Le symposium organisé dans le cadre du 10e Festival International Kreol a permis de donner un aperçu de la situation de la langue maternelle à l’école. Si Menon Munien, représentant du ministère de l’Éducation, est venu annoncer l’entrée du kreol morisien au niveau du cycle secondaire, Nita Raghoonundun-Chellapermal a, elle, exprimé sa tristesse pour la non-reconnaissance du travail du MIE. Pour les enseignants, l’utilisation du kreol à l’école est venue libérer la parole des enfants.
L’auditorium Octave Wiehe a accueilli jeudi dernier le symposium sur l’utilisation du kreol dans les institutions à Maurice et à l’école. Sur le premier sujet, le Dr Arnaud Carpooran n’a pas manqué de faire ressortir que tous les ministères n’adoptent pas l’orthographe officielle dans leurs communiqués. « Certains font l’effort alors que d’autres sont foupamal », a-t-il fait ressortir.
C’est sur la question de l’éducation que toute l’attention était braquée. D’ailleurs, dans la salle, un grand nombre d’enseignants de kreol avaient fait le déplacement. Menon Munien, représentant le ministère de l’Éducation, est venu apporter des précisions sur la place du kreol morisien dans le cadre du Nine-Year Schooling. « Le kreol morisien sera introduit en lower secondary, c’est-à-dire, Grade 7, 8 et 9. Il sera parmi les matières pour les examens nationaux en Grade 9, l’équivalent de la Form III. »
Autant cette nouvelle est bien accueillie, autant Nita Raghoonundun-Chellapermal a, elle, exprimé sa tristesse pour la « non-reconnaissance » du travail abattu par le Mauritius Institute of Education (MIE). À ce jour, 230 enseignants ont été formés pour enseigner le kreol morisien. Selon elle, l’utilisation de la langue maternelle est venue « réparer une injustice envers une communauté. » De même, elle est d’avis que le kreol morisien vient « réhabiliter les droits des enfants mauriciens en leur permettant d’apprendre dans leurs langues maternelles. »
La langue, souligne-t-elle, a une dimension culturelle qui prend tout son sens dans la classe. « Les enfants sont contents. En Std I, on aborde la question de l’identité. Tout se fait à travers des histoires. Les élèves suivent deux enfants, Vanessa et Leo, dans leurs aventures. »
Elle a ajouté que les auteurs mauriciens sont appelés à produire des textes pour les compréhensions. Citant des auteurs comme Ananda Devi, Carl de Souza ou Amal Seetohul, elle a ajouté que la collaboration sera encore plus grande à l’avenir.
Francesca Ducasse, une enseignante de kreol morisien, dit noter pour sa part que le nombre d’élèves pour cette matière augmente au fil des années. « Dans une école je me suis retrouvée à enseigner à 120 élèves par jour. C’est aussi un aspect à considérer. »
La créativité au niveau des rédactions est l’un des résultats les plus tangibles de l’utilisation de la langue maternelle à l’école, ajoute Francesca Ducasse. « Ce sont des choses qu’on ne verrait pas dans une autre langue. »
Pour sa part, Ahad Mungralie confie que le kreol morisien est venu libérer la parole des enfants. « Ils participent beaucoup en classe et s’expriment sur divers sujets. Même les enfants timides dans les autres classes parlent dans la classe de kreol. »