En mars 2012, trois militantes européennes, de l’association FEMEN, deux françaises et une allemande, qui manifestaient  seins nus à Tunis, pour soutenir la jeune Tunisienne, Amina Sboui, furent arrêtées par la police, et accusées d’outrage à la pudeur et d’atteinte aux bonnes moeurs. Une vingtaine d’associations islamistes autorisées à se constituer partie civile, dénoncent avec véhémence l’action des trois femmes. Leur procès a eu lieu le 12 juin et elles ont été condamnées à quatre mois et un jour de prison ferme.
Quant à Amina Sboui, plus connu sous le pseudonyme d’Amina Tyler, elle avait, en mars, fait scandale en publiant des photos d’elle, seins nus, avec le message « mon corps m’appartient, il n’est l’honneur de personne » sur son profil facebook et en créant la première page « Femen Tunisie ».
En mai, elle fut condamnée à une amende pour port prohibé d’un aérosol de gaz lacrymogène. Elle ne fut toutefois pas remise en liberté et devrait être de nouveau interrogée dans le cadre de nouvelles poursuites pour atteinte aux bonnes moeurs et pour avoir écrit FEMEN sur le muret d’un cimetière.
En 2011, l’Egyptienne Alias Al-Maghdy fit la une des journaux après avoir posé nue et publié sa photo sur son blog intitulé « le journal d’une femme réelle ».  Menacée de poursuites et devenue la cible de la colère des islamistes, elle s’est réfugiée en Suède. Elle continue à manifester, seins nus ou en tenue d’Eve contre le régime égyptien et les islamistes.
FEMEN
FEMEN fut créé en 2008 à Kiev, en Russie. C’est un petit groupe d’une vingtaine de femmes mais l’organisation a eu des adeptes  dans plusieurs pays d’Europe et pour l’heure dans deux pays du Moyen Orient. C’est une nouvelle forme de militantisme qui utilise le corps, ou plutôt les seins comme étendard de ses revendications.  Inna Shevchenko, la fondatrice du groupe, qui a depuis cherché refuge en France, justifiait cette méthode en ces termes « nous savons ce que veulent les médias – du sexe, des scandales, des agressions – et c’est ce que nous leur donnons».   Une autre fondatrice du groupe avait déclaré que « nos filles doivent être sportives pour endurer des épreuves difficiles et belles pour utiliser leur corps à bon escient. Pour résumer, FEMEN incarne l’image d’une femme nouvelle : belle, active et totalement libre » Pin-up bien plus que militante de la cause féministe, dirait-on ?
  Leur affirmation que les pays d’Afrique du nord, du Moyen- Orient et les communautés originaires de ces pays vivant en Europe sont loin d’être à la hauteur en matière des droits des femmes, a été perçue comme un discours qui alimente le racisme. Beaucoup pense qu’elles ne font que dans la provocation facile et inutile. Quand, le 4 avril 2013, elles organisent une journée « topless», la colère dans les pays du Moyen Orient fut très grande et une organisation de femmes, anti-Femen, vit le jour en Egypte. Ce groupe revendique son droit de définir sa lutte ainsi que ses propres moyens et méthodes de la mener, en affirmant « nous refusons la façon dont nous sommes assimilées à une masse homogène qui n’aurait ni parole, ni maîtrise de soi »   
De ce fait, elles n’ont eu pratiquement aucun soutien lors de leur arrestation, leur procès et leur condamnation en Tunisie. Leurs actions ont suscité presque un sentiment de rejet, les organisations des femmes tunisiennes se sont désolidarisées de leur mode de manifester, qu’elles trouvent contraire à leurs principes religieux et moraux. En quoi est-ce bénéfique d’utiliser sa nudité pour imposer un point de vue, disent-elles.
Par contre, dans d’autres pays d’Afrique, il y a eu une revendication d’un tout autre ordre. Certaines Africaines pensent que FEMEN n‘a rien inventé car rappellent-elles, les femmes avaient manifesté, seins nus, contre le colonialisme, dans plusieurs pays tels que le Nigeria, le Liberia, le Kenya et l’Ouganda.
En Inde, l’inverse s’est produit. Durant des siècles, dans le Kerala, la caste supérieure avait imposé des règles vestimentaires pour les hommes et les femmes issus des castes dites inferieures, les Dalits. Ces derniers n’avaient le droit que de se couvrir, de la taille jusqu’aux genoux. Ainsi, les femmes Dalit vaquaient à leurs occupations, seins nus. Au début du dix-neuvième siècle,  Ayyankali, considéré comme un révolutionnaire qui lutta pour les droits des Dalits, incita les femmes Dalits à se couvrir les seins en signe de protestation contre ces coutumes barbares. Une longue lutte s’ensuivit et finalement cette coutume castéiste fut abolie. Les femmes Dalits avaient gagné le droit humain de  couvrir leurs seins comme celles des castes supérieures.