Quand il sera grand, Johni sera vedette de cinéma. Il sera une célébrité, là-bas à Hollywood. Il y croit. Et avec lui, tous les villageois de La Preneuse vont y croire. Ils ont même pris rendez-vous pour lui avec un directeur de casting américain à 16 heures.
La qualité de cette première fiction d’Axelle Tennant tient à la simplicité de cette histoire joyeuse et divertissante, joliment dialoguée. Ce jeune homme qu’on a tous croisé un jour, rêve d’ailleurs. Il veut vivre son rêve américain, à la manière d’un Leonardo di Caprio. La réalisatrice pose un regard tendre sur ce jeune rêveur, cet éternel adolescent au large sourire. Johni est un personnage ordinaire qui souhaite pour lui-même un destin extraordinaire.
La force de ce film est de faire vivre un village côtier dans lequel les croyances sont aussi fortes que les rêves d’ailleurs. Ce rendez-vous entraîne le village dans une frénésie incroyable. La mère protectrice, attendrie et fière, lui passe un crucifix au cou. La voisine, accoudée au mur, lui remet une tisane, qu’elle voudrait magique, histoire de lui donner des ailes. D’autres lui prêtent veste et chaussures. Et voilà Johni qui s’avance, à la manière d’une rock star. « To garson pe allé, to fier », dit une voisine à sa mère.
Cette solidarité et cet engouement ont quelque chose de touchant, mais aussi de comique dans l’exagération. Ils atteignent leur paroxysme au moment où tout le monde entonne l’hymne national la main sur le coeur, à l’heure du grand départ. Johni en devient du coup le héros, parce que « ti Johni pe allé zwenn Obama ! »
À la manière de ce camion de glace qui file toutes sirènes dehors sur la route du Morne, Johni avance confiant vers son destin. Mais le réalisera-t-il vraiment ?