Elles sont venues, elles ont vu et elles ont charmé. Toutes habituées à la scène, elles n’ont toutefois pas obtenu le succès qu’elles méritaient pour cette 6e édition du Festival Reggae Donn Sa. Mais le public présent a eu droit à de belles performances et à des moments forts.
Tout avait été mis en oeuvre pour que la fête soit belle et que le public découvre de nouveaux talents. Il était aussi question de démontrer que le reggae n’est pas qu’une affaire d’hommes, et que les femmes savent également s’imposer dans ce registre. Mais le concert n’a pas connu l’affluence des éditions précédentes. Et comme le dit si bien l’adage, ce sont les absents qui ont eu tort. Ils ont tout simplement raté un concert d’un bon niveau, agrémenté de deux grands moments d’émotion, avec d’abord la présence de la petite Jemima sur scène.
Haute comme trois pommes, à six ans seulement, Jemima doit subir une opération au cerveau afin de pouvoir enfin vivre comme les autres enfants de son âge. Elle avait un rêve qu’elle a réalisé samedi soir au stade Germain Comarmond, qui commençait alors à se remplir : chanter aux côtés de Linzy Bacbotte. C’est un public fort agréablement surpris qui les a ainsi vues reprendre Fam exampler en duo.
POTENTIEL.
La performance a littéralement coupé le souffle de l’auditoire. Linzy Bacbotte, qui avait pourtant répété à plusieurs reprises avec la petite, n’a pu retenir ses larmes. Même si elle a perdu la vue à cause de sa maladie, Jemima a bien senti et surtout entendu le public, qui l’a chaudement applaudie. Avec ses “Yo !” lancés de temps en temps, comme une grande, Jemima a fait preuve de beaucoup d’audace et de courage sur scène. Une collecte de fonds avait été prévue au cours du concert, afin de recueillir l’argent nécessaire pour son opération en Afrique du Sud.
L’autre moment d’émotion de cette soirée a eu lieu quand Linzy Bacbotte a révélé au public qu’elle attendait un heureux événement, et que le père de son enfant à venir n’était nul autre que Bruno Raya.
Pour en revenir au festival, cette sixième édition réservée exclusivement à des artistes féminines – avec comme tête d’affiche Etana de la Jamaïque – était un pari audacieux. Elle se voulait résolument différente des précédentes, avec la participation de Grace Barbé, Jahna Ranks, Malkijah, Sidney, Laydee Haydee et Laura Beg, toutes des chanteuses de l’océan Indien. À tour de rôle, elles ont essayé d’accrocher le public et ont su tirer leur épingle du jeu, face à une assistance peut-être pas familière à leur répertoire. Chacune avait son style : du reggae évidemment, mais les sonorités de leurs îles d’origines n’étaient jamais loin. Surtout avec Sidney, chez qui la musique traditionnelle malgache était bien présente. Rien à redire sur ce point : l’objectif de faire découvrir le potentiel de ces reggaewomen était atteint.
“TRO BONER POU DIR”.
La déception est surtout venue du public : seulement 7,000 personnes avaient fait le déplacement selon Bruno Raya, qui, au lendemain du concert, cachait mal sa déception. Pour lui, le Festival Reggae Donn Sa est le seul événement du genre à avoir une telle affluence en fonction du prix du billet. Son pari d’offrir un plateau exclusivement féminin pour cette sixième édition mérite certainement d’être salué mais, en parallèle, des efforts supplémentaires pour faire connaître les interprètes auraient certainement contribué à un plus grand succès.
Le fait demeure que Bruno Raya se pose aujourd’hui des questions quant à l’organisation d’une éventuelle septième édition, en précisant cependant que “li ankor tro boner pou dir”. Ayant toujours considéré le public comme le plus grand sponsor de ce festival, il est déçu du fait que son rêve n’ait pas été partagé. Mais il lance quand même : “Mon but n’était pas de me faire de l’argent, mais de faire plaisir au public et lui donner la possibilité de découvrir de nouveaux talents.”
Linzy Bacbotte considère pour sa part que la campagne de l’association Fam Exampler a été un succès, et souligne que l’ONG est sollicitée depuis pour l’organisation des mêmes activités dans d’autres localités. Elle se réjouit également du fait qu’il y avait au concert, selon elle, plus d’hommes que de femmes. Ce qui démontre qu’ils ont compris que l’action de l’association n’est pas uniquement dirigée vers les femmes, mais que les hommes sont aussi concernés, et que c’est un effort collectif qui parviendra à faire que la violence à l’égard des femmes soit éradiquée.