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La Fête des Mères, c’est tous les jours ! Quelques Mauriciennes interrogées par Le Mauricien dans le cadre de cette fête, qui est célébrée ce dimanche, sont catégoriques : « Toutes les mères méritent une attention quotidienne et à chaque moment. Pas uniquement un jour spécifique par an ! » Elles décrient également « l’hypocrisie dont font preuve certains enfants qui maltraitent leurs aînés, oubliant les sacrifices, souffrances et efforts fournis pour les mettre au monde et les élever ». Ces femmes, mères, filles et belles-mères font aussi le procès « de ceux qui exploitent cette fête à des fins commerciales ». Paroles…

Dominique (cadre dans une ambassade) : « Nous sommes responsables de l’avenir de nos enfants »

Dominique, maman de deux adolescents, Laura et Matthieu, et exerçant comme cadre dans une ambassade, estime que « la maman est le pilier de la famille ». Elle ajoute : « C’est vers elle que tout converge : elle doit être, tout à la fois, au four et au moulin.

Dominique entourée de Laura et Matthieu

Et, il nous faut être réalistes : la conjoncture économique fait que, de nos jours, les deux parents doivent travailler pour joindre les deux bouts. Idéalement, on aurait préféré que la mère puisse se concentrer sur ses responsabilités auprès de ses enfants, le temps qu’ils grandissent, afin de s’assurer de leur développement humain et leur épanouissement… Mais hélas, ce n’est plus possible. Si l’on veut d’un “upbringing” décent conjugué à une qualité de vie, la maman doit bosser. Ce qui bouffe beaucoup de son temps, car elle doit ainsi concilier responsabilités professionnelles et personnelles. De ce fait, la mère fait face à davantage d’obstacles et de défis. Chez les mères qui font carrière et qui donnent priorité à leur profession, certaines ne sont pas armées pour faire face aux problèmes qui se présentent en cours de route. Et comme solution, elles abdiquent face à ces soucis. C’est dommage… Nous devons nous battre et faire l’effort. Il s’agit de l’avenir de nos enfants et cette responsabilité nous incombe. À nous de faire le choix : grandir de jeunes adultes responsables, dont on sera fiers. Ou pas. Il s’agit de l’avenir de nos enfants : je pense qu’il nous faut absolument réaliser cela et ne pas céder aux décisions trop faciles et hâtives. Qu’on pourrait bien regretter, par la suite ! »

Mariam Gopaul (consultante et pédagogue) : « Le paradis se trouve aux pieds de nos mères ! »

Très connue des Mauriciens pour ses prises de position sur la question des enfants, et ancienne chargée de cours au CTI, Mariam Gopaul, mère de Naseema et Ashraf, fait ressortir d’entrée de jeu que « la maman ne doit pas être fêtée qu’un jour par an ! » Elle poursuit : « C’est tous les jours qu’on doit faire preuve d’amour, de respect et d’attention envers celle qui nous a portés dans son corps ! Certaines femmes, pour des raisons de santé, ont des grossesses extrêmement difficiles. Mais elles acceptent de souffrir pour leurs enfants : ça continue quand ces enfants viennent au monde et quand ils grandissent. Pour justement tous ces efforts qu’elle produit, au quotidien, la maman ne peut et ne doit être célébrée qu’un jour par an, pas uniquement un dimanche de mai : c’est totalement injuste ! Toutes les religions prêchent cette philosophie : le paradis se trouve sous les pieds de nos mamans. J’ai eu la douleur de perdre la mienne, un 20 mai, à la veille d’une Fête des Mères… Peu après, j’ai eu quelques épreuves très dures à affronter. Comme je n’ai pas de sœur, ma mère était ma bouée de sauvetage. J’ai eu beaucoup de difficultés à traverser cette période sans elle… Comme on n’habite pas loin l’une de l’autre, je me devais de passer la voir, la prendre dans mes bras, recevoir son sourire, l’embrasser tous les jours, passer du temps avec elle, à papoter… Ces petits moments d’amour sont très importants dans la vie et cela me manque énormément aujourd’hui. L’hypocrisie de certains qui, le jour de la fête, sont tout mielleux et gentils envers leur mère, me révolte. À quoi bon quand le lendemain, ce sont des insultes, des rapports verbaux très violents, voire, dégradants ! Ce type de comportement, on finit par le regretter, bien sûr, mais c’est déjà trop tard à ce moment-là… Nombre de mamans souffrent de nos jours à cause de problèmes de drogues, surtout. Et cela engendre une dégradation des mœurs. »

Ambal Jeanne, (directrice de SOS Femmes) : « Il faut un dialogue franc entre enfants et mères »

La directrice de SOS Femmes, Ambal Jeanne, infatigable militante pour la valorisation et la reconnaissance des femmes dans la société, évoque « un parallèle » avec la Journée de la Femme. « Être mère, c’est prendre conscience de toute la valeur d’une femme. Pour moi, qui ai deux filles, Caroline et Amalia, vivre notre relation maman/filles passe par cultiver le dialogue franc, des échanges, une écoute. C’est un élément impératif pour nous. Je pense que nous devrions toutes adopter cette attitude car cela nous permet d’être à l’écoute de ce que ressent l’autre et ainsi comprendre les réactions.

Ça aide justement à crever l’abcès, se défaire des sous-entendus et des mauvaises interprétations que des malentendus peuvent engendrer. Il est impératif aussi de reconnaître les sacrifices que font les femmes au nom de leurs enfants, la famille. Combien de femmes préfèrent sacrifier leurs rêves, leurs ambitions personnelles, leurs passions pour que leurs enfants puissent vivre les leurs ? C’est typique des mamans ! Mais qui les remercie pour cela ? Leur fait-on ressentir qu’on les salue pour cela, qu’on les félicite pour nous donner préséance, et qu’on les adore parce qu’elles n’ont pas été égoïstes, mais ont préféré penser à nous ? C’est rare que les femmes soient aimées et reconnues à leur juste valeur. Et c’est bien dommage ! Par ailleurs, je suis d’avis que nous devons avancer de plus en plus vers des relations de “shared responsibilities” entre mères et pères. Il faut être deux pour engendrer un enfant ! Alors, après la naissance, ce n’est pas uniquement la mère qui doit tout encaisser… », dit-elle.

Rouby (gérante de Mag’s Cafe) : « L’amour est primordial dans les deux sens »

Mère d’Arressen et Danya, Rouby, gérante du Mag’s Café, sis rue Mère Barthélémy, à Port-Louis, est directe : « C’est de l’amour dont nous avons besoin et que nous donnons, en priorité à nos enfants pour qu’ils grandissent bien et deviennent des adultes responsables. Pour moi, qui ai perdu ma maman, la Fête des Mères, c’est tous les jours ! On n’a pas besoin d’attendre un moment spécial pour aimer : c’est dans notre sang, dans chaque respiration ! De la même manière que ma maman m’a donné énormément d’amour pour avoir la force de vivre et faire face à tous les obstacles de la vie, j’ai transmis ces sentiments à mes enfants afin qu’eux aussi réalisent qu’avec l’amour, l’affection, le respect et la compréhension, on peut aller loin dans la vie. C’est la clé du bonheur. »

Jyoti (employée) : « Ma mère m’aide toujours… »

Elle en a connu des soucis, dont celui de devenir veuve à un jeune âge. Ce qui n’a pas affaibli Jyoti, cette employée dans un commerce de Port-Louis, mère de deux filles, Nisha et Neha, et qui connaît le soutien indéfectible de sa maman. « Ma mère, malgré son grand âge, est encore et toujours mon plus grand soutien. Quand j’ai perdu mon mari, c’est elle qui m’a donné la force de me battre pour grandir mes deux filles. Aujourd’hui, celles-ci sont déjà salariées et fières d’avoir réussi. Tout le salut va à ma mère. J’ai une sœur qui est malade, et c’est ma mère qui la soigne. Je suis toujours admirative devant tous les efforts qu’elle produit… Elle ne se plaint jamais et donne les meilleurs conseils », explique Jyoti.

Nathalie Letendrie-Laurette (sportive) : « Être mère, c’est être Wonder woman ! »

Jeune maman de jumeaux, Aaron et Lenny, 16 mois, Nathalie Letendrie-Laurette, connue dans le circuit du Beach-Volley, en sera à sa quatrième édition des Jeux des Îles bientôt. Mais avant cela, ce dimanche, « ce sera la fête pour ma maman, ma belle-mère et moi-même ». Elle ajoute : « Avant de devenir maman, moi-même, je ne réalisais pas ce que c’était. Mais depuis, je me suis rendu compte qu’être mère, c’est être médecin, cuisinière… tout en même temps ! En somme, il faut être Wonder Woman ! Et franchement, je dis bravo à toutes les mamans car ce n’est pas chose facile. Tant qu’on ne devient pas maman, on ne réalise pas l’immense travail qu’il y a derrière… Et bien sûr, nous sommes bien contentes d’être un peu gâtées en guise de remerciements ! »

Nathalie Letendrie et ses jumeaux, Aaron et Lenny