FAITH a vu le jour deux ans de cela. Deux ans depuis que cette petite équipe de bénévoles aide les plus démunis des régions de Port-Louis, Pointe-aux-Sables, Sainte-Croix et Albion. Une lueur d’espoir pour ces familles et surtout ces mères qui doivent élever seules leurs enfants. Alors que les mamans de Maurice fêteront la fête des Mères dans la joie et la bonne humeur, quelques autres devront regarder, impuissantes, leur enfant s’endormir le petit ventre vide. First Act Is To Help (FAITH) est né de l’altruisme d’un groupe d’amis qui avaient tous le même objectif : d’aider l’autre. C’est Georges Brelu-Brelu, un petit bonhomme bavard et qui a le coeur sur la main, qui reprend la barre avec sa petite équipe composée d’une quinzaine de bénévoles.
“J’aime faire ça”, dit Georges Brelu-Brelu le sourire jusqu’aux oreilles. “J’ai commencé lentement. Je venais au siège de FAITH, à Grande-Rivière-Nord-Ouest, deux à trois fois par semaine pour essayer de voir comment je pouvais donner un coup de main”, dit-il. “Mais au fur et à mesure, j’ai commencé à y prendre goût. Maintenant je suis ici presque tous les jours, du matin jusqu’au soir.”
Une même passion qui anime les bénévoles de cette organisation non gouvernementale, qui travaille sans relâche, évolue au plus près des démunis, sensible à leur écoute. Très présente dans les régions de Port-Louis et d’Albion, l’ONG s’attelle à aider les plus vulnérables aussi bien dans le court terme que dans le long terme. “Nous faisons un suivi des familles que nous aidons. Nous n’encourageons pas l’assistanat, nous encourageons la débrouillardise”, soutient cet habitant de Pointe-aux-Sables. “Vous avez de la chance, il n’y a pas grand monde aujourd’hui. D’habitude il y a la queue jusque devant le portail”, indique Christabelle Bonne, bénévole chez FAITH depuis presque deux ans. Dans le petit bâtiment de FATH situé à Grande-Rivière-Nord-Ouest, quelques provisions ont été entassées — des boites de lait, des sachets de macaroni et des bouteilles d’huile, entre autres.
“Je ne peux pas rester les bras croisés devant tant de misère et de souffrance. Il est inacceptable de laisser des enfants vivre dans de telles conditions”, dit Georges Brelu-Brelu. Ainsi son équipe et lui vadrouillent dans les petits coins retirés des grandes villes, loin du regard des gens. Des espèces de bidonvilles faits de carton et de tôle. “Le 27 décembre de l’année dernière, nous avons reçu un appel du groupe Zezi Vre Zom pour nous signaler que plusieurs familles démunies squattaient des terres à Cité Blanche. Nous sommes descendus les voir aussitôt. C’était un spectacle accablant : elles n’avaient absolument rien et dormaient à même le sol, sur les gravats”, raconte ce dernier.
Fort de leurs efforts, les membres de FAITH parviennent à obtenir des vivres et des matelas pour permettre à ces personnes de dormir le ventre plein. Depuis, l’ONG concentre ses efforts sur cette zone, délaissée des autorités : la Cité Blanche. “Il faut apprendre à connaitre ces gens-là, à leur parler et à gagner leur confiance pour mieux les aider”, ajoute Georges Brelu-Brelu.
L’éducation contre la pauvreté est un des leitmotivs de l’ONG qui soutient que l’un des moyens les plus efficaces d’aider ces personnes à sortir de la pauvreté est de la leur inculquer. “Beaucoup d’enfants ne peuvent pas faire leur devoir le soir, parce qu’il n’y a pas d’électricité. Avec une seule petite bougie pour éclairer la chambre, comment voulez-vous qu’ils étudient ?”, déplore Georges Brelu-Brelu qui connaît les réalités du terrain. Ainsi, l’ONG emploie un professeur particulier pour donner des cours après les heures de classe aux enfants de la région. “Nous avons une quinzaine d’élèves qui viennent suivre leurs cours. Et ce chiffre ne cesse d’augmenter”, dit le président. Une lueur d’espoir pour les bénévoles de FAITH.
Magalie Deliott, responsable de la branche FAITH d’Albion qui existe depuis un an, dispense elle aussi des cours aux enfants de la région. “Lorsque nous avons été distribués des provisions samedi dernier à Albion, j’ai été surpris de voir tant de familles affectées par le fléau de la pauvreté. Nous connaissons Albion pour ses beaux quartiers, mais il y a le revers de la médaille. De nombreuses familles qui y vivent se retrouvent bien trop souvent en dessous du seuil de la pauvreté”, nous confie Georges Brelu-Brelu. Une situation qui ne s’améliore pas selon notre interlocuteur qui voit la file d’attente devant le siège de FAITH s’étirer et le nombre de familles augmenter.
Autre fléau rapporté par le président de FAITH est le manque d’éducation des parents. “Ces gens-là ne savent pas qu’un enfant doit avoir une certaine hygiène, faute de quoi l’on s’expose à plusieurs maladies”, explique-t-il. Ainsi, à travers leurs campagnes de proximité, dont le programme Baby Drive qui en est à sa 7e édition, les bénévoles de FAITH distribuent des produits pour bébés aux familles. Une cinquantaine de familles de la cité Débarcadère de Pointe-aux-Sables a reçu des provisions, lors de cet événement tenu en début du mois. “Un sac complet de produits, parmi des couches pour bébé, des lingettes ou encre des savonnettes coûte approximativement Rs 500. Ce sont des produits de base que les plus vulnérables ne peuvent pas se permettre d’avoir”, explique Christabelle Bonne.
“La pauvreté est essentiellement féminine, avec près de 90% de femmes élevant seules leurs enfants”, constate George Brelu-Brelu. Il a cessé de compter le nombre de fois où des filles mères sont venues frapper à la porte de FAITH. “Ces jeunes filles ne peuvent pas et ne savent pas comment s’occuper correctement d’un enfant qui a besoin d’un toit, d’un repas chaud et d’un bon bain chaque soir”, ajoute ce dernier. Il est donc, selon lui, essentiel d’éduquer les jeunes.
FAITH essaie aussi de trouver un emploi aux personnes qu’elle aide. “Cela les aide à remonter la pente”, dit Georges Brelu-Brelu. Vieux routier, il a plus d’un tour dans son sac pour venir en aide à ces familles, parmi lesquels une initiation à l’agriculture. “Nous étions récemment en visite chez une famille et nous étions surpris de voir que ses plants de piment ont poussé !”, raconte le président de FAITH. Ils sont ainsi encouragés à cultiver leur petit lopin de terre, pour être d’une part autosuffisants, et d’autre part pour vendre leurs produits aux autres membres de la communauté. Un petit pas pour l’homme et un grand pas dans l’éradication de la pauvreté dans cette région de l’île, semble-t-il, abandonnée des autorités.
“Nous continuerons d’aider ces personnes et pour cela nous comptons sur la générosité des Mauriciens et de ceux qui veulent aider d’une manière ou d’une autre. Nous organisons aussi des ‘family drives’ où nous recueillons des provisions dans des supermarchés. Nous l’avons fait deux fois et nous allons renouveler l’expérience ce mois-ci”, ajoute Georges Brelu-Brelu.
Ainsi ceux qui voudraient aider ses familles, il suffit d’envoyer un mail sur faith@intnet.mu et d’appeler sur le 212 4570.