Dans plusieurs secteurs, le pas a été franchi. Il y a de moins en moins de métiers considérés comme étant exclusivement réservés aux hommes. Plusieurs femmes ont pris le défi de foncer, mais elles sont nombreuses les professionnelles qui se trouvent confrontées à des mentalités rétrogrades. C’est ce que soulignent nos intervenantes, à quelques jours de la Journée internationale de la Femme.
“J’ai eu beaucoup de commentaires désobligeants de la part d’hommes et de chauffeurs. On croit que je ne suis pas à ma place et que le rôle de la femme est d’être à la maison pou kwi diri ek triy bred”, confie Meela, chauffeur de poids lourd. “Zot vinn la par mesanste parski zot krwar ki nou pa konpran travay-la”, disent, pour leur part, Karouna et Sheila, gérantes de la quincaillerie familiale.
“Certains chauffeurs roulent n’importe comment alors que certains, au lieu de nous prêter main forte devant un ou des passagers difficiles, ne se soucient pas de notre sort. À nous de gérer la crise comme on peut”, souligne Andréa, receveuse d’autobus. Ces femmes soulignent qu’en dépit de l’évolution de la société et la place qui leur est accordée, leur condition féminine les rend encore vulnérables car certaines mentalités tardent à changer.
Pas à sa place.
Après avoir suivi des cours en plomberie et soudure au Mauritius Institute of Training and Development (MITD), Karine peine à trouver du travail. Elle estime que c’est parce qu’elle est une femme que ses nombreuses demandes d’emploi sont restées sans réponse à ce jour. Pourtant, elle a travaillé sous contrat dans une compagnie, mais il n’a pas été renouvelé. Ses anciens collègues n’ont pas manqué de lui faire comprendre qu’elle n’était pas à sa place. “Ils m’ont reproché d’avoir mal choisi ce métier, estimant que ma place est ailleurs.” Mais pour cette jeune fille de bientôt 20 ans, “il n’y a pas de métier réservé exclusivement aux hommes et d’autres qui ne sont que pour les femmes”.
Battante.
C’est l’avis que partage également Meela. “Certains sont simplement jaloux du fait que j’aie pu obtenir un permis de poids lourd alors qu’ils ont, eux, échoué.” Exerçant aussi le métier de chauffeur d’autobus et de receveur le week-end et les jours fériés, elle est confrontée à d’autres situations tout aussi désagréables. “Ena dimounn pa le peye. Zot krwar ki akoz mo enn fam, zot kapav fer seki zot anvi ek ki mo pa pou dir ou fer nangne.” Son tempérament de battante fait qu’elle ne se laisse pas impressionner : elle les fait descendre du bus à l’arrêt suivant.
Les difficultés au travail ne viennent pas uniquement des passagers mais également de certains collègues. Andréa en a fait l’amère expérience. “Il y a des chauffeurs qui refusent de travailler avec nous… pour éviter des problèmes avec leurs épouses.”
Remarques.
Bien que blessée par ce genre d’attitude, Meela déclare avoir encore plus mal lorsque les remarques désobligeantes viennent des femmes. C’est ainsi qu’elle est restée pantoise quand une dame a demandé à descendre de l’autobus lorsqu’elle s’est rendu compte que c’était une femme qui conduisait.
Dotées d’un fort tempérament comme Meela, Karouna et Sheila arrivent à tenir tête aux clients difficiles. Leur plaisir de gérer l’entreprise familiale est parfois gâché par quelques énergumènes qui croient qu’elles ne sont pas à leur place. “Nous ne sommes pas que des sales girls. Nous dirigeons l’entreprise et nous connaissons l’utilité de chacun de nos produits.” Au milieu des matériaux pour la plomberie, la maçonnerie, les installations électriques, la menuiserie et divers accessoires et bricoles, elles se disent parfaitement à l’aise et tiennent à le faire comprendre.
Surprise.
Conscientes qu’elles exercent un métier considéré comme destiné aux hommes, avec une clientèle composée principalement de la gent masculine, elles n’ont pourtant pas froid aux yeux. Elles ne se laissent pas impressionner par ces messieurs qui se prétendent de grands experts en outillage et qui viennent mettre en doute leurs compétences et la qualité de leurs produits.
Mais il n’y a pas que cela. “D’autres ont le prétexte de vouloir acheter un produit alors que c’est surtout pour épier le moindre de nos mouvements.” Une fois, elles ont eu la désagréable surprise de constater qu’après de longues minutes à les observer au volant de sa voiture, un homme s’est mis à se masturber…
Alors que nous allons célébrer la Journée internationale de la Femme ce vendredi 8 mars, le combat pour plus de reconnaissance semble encore difficile à gagner.