Les maraîchers regroupés au sein de la Market Traders Association (MTA), en consultation avec leur avoué Jaykar Gujadhur et leur avocat Maxime Sauzier, envisagent de réclamer à la municipalité de Port-Louis et à la force policière environ Rs 50 M à titre de dommages. Isoop Soobedur, président, estime que cette initiative représente le seul recours pour que les commerçants et maraîchers de la capitale puissent travailler « en paix ». « La police joue aux abonnés absents. La raison évoquée : manque d’effectif pour cette période de fêtes », a-t-il soutenu.
« Avec nos hommes de loi, nous travaillons actuellement sur un dossier afin que justice nous soit rendue. Nous ne pouvons accepter que notre travail dépende de la volonté des inspecteurs de la mairie ou encore de la police. Il y a eu un ordre de la Cour suprême qui, à ce jour, n’est pas respecté », explique Isoop Soobedur. Le laxisme des autorités a contribué à l’invasion des colporteurs dans les principales artères de la capitale. Malgré l’ordre de la Cour suprême d’interdire les colporteurs d’opérer dans un rayon de 500 mètres autour du Marché central, depuis deux semaines, leur nombre a triplé dans la capitale, soutient-il. Imposants, ils obstruent les trottoirs et importunent les piétons. Par ailleurs, les automobilistes arrivent difficilement à se garer car les colporteurs occupent certaines aires de stationnement.
Par ailleurs, la MTA pointe du doigt le manque de policiers et le laxisme de la National Transport Authority (NTA). Les commerçants, pour leur part, essaient tant bien que mal de faire en sorte que leurs vitrines ne soient pas obstruées par ces « petits commerçants improvisés profitant de leurs congés payés pour faire du business ».
À la rue La Chaussée, un commerçant rappelle à l’ordre des colporteurs, installés en face de sa boutique. « Misie pann fini koz ek ou, dir ou pa blok mo vitrinn ! », lance-t-il à deux marchands ambulants assis devant son commerce. Des mots qui tomberont dans l’oreille d’un sourd malgré la présence d’un policier.
L’invasion des colporteurs dans la capitale a lieu dès les premières lueurs du jour. « Ils arrivent à 5 h du matin et prennent déjà place pour leur journée de travail, principalement sur les aires de stationnement. Obstruant ainsi le passage. Cela représente un véritable obstacle lorsque nous avons à débarquer nos marchandises », témoigne Soobiraj, un maraîcher. Cette situation gène également les commerçants de la capitale. « Parfwa nou vini nou pena plas pou met nou loto. Zot inn fini pran parking », se lamentait Raj Appadu, porte-parole du Front Commun des Commerçants de l’Île Maurice (FCCIM) lors d’un point de presse la semaine dernière.
Pour le président de la MTA, la présence de colporteurs à la rue Farqhuar, devant le Marché central, n’est pas l’unique obstacle à la vente des produits pour les maraîchers. « Des marchands ambulants écoulant des légumes et des fruits à proximité du Marché central et des gares routières découragent les consommateurs à venir au marché », soutient notre interviewé. Une situation génère un manque à gagner de plusieurs millions de roupies pour les maraîchers. D’où leur décision de demander réparation entre Rs 50 M et Rs 100 M à la mairie de Port-Louis et qu’à la police. « Nous n’avons plus de clients. De plus nous devons jeter des légumes parce qu’ils ne trouvent pas preneurs. Il y a six ans, la situation était différente. Durant cette période de l’année, le marché central brillait de mille feux et les couloirs étaient remplis de consommateurs. Aujourd’hui, cela représente un rêve presque intouchable et c’est la mairie de Port-Louis et la police qui est en cause », fait comprendre un autre maraîcher.