Le ministère du Travail, des Relations industrielles et de l’Emploi a organisé ce matin à l’auditorium Octave Wiehe, à Réduit, un forum sur les origines du Labour Day. Selon l’historien Jocelyn Chan Low, un des invités, il est impératif que les syndicats continuent à peser dans la balance.
La promotion et la soutenabilité du travail décent sont au coeur de l’initiative du ministère du Travail. Environ 500 élèves d’établissements secondaires, entre autres intéressés, étaient présents ce matin à l’auditorium Octave Wiehe où l’Histoire s’est mise au service d’un effort de conscientisation.
Jocelyn Chan Low a été particulièrement rigoureux dans sa présentation de ce pan de la Nation mauricienne qu’il a jugé « difficile à présenter » et où « il manque encore un travail d’ensemble, a-t-il souligné, qui plus est, difficile à détailler en 20 minutes ». N’empêche, il s’agissait avant tout d’un effort de contextualisation et de transposition. Jocelyn Chan Low a ainsi offert un contraste des époques subtil avant de conclure : « Les syndicats doivent rester fidèles à leur rôle afin que le Welfare State ne penche pas du côté patronat ». Et de balayer certaines mauvaises conceptions, ou pis « manipulations ».
Le Pr Chan Low déplore par ailleurs certains récits « ethnocentriques ». « Il existe des travaux manipulés à des fins sectaires et divisionnistes ». Mais surtout, « il faut faire ressortir l’aspect unitaire du combat […] contre un système d’exploitation de l’homme par l’homme ». Restituer la vérité c’est éliminer le qualificatif « docile » pour ce qui est de la dynamique sociale des travailleurs indiens, cesser de penser que l’esclave africain est obligatoirement de « nature rebelle », notamment. Et d’ainsi mettre en exergue le fait qu’il s’agissait alors d’une lutte plus complexe que ce que certains clichés auraient tendance à présenter. « Quand le travailleur engagé indien refuse de travailler, chez qui se réfugie-t-il ? Chez l’ex-esclave », raconte l’historien. « Il y avait plus de solidarité qu’il n’y paraît ».
Le professeur Chan Low souligne également l’importance du « rapport de force » dans l’avancement de la lutte — rapport qui permettrait une quasi-émancipation dans certains cas : « Les esclaves de talent (NdlR : dotées d’aptitudes relativement pointues) pouvaient se permettre de négocier un salaire… Et même, d’employer d’autres esclaves. »
Lutte contre l’esclavage et lutte ouvrière ont ainsi été présentées comme historiquement proches. Subsisteraient néanmoins certains mécanismes, même jusque dans la société du 20e siècle. « L’abolition de l’esclavage a été une décision extérieure. Alors, la mentalité du maître ne change pas. Et peut même être transposée dans les 19e et 20e siècles, comme disent certains », note le professeur Chan Low. Et d’oser une pointe de provocation : « Et qu’en est-il des travailleurs étrangers qu’on importe toujours. Ne les voit-on à travers le prisme des impératifs de production ? »
L’historien Sada Reddi a également pris la parole ce matin. Offrant un regard plus politique, il a fait remarquer : « Nous voyons que depuis 1938 où le 1er mai a été célébré pour la première fois, le Parti travailliste a évolué d’un parti de gauche au centre. » Et de noter que des années plus tard, un autre parti gauchiste devait embrasser la même tendance. Toutefois, nuance-t-il, le combat devrait s’orienter contre un « capitalisme primitif » à dynamique d’exploitation. « Le veto politico-économique du capitalisme existait auparavant, existe encore et même, il s’étend », concède-t-il.
Ont aussi pris la parole ce matin Shakeel Mohamed (ministre du Travail), le professeur Torul (président de la Commission for Conciliation and Mediations) et le P.S. Ragen. Une exposition portant sur l’histoire du travail s’est tenue organisée dans le lobby de l’auditorium.