Nîmes est soucieuse de son patrimoine. La ville renferme, plus que toute autre mégalopole française, plusieurs édifices datant de l’époque romaine et en état de conservation si satisfaisant que les administrateurs nîmois se sont fortement engagés depuis peu pour les restaurer et les conserver pour la mémoire, un exercice qui s’avère face à l’ambition affichée des Nîmois de faire inscrire leur patrimoine dans le répertoire mondial de l’Unesco.
Les édifices en question comprennent son amphithéâtre « le mieux conservé du monde », la Maison Carrée, « seul temple du monde antique entièrement conservé », la Tour Magne qui « se dresse sur le plus haut point de la cité et offre un panorama saisissant sur la ville », et d’autres encore. Ces édifices monumentaux, témoignant de la splendeur ancienne de la ville, sont situés dans un large cercle débordant le vieux Nîmes. Et comment oublier le Pont du Gard, gigantesque aqueduc qui alimentait Nîmes jadis en eau potable ?
Les monuments en question remontent aux premières années de la création de la ville dont l’origine remonte au début du 2ème siècle av. J.C. Après sa victoire sur Antoine et Cléopâtre (31 av. J.C.), l’empereur romain Auguste César concéda des terres à Nîmes à ses légionnaires. Il est notable que l’armoirie de la ville, un crocodile enchaîné, commémore la victoire de la campagne égyptienne. Après César Auguste qui contribue à l’agrandissement de la ville. Antonin le Pieux, dont la famille maternelle était originaire de la ville, l’amena à son apogée.
La domination romaine de la ville a laissé de nombreux monuments, même si cette romanité a été mise à mal par des invasions successives au déclin de l’empire romain au Ve siècle.
Deux théâtres se faisant face et piste elliptique
L’héritage romain qui s’impose à Nîmes de par son gigantisme, est incontestablement son amphithéâtre, lequel demeure celui le mieux conservé du monde romain. Il a la forme de deux théâtres mis face à face avec une piste en forme d’ellipse. Il prit le nom d’Arènes (du latin arena : le sable) au 12ème siècle. Long de 133 m et large de 101 m, il mesure 21 m de haut avec deux étages de portique et 60 arcades. Il pouvait accueillir 24 000 spectateurs qui occupaient leur siège selon leur rang social. Par sa taille, l’amphithéâtre de Nîmes est parmi les 20 plus importants du monde romain qui compte plus de 400 édifices de ce type.
Les Romains suivaient une de ces deux méthodes pour construire les amphithéâtres : soit ils utilisaient la configuration naturelle du terrain, les gradins appelés cavea, étant directement appuyés sur la colline (Théâtre Antique d’Orange), soit ils construisaient d’énormes murs et toute une architecture de voûtes successives pour soutenir les gradins comme à Nîmes. C’est dans cet espace que la journée de spectacle débutait par les combats d’animaux et les chasses. A midi, des condamnés à mort étaient livrés aux bêtes sauvages devant des gradins presque vides. L’après-midi laissait place aux combats de gladiateurs très appréciés du public de cette époque, comme on sait.
La célèbre Maison Carrée, temple antique inégalé
La célèbre Maison Carrée de Nîmes, ainsi appelée depuis le 16ème siècle, est le seul temple du monde antique entièrement conservé. Elle vient d’être restaurée et équipée d’un film 3D « Héros de Nîmes » qui présente le culte impérial et le passé héroïque de Nîmes et de sa région. Construite au début de l’ère chrétienne, vers la même époque que l’amphithéâtre, la Maison Carrée se lève sur un podium de 12 pieds (3.7 m) de haut et mesure 40 par 82 pieds (12 X 25 m). Elle est dotée de colonnes corinthiennes qui ceinturent l’édifice de tous les cotés.
Grâce aux recherches de l’érudit nîmois J.F. Séguier (1703-1784) un indice sur la destination du temple a été mis à jour en 1758. Ce dernier a été mené à décrypter une ancienne inscription scellée sur le temple. Restituée en français, elle se lit comme suit : « A Caius Caesar, fils d’Auguste, consul et à Lucius Caesar, fils d’Auguste, consul désigné. Aux Princes de la Jeunesse. »
Séguier a restitué l’inscription antique à partir de la disposition des trous de scellement des lettres, que l’on peut observer sous le fronton de la façade principale. Son travail a permis d’identifier le monument comme un temple du culte impérial et de le dater des années 2 – 4 ap. J.C. La lecture de Séguier a été confirmée par des études stylistiques et des données archéologiques au 20e siècle.