« On ne prend pas suffisamment de temps avec les enfants. Certains parents oublient de dire “je t’aime” à leurs petits. » Tel est le constat de Mariam Gopaul, coordonnatrice de l’École des Parents, pour le compte de la MCB Football Academy. Dans le sillage de la Journée mondiale de la Famille, observée chaque 15 mai, l’ex-responsable de l’ODEROI (Observatoire des droits de l’enfant de la région de l’océan Indien) nous livre son point de vue sur l’évolution des familles dans la société mauricienne.  
« Il y a pas mal de difficultés dans la famille d’aujourd’hui, notamment au niveau de la communication. Dans certaines familles, on ne se dit même plus bonjour », estime Mariam Gopaul. Depuis trois ans, la chargée de cours en communication à l’Institut Charles Telfair assure la formation des parents dans le cadre du programme “École des Parents” mis en place par la MCB. Le parcours consiste en neuf mois de formation sur les valeurs et la notion de respect, de même que sur les problèmes liés à l’alcool, au tabac et à la sexualité.
Selon Mariam Gopaul, les parents manquent de repères par rapport à l’éducation. « Ils pensent souvent que c’est l’école qui doit tout faire alors que tout se joue dans la famille. Si les parents ne sont pas de bons “role models”, et ne mettent pas en pratique nombre de valeurs, ne disent pas “merci”, l’enfant ne pourra pas inculquer ces valeurs à son tour », estime-t-elle.
Par ailleurs, les violences entre adultes au sein des familles « perturbent énormément les enfants, qui ont tendance à répliquer les mêmes gestes ». Ces violences sont dues, selon notre interlocutrice, à plusieurs facteurs, dont l’alcool, non seulement chez les hommes, mais aussi chez les femmes. Autre facteur problématique : la qualité du temps accordé aux membres de la famille, surtout aux enfants. « Le stress au sein du couple fait que l’on ne prend pas le temps pour les enfants. On oublie que l’enfant a besoin d’être accompagné et qu’il souffre énormément s’il se trouve dans un milieu familial hostile. »
Les difficultés sont elles-mêmes souvent liées au manque de temps. Et pour ne pas arranger la situation, selon Mme Gopaul, il y a la place que prend la télé dans les familles. « La télévision occupe trop de place dans la vie familiale. Dans certaines familles, elle est allumée dès 5h du matin, alors que devrait être présent le dialogue. On encourage les familles a éteindre la télé et à passer plus de temps avec les enfants. » Selon les expériences de Mme Gopaul, il y a même des « parents qui oublient de dire “je t’aime” à leurs petits ». Un des participants à un programme familial, se souvient-elle, a déjà tenu ces propos : « Kan mo dir mo papa mo kontan li, li dir mwa ki mo bizin ar li. » Ce qui montre, selon Mme Gopaul, que tout est devenu matériel. « On pense qu’il y a quelque chose derrière un “je t’aime”. On ne pense plus à l’idée d’affection rattachée à ces mots. » De plus, selon elle, ce ne sont pas seulement les mères, mais aussi les pères qui devraient accorder de l’attention aux enfants.
En revanche, elle dit avoir beaucoup apprécié lorsqu’un autre participant a partagé ces mots : « Si j’ai dix minutes, j’en accorde cinq à mon travail et cinq autres à mon enfant. Maintenant, je suis content, car je vois ses yeux briller de joie d’avoir de l’attention. » C’est surtout la qualité du temps que l’on accorde qui devrait primer, dit notre interlocutrice. « Même prendre l’enfant dans ses bras et le serrer, on ne le fait plus aujourd’hui. On vit dans un monde beaucoup trop matériel. Un enfant qui demande à sa mère de lui raconter une histoire et la maman répondant “mo pe get mo film” soulève des questions. Qu’est-ce qui est le plus important : l’enfant ou le film ? » interroge-t-elle. Elle termine : « Ce qu’il faudrait remettre en place, c’est la responsabilité des parents. On met au monde des enfants, on a donc une responsabilité. De l’autre côté, les enfants ont leurs droits, mais aussi la responsabilité d’honorer leur famille. »