquates qui permettront aux familles de se retrouver ? De se réconcilier, d’être à l’écoute les uns des autres, de refaire connaissance afin de se construire, pour pouvoir faire face, ensemble, aux innombrables nouveaux défis qui nous guettent ? Accepter de se remettre en question, comme le souligne la directrice de SOS Femmes, Ambal Jeanne, plus loin. Notre société est en réelle perte de valeurs, n’en déplaise à certains qui refuseront de le reconnaître. Il est impératif, si l’on veut protéger nos enfants et nous assurer que les futures générations soient armées et parées pour relever nombre de défis, pour résister aux attaques et obstacles qui émergeront sur leur parcours, de créer maintenant un encadrement approprié à cet effet. Une volonté politique sertie d’un projet de société solide contient la réponse.
S’agissant de la mère patrie, nous sommes tous certainement heureux du vote massif international en faveur de la rétrocession des Chagos à ses habitants ! Au même titre que l’on reconnaît les efforts du gouvernement en place en ce sens. La bataille est certes loin d’être gagnée, mais l’histoire retiendra que Pravind Jugnauth aura tenu un rôle important dans cet épisode; idem pour la persévérance de sir Anerood Jugnauth. Il est plus que jamais temps de rendre à ce peuple déraciné, déchiré et meurtri sa fierté et sa légitimité. La somme de tous ces efforts n’en sera que davantage amplifiée par une nation unifiée dans ce combat.
Doit-on encore rappeler que, depuis des années, notre société s’est effritée de manière graduelle et dangereuse ? Que nous avons un cruel besoin de vrais leaders ? Qu’attendons-nous alors pour nous remettre à l’œuvre afin que de nouvelles mamans fières, solides, épanouies et matures puissent prendre le relais ?

Husna RAMJANALLY