Cette année encore, le Festival international Kreol (FIK) a péché par son manque de sincérité pour qu’il devienne le festival de tous les Mauriciens. Même si l’événement attire toujours la foule, il est plus que temps que ses objectifs soient repensés et que le festival retrouve sa vocation première : la célébration de la créolité.
N’était-ce la participation de Jean-Clément Cangy, Mylène Bamboche et du Réunionnais Yannick Fontaine à la conférence placée sous le thème Kreolite nou lidantite, le FIK n’aurait pas eu beaucoup de saveur cette année, même si la cuisine créole a été mise en valeur samedi lors du grand concert à Pailles et lors de la journée de régates à Mahébourg. Année après année, la dérive se poursuit, les organisateurs ne semblant plus pouvoir éviter les écueils qui font dévier le festival de ses vrais objectifs.
Préjugés.
Bien qu’il soit politiquement correct pour la forme d’organiser le FIK, qu’en est-il après ? Devra-t-on attendre le prochain festival pour que la culture créole soit valorisée ? À ce sujet, Mylène Bamboche s’interroge sur un point bien précis : “Est-ce que notre société, au sein de laquelle il y a beaucoup de préjugés profondément ancrés, arrivera à comprendre, accepter ou tolérer l’affirmation de l’identité créole à Maurice ?” Elle reconnaît que beaucoup a été fait pour empower la culture et la langue créoles.
Elle est rejointe dans son analyse par Jean-Clément Cangy, qui considère néanmoins qu’il y a “encore des gens à Maurice qui pensent que les langues anglaise et française sont supérieures au kreol morisien”.
Identité.
Jean-Clément Cangy affirme que “dimounn pena problem pou dir zot kreol”, tout en précisant qu’il y a encore du chemin à parcourir pour parvenir à une véritable reconnaissance de cette culture dans la société mauricienne. Il concède lui-même qu’à cause des discriminations et des injustices subies, “certains ont tardé à assumer leur identité créole”.
Il en est de même pour le métissage de notre société. À ce propos, Yannick Fontaine préfère parler de créolité comme synonyme de diversité plutôt que de multiculturalisme. “Par leur diversité et leur identité, les Créoles peuvent dire halte au racisme”, souligne-t-il. Il a aussi mis l’accent sur le fait qu’être créole, c’est avant tout être un homme ou une femme qui veut réussir et qui occupe sa place dans la société et le système. “La créolité ne se résume pas à la langue mais aux hommes et aux femmes qui font la culture. Elle ne doit pas s’arrêter à la musique, la danse ou la cuisine, mais doit amener chaque participant de l’humanité à apporter sa contribution.”
Avancées.
De son côté, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a parlé de la dimension fédératrice de la langue créole, rassemblant les Mauriciens et tous les pays de la région de l’océan Indien. Le gouvernement parle de grandes avancées pour le kreol avec son introduction dans les écoles, mais il ne pipe mot sur son introduction au Parlement ou au sein de l’administration du pays. Le vice-Premier ministre, Xavier-Luc Duval, a souligné les progrès de la culture et de la langue kreol depuis la célébration du FIK par “sa gouvernman-la”. Il serait toutefois bon de lui rappeler que la reconnaissance du kreol est aussi l’oeuvre de militants de la langue qui ont pendant longtemps crié dans le désert. Soulignons que l’an dernier, Navin Ramgoolam avait avoué qu’il était lui-même réticent au départ au sujet de l’introduction du kreol à l’école. Il a fallu les explications d’un des grands défenseurs de cette langue, Dev Virahsawmy, pour qu’il soit convaincu.
Sincérité.
Xavier-Luc Duval a beau jeu de parler de la grande évolution du kreol morisien. Mais force est de constater qu’il reste des efforts à accomplir pour que cette langue ne soit plus estropiée. Malgré une graphie désormais établie et un ouvrage de référence comme le Diksioner Kreol Morisien, les documents officiels comme celui du FIK comportent toujours des fautes d’orthographe. En ce moment même, une graphie anarchique est souvent utilisée sur les affiches pour les élections villageoises et municipales.
Conférences, expositions, concerts, fêtes… Beaucoup a été dit dans le cadre du FIK cette année. Mais la dernière édition souffre du même mal que les précédentes : l’absence de sincérité. La dérive continue. Malgré les beaux discours, le festival demeure renfermé autour d’une communauté. Les organisateurs ne semblent pas faire de gros efforts pour qu’il soit bel et bien compris que la notion de créolité transcende les ethnies et rassemble le peuple mauricien.