Suivant l’exemple de Paris, Londres, Milan, New York, Kit Acheemootoo (agence HEAT) a lancé la première édition de la Fashion Week à Maurice. Le coup d’envoi de cet événement a été donné vendredi dernier au Hennessy Park Hotel à Ébène avec la présentation des travaux de jeunes créateurs mauriciens. Les collections de bijoux et accessoires de mode haut de gamme ont ensuite été dévoilées mercredi à l’hôtel West In à Balaclava lors de la soirée baptisée « Stone Appeal ». Cette première édition de la semaine de la mode s’est achevée hier au Hennessy Park Hotel avec de la coiffure en live après un défilé de prêt-à-porter vendredi dans cet établissement hôtelier d’Ébène. L’occasion de revenir en images sur cette semaine de la mode qui a voulu mettre en avant le « Made in Mauritius ».
La Mauritius Fashion Week est à des années-lumière des semaines de la mode qui se tiennent à Paris, à Londres ou à Dubaï. Lorsque l’on parle de Fashion Week, on s’attend à de l’effervescence, des lieux investis par les marques, une ambiance un peu futuriste, de la haute couture, des happenings, de l’animation, des mannequins au look excentrique portant des perruques déstructurées et des make-up déjantés sur le podium. Mais on ne va pas en demander trop pour cette première édition organisée à Maurice par Kit Acheemootoo, fondateur du groupe Heat et organisateur des fashion tours de ces six dernières années. Nous saluons même cette initiative qui fait honneur aux jeunes créateurs mauriciens et les marques locales et qui si elle se poursuit, permettra la création d’une vraie industrie de la mode à Maurice.
Cependant, il serait quand même important de considérer quelques couacs de cet événement pour mieux l’améliorer pour la deuxième édition. D’abord, les défilés de mode se sont déroulés pour la plupart en privé, notamment au Hennessy Park Hotel et à l’hôtel West In. Donc, pas accessible au grand public. Selon Kit Acheemootoo, les participants ont eux-mêmes invité leur VIPs.
Ranger les créations de designers mauriciens (parmi eux des débutants) dans la catégorie « haute couture », n’est-il pas abusif ? À Maurice, le mot haute couture est employé à tort et à travers, n’importe quel rapiéceur de chiffons s’en donne le titre. On sait bien que la haute couture, artisanat de luxe, qui fabrique des pièces uniques pour un nombre limité de clientes, est une spécificité très réglementée. Pour posséder l’appellation « haute couture », plusieurs critères sont à remplir : des matières nobles, le travail fait à la main pour des créations qui nécessitent des heures de travail d’artisans, parfois des dizaines de mètres de tissus, un atelier et des employés… Le prix des tenues « haute couture » en France dépasse souvent plusieurs dizaines de milliers d’euros. Dior, Chanel, Jean-Paul Gaultier et les autres maisons estampillées « couture » investissent beaucoup dans ces défilés.
Pour cette première soirée, la volonté des organisateurs était surtout de mettre à l’honneur des jeunes créateurs de talent. Malgré la coiffure plutôt banale des mannequins (un simple brushing) et un maquillage trop fade, le premier défilé était plutôt une réussite.
L’excentricité au rendez-vous
De grandes robes illuminées par des LEDS ont ouvert la soirée dédiée aux jeunes designers. La costumière Norah Françoise a tenté de nouvelles expériences avec des leds et des jeux de volumes dans une collection de robes vaporeuses accessoirisées de grandes ailes d’anges. Des robes illuminées et ornées de grosses fleurs multicolores qui ont apporté un peu de féérie à cette soirée.
S’inspirant de ses voyages en Asie, des tenues traditionnelles de mariées de la Corée, Loïc Lim tente lui aussi d’apporter de l’extravagance à ses tenues. La collection qu’il a présentée est un florilège de cinq de ses plus belles pièces. Sur le catwalk, les beaux mannequins de l’agence HEAT portent de grandes tenues aux manches démesurées. Les influences asiatiques ont été parfaitement maîtrisées pour des tenues oversized déclinées en noir, orange, bleu turquoise, ou vieux rose. Loïc Lim a utilisé notamment les matières transparente et fluide pour cette collection.
Robe de mariée transparente avec de la guipure camouflant à peine les seins, haut one-shoulder assorti d’un pantalon slim, robe rouge en satin et tulle ponctuent la collection de Safa El Boutali qui s’est inspirée du tapis rouge de Cannes.
Vient ensuite El Muhammad avec une collection baptisée « Midnight Garden » avec des motifs fleuris, des imprimés et de la matière transparente et fluide et collection de Krishnee Kanaye avec sa ligne inspirée du village du Gujarat en Inde. Les motifs, textiles et symboles inspirés de l’art de la grande péninsule font leur apparition sur toutes les tenues, même sur l’unique tenue masculine.
Découverte lors du défilé annuel du FDI-Fashion and Design Institute, Shefalee Kareemun a voulu présenter de nouveau cette collection qui lui a permis de se distinguer et inspiré de «Alice au pays des merveilles ». Pour cette première édition de Fashion Week, elle a aussi conçu quelques pièces inspirées des techniques de pêche. On découvre ainsi un casier en rotin en guise de haut masculin.
Les Amérindiens sont sources d’inspiration pour Artee Auckul qui a aussi provoqué la surprise avec ses robes surchargées de motifs incas, ornés de plumes et de colliers, et qui se portent en casual comme en soirée.
Chez certains autres, on notera malheureusement un manque d’originalité ou un problème de maîtrise au niveau des finitions — surtout lorsque l’on sait que de nombreux stylistes de talent manquaient cruellement à l’appel de cette première édition de la Fashion Week. Nous espérons quand même que cette initiative se renouvelle, qu’elle attire de nombreux acheteurs, des journalistes mauriciens et étrangers afin que nos designers puissent vivre de leurs créations comme c’est le cas ailleurs.