Pas de musique de fond, pas de paroles, juste un nez qui renifle. C’est par le bout du nez que la faim mène la clocharde de Perfect day, court-métrage réalisé par Jérôme Valin. Pareil pour le spectateur, qui est mené par le bout du nez, jusqu’à la fin dramatique du film.
Le jour parfait commence en plein soleil, au bord de la mer, dans un coin huppé fréquenté par les touristes, filmé à la manière d’un spot publicitaire aux images rapides et colorées. Soudain, on change de fréquence. Les doigts noircis par la crasse, le regard vide, l’image de la clocharde s’impose sur un ton monochrome. Rien à se mettre sous la dent… Pourtant il y a bien ce craquement de pain provenant de la bouche des deux gars assis à un carrefour. Son nez lui permet de repérer les effluves de nourriture dans les poubelles de ces rues où elle erre.
Ce flair l’amène à découvrir un bébé dans une poubelle. Tous ses gestes semblent a priori indiquer qu’elle le prend sous son aile. Le réalisateur empile les indices à loisir, nous entraînant avec une relative facilité, sur cette fausse piste.
Même au cours de la longue course de la clocharde pour retrouver son antre, course rythmée par les cris de plus en plus lancinants de l’enfant, nous éprouvons toujours de la sympathie pour elle. Rassuré par ce qui ressemble à de l’humanité chez cette femme en marge de la société, on s’attend à ce qu’elle prenne soin du bébé. C’est sur cette convention-là que compte le réalisateur, pour ménager une chute, qui nous saute à la gorge.