Un tabouret rouge et un pupitre suffisent à Georges Mathieu pour son spectacle. Car le plus important se situe ailleurs, en lui et dans le regard qu’il porte vers son auditoire tout au long du show. S’il avait préparé un certain nombre d’histoires et de blagues inspirées par l’actualité et les réalités françaises et mauriciennes, il déclenche tout autant les rires en conversant avec le public, en apostrophant des spectateurs, ne cessant jamais de les observer. Georges Mathieu a aussi chanté dimanche soir, dans la tradition du music hall, parfois avec une touchante émotion.
Lors de la soirée d’ouverture, jeudi dernier, Georges Mathieu avait donné un aperçu de ce qu’il nous préparait. Pastichant la démarche d’une jeune femme en robe rouge qui passait devant la scène, il lui fait la conversation et lui demande même de revenir marcher sous nos yeux. Il gambade de long en large plein de joie et de légèreté, célébrant Miselaine Duval, les Komikos et le Kafé T, faisant des courbettes devant Monsieur le Ministre, ou Monsieur l’Ambassadeur avant de lancer une petite plaisanterie piquante telle qu’à l’adresse d’Hervé Aimée : « Ou pa malad ou ! Sé bien »…
Dimanche soir, pour son one man show, l’artiste a commencé par s’amuser des spectateurs qui arrivaient en retard, confisquant un sac rempli de biscuits à une mère de famille qu’il lui rendra ensuite après en avoir distribué au premier rang. Du début à la fin, il n’a cessé d’observer la salle, de sonder ses réactions, d’y trouver des occasions de rebondir, aiguisant à chaque fois un peu plus l’attention de chacun. Son interaction avec le public s’est d’ailleurs prolongée au-delà de la scène, quand il est venu saluer les spectateurs à la sortie trouvant un bon mot, une boutade pour chacun, si joyeux d’être là exerçant son art en terre natale.
À ce chapitre, nos traditionnels tabous sociaux ont volé en éclats. Mathieu s’est si joyeusement moqué de nos clichés communautaires qu’il nous en a libérés. Le genre de plaisanterie qu’on n’ose faire qu’entre intimes, il les fait devant une salle comble de deux cent cinquante convives. Il aime le cabaret notamment pour pouvoir « rire des gens avec eux mais jamais contre eux. » Il choisit au feeling quelques personnes dans le public et s’appuie sur elles, à l’instar de ce couple musulman au premier rang plié de rire, de cette famille de sino-mauriciens à qui il demande si on les a groupés, de l’indo-mauricien à qui il dit que ça se voit beaucoup, sans oublier l’ambassadeur de France à qui il demande « Mais qu’est-ce que tu fais là toi ? » et auquel il s’adressera à de multiples reprises. Ses remarques vont et viennent par petites touches sans s’appesantir, sans une once de méchanceté, ce qui lui permet à peu près tout.