Au combat du collectif No to fishfarming in Mauritius, lancé sur les réseaux sociaux il y a quelques semaines, se rallient désormais les surfeurs, les pêcheurs et plaisanciers de l’Ouest ainsi que ceux du Sud. Ces voix s’élèvent contre l’installation de fermes aquacoles, plus précisément à Tamarin et au Morne, qui risquent, selon elles, d’attirer les requins et de mettre parallèlement en danger l’industrie touristique mauricien, sans oublier les dégâts sur l’écosystème. Cette semaine, le délai pour soumettre des contestations et suggestions quant au permis EIA demandé par Growfish International Mauritius Ltd (un partenariat entre le groupe norvégien AKVA et des investisseurs sud-africains et mauriciens) tirant à sa fin le 30 juin, les contestataires ont soumis une lettre d’objection au Premier ministre, ainsi qu’au ministre du Tourisme, à celui de la Pêche et celui de la Sécurité sociale. Un mouvement rejoint par la Federation of Pleasure Crafts Operators (FOPCO) et l’Association de Pêcheurs Professionnels et de Plaisance (APPP) qui ont également adressé un courrier aux autorités pour contester le projet. Les contestataires se sont aussi regroupés à Albion hier après-midi pour dénoncer l’impact environnemental, social et économique qu’encourt le pays avec l’installation d’une plate-forme pétrolière dans la région.
Alors que gouvernement souhaite encourager les PME à se lancer dans l’aquaculture — présentée comme un nouveau pilier de l’économie mauricienne — en vue de réduire les importations des Seychelles et Madagascar, et de pouvoir satisfaire les besoins locaux en poissons et fruits de mer, la résistance s’intensifie pour contrer les projets en gestation. Outre les voix des membres du collectif  No to fishfarming in Mauritius, qui a réuni la signature de plus de 3 000 personnes à travers le réseau Avaaz contre le projet, cette fois, c’est au tour des plaisanciers, regroupés au sein de la FOPCO, et des pêcheurs de l’APPP de monter au créneau. Des partis politiques, à l’instar de Rezistans ek Alternativ, ont a aussi pris position sur ce projet, envisagé par Growfish International Mauritius Ltd, au coût de USD 150 000, qui fait partie du plan du gouvernement de l’implantation de quelque 20 sites sur 1 340 arpents identifiés pour l’aquaculture.
S’il sera situé, selon les autorités, à 8 km de la plage et s’étendra sur 400 mètres ou plus de profondeur, ce projet suscite ainsi de vives inquiétudes chez les contestataires qui, relevant l’impact environnemental que peuvent provoquer des fermes marines, soutiennent qu’« il existe des preuves selon lesquelles la pisciculture de Mahébourg a causé de graves dommages à l’environnement.» «Les poissons non indigènes des fermes ont été pêchés à l’état sauvage, ce qui démontre qu’ils s’échappent des fermes », disent-ils, ajoutant qu’il existe également des preuves que la ferme marine de Mahébourg a provoqué la mort de nombreux dauphins ainsi que des requins et autres poissons pris dans ses filets.  « Ce qui pose un risque sérieux pour leur conservation », notent-ils, avançant que les élevages de poissons sont connus pour attirer les requins, y compris des espèces les plus dangereuses, à savoir les requins-bouledogues et les requins-tigres, qui sont attirés par le bruit et les vibrations causées par les élevages de poissons fortement peuplés.
Parallèle avec La Réunion
Les contestataires préviennent que les requins, attirés par les fermes de poissons, mais ne pouvant s’y nourrir en raison de la présence de filets de protection, se rabattent naturellement sur ce qu’ils peuvent trouver sur leur route, y compris les humains. Ils font ainsi un parallèle avec les récentes attaques de requins à La Réunion, à 226 km de Maurice.  «Ce n’est pas tout de suite que les effets seront ressentis. À La Réunion, la ferme aquacole de Saint-Paul installée en 2007 continue d’être accusée d’être l’une des principales causes de la crise d’attaque des requins qui a débuté en 2011 », souligne Sasha Lagesse, porte-parole de No to fishfarming in Mauritius.
Il rappelle que les attaques de requins à La Réunion continuent d’augmenter et affectent tous les utilisateurs de la mer, y compris les surfeurs, les nageurs et même les chiens, certaines de ces attaques se produisant à quelques mètres seulement du rivage et à tout moment de la journée.  « Il y a maintenant une interdiction quasi totale d’entrer dans la mer à La Réunion et les insulaires de l’île ne peuvent plus mettre les pieds dans leur propre mer, et beaucoup ont perdu leurs proches dans les attaques de requins. Nous ne voulons pas que cela se produise à Maurice ou ailleurs dans le monde », dit-il.
Menace pour le tourisme
Les opposants aux fermes aquacoles relèvent par ailleurs que si les autorités souhaitent faire de l’économie bleue l’un des piliers de l’économie locale, avec l’aquaculture citée comme un créneau porteur, les risques concernant l’industrie touristique, le véritable secteur économique porteur, doit être pris en compte. Propos avancés également par l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM), qui estime que ce projet de fermes aquacoles suscite des interrogations. « Par rapport aux 50 000 emplois directs que nous pourvoyons et notre contribution au PIB, nous ne pouvons pas prendre de risque avec un secteur émergent qui ne pourvoira que 500 emplois et dont jusqu’ici personne n’a pu donner une idée incontestable de son impact sur le plan social, économique et environnemental », indique Jean-Louis Pismont, CEO de l’AHRIM.
D’où le délai réclamé par l’association des hôteliers afin d’obtenir plus d’éclaircissements avant de poursuivre une quelconque démarche relative à ces projets envisagés au Morne et à Tamarin. D’autant que selon les relevés de No to fishfarming in Mauritius, les attaques de requins à La Réunion ont provoqué une annulation immédiate de 60% des réservations touristiques, avec pour conséquence sur les années suivant les premières attaques une baisse de 25% des arrivées touristiques à l’île soeur.  « Maurice ne peut se permettre d’endommager davantage ses précieuses eaux propres et ses plages sablonneuses en permettant aux promoteurs de polluer ses eaux, de contaminer la faune et la flore marines, et de tuer les poissons avec leurs filets de protection. L’île Maurice doit préserver son environnement et ses eaux. L’avenir de l’économie mauricienne dépend également de cela », disent les membres de  No to fishfarming in Mauritius.
Le manque de communication derrière ces développements est aussi déploré. Selon les contestataires, la demande d’application EAI de Growfish International Mauritius Ltd est  « trompeuse, incohérente et largement insuffisante pour démontrer une évaluation sérieuse de l’impact sur l’environnement de son projet. » Le collectif déplore aussi que le comité EIA n’aurait pas contacté ceux concernés par le projet, dont les habitants, ainsi que les pêcheurs et plaisanciers de la région. Et ce, contrairement aux règlements en vigueur pour l’octroi d’un permis EIA pour des fermes aquacoles. Ce que reprennent également les membres de la FOPCO et l’APPP, s’insurgeant de ne pas avoir été mis au courant d’un projet d’une telle envergure et avec autant de risques. Les plaisanciers et les pêcheurs soutiennent que selon des preuves visuelles et les témoignages récoltés concernant la ferme de Mahébourg, les fermes aquacoles ont des effets désastreux sur la biodiversité et l’environnement marin et l’écosystème de la région. Ils attirent également l’attention sur les risques que représentent les espèces introduites pour les espèces endémiques. 
Manque de communication et de concertation
« Même si l’élevage se fait en cage, il n’y a aucune garantie que les poissons ne puissent pas s’échapper », disent-ils. Et de souligner que des études à travers le monde ont démontré que  « l’aquaculture n’est pas écologique », ajoutant que l’utilisation d’antibiotiques et de farine animale comme nourriture a été souvent critiquée. « La mer n’est pas un laboratoire contrôlé. C’est tout un écosystème interconnecté, dans lequel les changements apportés par de tels projets affectent tous les cycles de la vie marine et la biodiversité, de telle sorte que nous pouvons à peine contrôler et mesurer l’impact », disent-ils.  « Can we, Mauritius as a country which takes pride in our sea, sun and sand, risk an international scandal caused by a shark attack ? » se demande la FOPCOP.
L’association fait ressortir que les sites identifiés dans l’Ouest du pays, selon le Master Plan des autorités pour l’aquaculture, sont utilisés par les plaisanciers de la région pour le dolphin watching et la plongée, des activités très populaires auprès des touristes.  « These projects will impact negatively on the dolphin watching activities upon which pleasure crafts rely in the west », disent les membres de la FOCOP. Ils ajoutent que  « obstruction of their free mouvement by cages can also disturb the dolphins which may come closer to the cages, attracted by fish, get caught in the net, be wounded or die. » Les contestataires notent qu’aucune mention de zone tampon n’a été faite dans la demande de permis EIA du promoteur. Ils préviennent également contre toute privatisation des eaux mauriciennes.
Si le département de l’Économie océanique au Board of Investment soutient que le choix des sites n’est pas fait de manière arbitraire et que ces projets aquacoles seront installés sur des sites où il n’y a pas d’activités nautiques et pas de lignes maritimes régulières, les protestataires soulignent que le site du Morne est très connu dans le monde pour le surf.  « Annuellement, Maurice, et plus particulièrement Le Morne, accueille 100 000 touristes pour le surf. Imaginez la publicité négative que cela fera pour le pays si jamais un surfeur se faisait manger par un requin. Quel sera l’impact économique ? », s’interroge Sasha Lagesse.
Dans leur courrier aux autorités, les membres de No to fishfarming in Mauritius expliquent que s’ils sont opposés à toute ferme d’aquaculture, ils espèrent que si jamais le ministère de l’Environnement décidait d’accorder une licence d’EIA à Growfish International Mauritius Ltd ou à tout autre promoteur, le principe de précaution doit prévaloir. De ce fait, disent-ils, il est impératif qu’une étude indépendante et scientifique soit faite afin de permettre l’évaluation avec une certitude raisonnable d’un point zéro pour chacun des sites pour lesquels une demande d’EIA est soumise.