Le High Powered Committee présidé par le secrétaire financier, Dev Manraj, a jusqu’au 15 novembre pour soumettre son rapport sur les modalités d’application de l’accord obligatoire intervenu, mercredi après-midi, entre le gouvernement et la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP) au sujet des nouvelles conditions de salaire et d’emploi des femmes « cleaners » des institutions scolaires. Signé, d’une part, par le syndicaliste, Jack Bizlall, du Comité de soutien aux grévistes de la faim, de l’autre, par le secrétaire au Cabinet, Nayen Kumar Ballah, cet accord intervenu dans la foulée d’une rencontre préalable entre des négociateurs de la partie syndicale et le Premier ministre, Pravind Jugnauth, est venu mettre un terme à la grève de la faim des cinq femmes cleaners et des deux dirigeants de la CTSP, Jane Ragoo et Reeaz Chuttoo.
 
Si le High Powered Committee doit plancher sur les modalités de son application, l’accord obligatoire convenu entre les deux parties garantit aux femmes cleaners jusqu’ici employées par des contracteurs un emploi sur une base contractuelle permanente sans aucune rupture entre des contrats d’emploi successifs contre paiement d’un salaire mensuel.
Selon l’accord, il a aussi été convenu d’identifier un employeur alternatif pour ces femmes cleaners autre que les contracteurs qui les emploient jusqu’ici. Il a, toutefois, été agréé que l’Etat ne sera pas cet employeur alternatif. Dans la mesure où leurs conditions d’emploi et de salaire seront régularisées, ces femmes cleaners pourront alors aspirer à prendre aussi avantage des bénéfices de l’impôt inversé.
Au dixième jour de leur mouvement de grève de la faim, mercredi après-midi, l’annonce par Jack Bizlall à la foule des grévistes et des sympathisants réunis au ruisseau du Pouce au Jardin de la Compagnie à Port-Louis qu’un accord acceptable avait été trouvé devait être accueilli avec soulagement et par des applaudissements par tous ceux présents.
Le syndicaliste, qui était notamment secondé dans les pourparlers avec la partie gouvernementale par Rashid Imrith de la Fédération des syndicats du secteur public (FSSP) et Naraindranath Gopee de la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU) a tenu, pour l’occasion, de saluer la « résistance » et le « dévouement » des grévistes de la faim ainsi que leur fédération syndicale, la CTSP qui, a-t-il trouvé, aura permis par ce mouvement de revendication « d’ouvrir un chemin » à l’intention de tous ceux qui perçoivent « un salaire dérisoire ».
Jack Bizlall devait aussi avoir un mot spécial de remerciements pour l’ensemble des syndicats et des partis politiques qui ont soutenu ce mouvement, de même que des officiers du ministère du Travail « et tous ceux qui ont oeuvré dans l’ombre » pour que l’on parvienne, finalement, à l’accord conclu. Pour le syndicaliste, ce litige portant sur le salaire de misère que percevaient ces femmes cleaners, « n’a laissé personne insensible ».
« Au-delà des peccadilles politiciennes »
Il trouve, ainsi, que quand la situation l’exige, les Mauriciens sont capables de se hisser au-dessus des peccadilles politiciennes qui les opposent souvent. Jack Bizlall souligne que le sort de 52 de ces femmes cleaners travaillant dans des établissements catholiques est déjà en voie d’être réglé ; le Service Diocésain de l’Education Catholique (SeDEC, ex-BEC) ayant déjà signifié son intention de les employer.
« Reste le cas de 412 autres travailleuses sur lequel se penchera le Comité Manraj », explique-t-il. Le syndicaliste indique, à ce propos, qu’outre le secrétaire financier, ce High Powered Committee comprendra, entre autres, un représentant du Sollicitor General, ainsi que cinq membres du Comité de soutien aux grévistes de la faim. Les dirigeants de la CTSP seront, eux, invités à venir déposer devant le comité. Tout comme, d’ailleurs, les trois anciens ministres de l’Education qui ont soutenu activement les grévistes de la faim, à savoir, Armoorgum Parsuramen, Vasant Bunwaree et Steven Obeegadoo.
« Différentes possibilités existent quant à pour qui travailleront, à l’avenir, ces femmes cleaners. Cet employeur pourrait être une coopérative, une compagnie ou encore un Trust. On verra bien », déclare le syndicaliste. Pour lui, l’accord signé constitue un engagement formel qu’il convient, dorénavant, de faire respecter. Aussi, pour Jack Bizlall, « la lutte continue ». Jusqu’à au moins le 15 novembre quand les modalités pratiques de sa mise en application auront été connues.
Jane Ragoo et Reeaz Chuttoo de la CTSP et qui étaient, tous deux, en grève de solidarité avec les cinq femmes cleaners grévistes de la faim ont, eux aussi, tenu à remercier tous ceux ayant soutenu les revendications des ces travailleuses. « Aujourd’hui, ce n’est pas une victoire de la CTSP mais la victoire du bien sur le mal, celle de l’humilité sur l’arrogance », a fait remarquer Reeaz Chuttoo. Non sans adresser une pique au passage à « ceux qui sont nés avec une cuiller en argent dans la bouche et qui se sont permis d’agresser celles qui luttaient pour vivre décemment ».