Transmettre sur la toile ses émotions d’artiste-peintre mais aussi celles d’un père, pour exorciser un passé laissé en sursis. C’est en quelques mots la trame de ce court-métrage de Krishna Luchoomun. Papan Kulta, traduisez le chouchou de papa, est une histoire autobiographique, une sorte de voyage intérieur sur fond de création artistique.
Le personnage est enfermé dans son atelier, comme pour signifier qu’il est enfermé dans son univers. La peinture apparaît dans le film comme une quête, une thérapie. Le père est déchiré à l’idée de savoir que sa fille a grandi si loin de lui en Finlande, pendant qu’il accueille présentement un autre enfant au sein d’une famille nouvellement recomposée. À travers son art, il entraîne le spectateur dans les tourbillons d’une histoire filiale construite comme un puzzle. Ses tourments se matérialisent dans les couleurs d’un tableau. Alors qu’il est porté par cet état cathartique, son pinceau fait le va-et-vient sur la toile.
Au fur et à mesure que l’oeuvre se compose, les images de la séparation avec sa fille le hantent. À l’image des volutes de sa cigarette, son esprit se perd dans les méandres de souvenirs, teintés de culpabilité.
L’oeuvre artistique est au coeur du scénario. À l’instar du peintre qui mélange les couleurs sur sa palette, le réalisateur brasse toute une gamme de matières. On passe du réel aux souvenirs et des souvenirs aux projections, des prises de vue réelles à l’animation. En se libérant de sa culpabilité, l’artiste libère aussi son expressivité à la fois picturale et cinématographique.