Quittant la Lombardie, Italie, dont on traverse les plaines aux pieds des Alpes, on dépose les valises au bord du lac Lugano dans le canton du Tessin en Suisse, pays où nous concluons notre tournée en Europe occidentale. Dans ce canton, on parle italien alors que dans d’autres cantons suisses, on parle allemand, français ou romanche. Ils sont 69,3% de Suisses à parler l’allemand, 18,9% le français, 9,5% l’italien et 0,9% le romanche.
Le lac Lugano, non loin de Milan, capitale de la Lombardie, est un lieu populaire de vacances et de détente. Beaucoup de Milanais (le canton du Tessin, Ticino en italien, a été une possession du duché de Milan jusqu’au 13e siècle avant d’être conquis par les Suisses) y viennent pour savourer son charme et admirer ses montagnes en pain de sucre. De ce coin ensoleillé et chaleureux on accède, dans les Alpes, au tunnel de Saint-Gothard qui s’étend sur 16  km (sur une passe haute de 100m), le deuxième plus long d’Europe, le premier, 24 km de long, se trouvant en Belgique. La construction de ce tunnel relève d’un véritable exploit du génie civil au 19e siècle. Pour libérer le tunnel routier, un tunnel ferroviaire est en construction où les poids-lourds seront transportés sur rail jusqu’à leur destination.
Cap sur Lucerne, ville et lac de Suisse centrale
Emergeant du tunnel de Saint-Gothard on gagne la partie de la Suisse où l’on parle allemand, puis c’est la descente en douce jusqu’au lac de Lucerne (en fait, le lac des Quatre-Cantons dont l’extrémité nord-ouest est occupée par la ville de Lucerne, qui a surnommé ainsi le lac dans cette région). La ville se distingue par ses église à l’architecture de style gothique qui a eu le dessus sur le style roman, le premier permettant, avec ses contreforts soutenant des murs moins épais, de bâtir plus haut. Cette percée du style gothique remonte au 12-13e siècle, mais les deux styles seront tout simplement qualifiés de barbare à l’avènement du style raffiné de la Renaissance. Lucerne compte aussi la première et, de loin la plus belle, des églises baroques (ce style qui s’est développé en milieu catholique du 16e au 18e siècle, se caractérise par la liberté des formes et la profusion des ornements) de la Suisse, construite en 1666 pendant la contre-réforme. Il s’agit de l’église jésuite qui a été, deux cents ans plus tard, coiffée des deux tours en forme d’oignons.
On en profite pour une promenade en bateau sur le lac Lucerne, le quatrième plus grand de la Suisse avec ses 114 kms carrés. Le bord du lac s’élève et se fond abruptement avec les montagnes environnantes, offrant des vues pittoresques sur les monts Rigi et Pilate. Du sommet de ce dernier à 2312m (7000 pieds) d’altitude, on a des vues les plus spectaculaires de la Suisse centrale. Alors que le bateau glisse sur le lac de Lucerne le regard se pose immanquablement sur la statue géante, faite de grès, du Christ bénissant le cours d’eau (elle domine le paysage riverain du haut de ses 6 mètres) et sur le château fort érigé sur le promontoire, tous deux commandités par la baronne Von Heiner Bartei. Puis, en contemplant du lac le musée Richard Wagner (à un moment de sa carrière mouvementée, le célèbre compositeur allemand vint s’établir sur les rives du lac où elle épousa Cosima qui fut longtemps sa maîtresse).
Les tours, les ponts et le Monument du Lion
Malgré son avancée sous la poussée du modernisme, Lucerne conserve ses attaches médiévales. La vieille ville retient ses murailles défensives surmontées de neuf tours. Ses maisons traditionnelles, que l’on reconnaît à leurs façades de plâtre peintes et leurs écriteaux en métal tout dorés en devanture, côtoient les magasins et autres édifices modernes. Ses deux ponts en bois couverts, le Kapellbrücke (14e siècle), le plus ancien et le plus caractéristique, décoré de panneaux peints, qui a pour voisine la Wasserturm (tour de l’Eau) et le Spreuerbrücke (pont des Moulins) – sortent tout droit de l’ère médiévale. C’est de la vieille ville, côté nord-est, qu’émergent les flèches gothiques de la cathédrale et collégiale dédiées à saint Léger. Le style Renaissance y est aussi visible dans le bâtiment abritant la mairie, alors que dans la nouvelle ville, il l’est dans le palais construit en 1557-1564 et qui sert de siège au gouvernement cantonal. A côté du siège cantonal l’église des Jésuites, de style baroque, rappelle que Lucerne est demeurée fidèle au catholicisme à l’avènement de la réforme protestante à laquelle une majorité de Suisses ont adhérée.
Retour à la vieille ville pour se recueillir devant un monument historique, le Monument du Lion, aussi dit « lion de Lucerne », sculpté par le Danois Bertel Thorvaldsen (1770-1844), un maître du classicisme. Il réalisa le projet du Monument du Lion à Rome en 1819 et le tailleur de pierre Lucas Ahorn de Constance (1789-1856) transféra en 1820-1821 le modèle dans le rocher de grès à Lucerne où il se trouve toujours. La sculpture a une hauteur de six mètres et une longueur de dix mètres. Le corps du lion dans la niche mesure 9 mètres. Que commémore ce monument ? On y lit :
« Le Monument du Lion est consacré à la mémoire des mercenaires suissesqui, au service de Louis XVI Roi de France, furent tués pendant la Révolution française lors de la prise des Tuileries, le 10 août 1792, et qui furent guillotinés le 2/3 septembre 1792. »
Le palais royal des Tuileries à Paris fut le siège de Louis XVI après avoir abandonné Versailles. Privé de ses armes par ordre du roi, le régiment de la garde était livré à la fureur de la populace. C’est au Capitaine Carl Pfyffer von Altishofen que l’on doit l’idée d’ériger ce monument ainsi que le choix du lion mourant comme symbole. Il se trouvait à Lucerne lors du massacre par les sans-culottes, et il souhaitait par l’aménagement du Monument du Lion à Lucerne créer un lieu de souvenir à la mémoire de ses camarades succombés. L’inauguration du monument eut lieu le 10 août 1821, et la Ville de Lucerne en fit l’acquisition en 1882.
Le lion, symbole de bravoure et de force, servit à l’artiste pour illustrer un événement tragique, la lutte et la mort. Le coeur percé d’une lance, le lion protège encore les fleurs de lis, emblème des rois Bourbons. Au-dessus du monument se trouve l’inscription en latin : « Helvetorium fidei a virtuti », ce qui signifie « A la fidélité et au courage des Suisses », et au-dessous on lit les noms des 26 officiers tombés et des officiers survivants.
Genève, haut lieu de la Réforme et carrefour onusien
Comment passer par la Suisse et manquer Genève ? De toute manière, c’est le passage obligé pour prendre l’avion pour le retour au pays natal après un périple de plusieurs années sur le continent européen auquel on doit, à la faveur de la découverte de la route des Indes, le peuplement des Mascareignes.
Rapide parcours de la ville de Genève au bord du lac Léman où le jet d’eau, à l’extrémité de la jetée des Eaux-Vives, ne peut échapper au regard. Comme ne peuvent échapper à l’observateur averti les multiples édifices tels l’Auditoire de Calvin, ouvert aux protestants de toutes nationalités, de la cathédrale Saint-Pierre (aujourd’hui un véritable chantier archéologique sur le haut de Vieille Ville de Genève qui va reveler les secrets de la Genève antique) qui rappellent que la Suisse, comme l’Europe entière, s’est enrichie un certain mai 1535 de la Réforme protestante dont les principes cardinaux se résument ainsi :
Soli deo Gloria (A Dieu seul la gloire)
Prima gratia (La grâce en priorité)
Sola fide (Par la foi seule)
Soli Christo (Christ seul)
Sola Scriptura (par les seules Ecritures)
Simul justus et peccator (A la fois justifié et pécheur)
Ecclesia simper reformanda (Une Eglise en constant réforme)
Universalis sacerdos (Le sacerdoce est universel)

Des vitraux, oeuvre de Udo Zembok, Français d’origine allemande, qui jalonnent l’intérieur de l’Auditoire de Calvin, mettent en exergue ces principaux cardinaux.
Plus loin, le regard se pose sur les buildings abritant les organisations onusiennes : l’Office des Nations Unies (ONUG), le centre de diplomatie multilatérale le plus actif du monde où ont eu lieu de nombreuses négociations historiques sans compter les sièges de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), l’OIT (Organisation internationale du travail), l’UIT (l’Organisation internationale des télécommunications), l’OMM. (l’Organisation météorologique mondiale) où des Mauriciens font honneur au pays par des prestations fort appréciées. Sans compter une quinzaine d’autres organisations internationales dont l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, et plus de 250 Ongs (Organisations non-gouvernementales) comme le comité international de la Croix-Rouge.