Le sixième festival mauricien de courts-métrages Île Courts a toujours semblé, en raison de ses soutiens et partenariats, plus proche de la France que du continent auquel le pays est rattaché. Toutefois, des démarches ont été entreprises pour établir des liens avec le cinéma africain qui, s’il souffre d’un manque de diffusion, n’en est pas moins d’une vitalité époustouflante. La présence du cinéaste sénégalais Moussa Touré comme parrain de la nouvelle édition de notre festival est la plus éclatante illustration de cette volonté.
Moussa Touré vient de faire mouche au dernier festival de Cannes, dans la catégorie « Un certain regard », grâce à son film La pirogue, qui retrace de manière tout à fait réaliste et tragique le destin de ces hommes qui un jour font appel à un passeur de fortune pour rejoindre la côte espagnole et l’Europe. Le voyage se termine souvent mal, plongeant des familles entières dans le deuil et le chagrin.
Moussa Touré est non seulement cinéaste mais également scénariste et producteur. Ceux qui se sont rendus à Dakar, n’ont pas pu ignorer les longues pirogues ornées de motifs traditionnels colorés qui s’alignent sur la plage qui borde la capitale sénégalaise. Quotidiennement destinées à la pêche, ces embarcations peuvent aussi être détournées de leur fonction première pour transporter des passagers qui deviennent clandestins une fois sortis des eaux sénégalaises. Clandestins en quête d’un autre destin, migrants du ventre fuyant les misères du continent pour connaître la dure vie de l’immigré dénigré en Europe. De nombreux hommes perdant leur vie au cours de ce périple, le sujet de ce film s’est imposé à Moussa Touré comme il l’explique en toute simplicité dans une interview. Ce Dakariote, né en 1958, a réalisé son premier court-métrage en 1987 puis son premier long-métrage. En 1991, il passait au long-métrage Toubab Bi primé de nombreuses fois. Un de ses films les plus populaires est assurément TGV avec Makéna Dion, Bernard Giraudeau et Philippe Leroy-Baulieu en 1997. Il a aussi créé sa propre société de production Les films du crocodiles. Respecté comme un père dans la profession, Moussa Touré a aussi initié un festival intitulé « Moussa Invite », auquel les documentaristes africains sont appelés à présenter leurs films. Aussi préside-t-il le jury du film documentaire au FESPACO, le plus célèbre festival de cinéma africain, qui se tient chaque année à Ouagadougou. La présence de cet homme à Maurice est une aubaine. Moussa Touré sera donc l’invité d’honneur d’Île Courts, particulièrement à la soirée inaugurale prévue au Star de Bagatelle le 25 septembre. Surtout, il proposera une master class le samedi 29 septembre, à ne louper sous aucun prétexte.
Hommage à Radha Jaganathen
Radha Rajen Jaganathen a disparu en France il y a deux mois dans la plus grande discrétion. Ce réalisateur, producteur et scénariste mauricien a émigré avec ses parents en France 1960, alors qu’il n’avait que neuf ans, suite à un cyclone dévastateur. Plus tard, reçu major de l’Institut des hautes études cinématographiques en France, il a monté Quintet films pour réaliser des programmes d’apprentissage au langage cinématographique. Dans la série Image par image, il analyse les grands classiques de l’histoire du cinéma. Il a également produit la série pour enfants Ça c’est du cinéma. La soirée d’ouverture d’Île Courts verra donc aussi la projection d’un de ses courts-métrages qu’il a réalisé en 1993 avec Maki J. Algen. À Lucy (Maasai connection), raconte l’histoire d’un jeune homme qui un jour au Kenya, rêve d’une femme née en Afrique il y a trois milliards d’années. Elle le prie de venir la chercher et de la ramener dans sa terre natale. Avec ses compagnons, il va traverser la ville comme on suit une piste, se fiant aux signes, symboles qui les conduiront jusque dans le musée des Arts océaniens où le corps de Lucy est exposé… Un film de neuf minutes sur les origines de l’humanité. À Lucy a été premier prix aux festivals de Montréal, d’Amiens et de Ouagadougou.