La teinture naturelle à base de plantes provient d’une tradition millénaire qui tend à disparaître depuis l’introduction des teintures chimiques, toutes dérivées du pétrole dans le secteur industriel. A Maurice, on sait, selon des sources historiques, que la culture de l`indigo (matière colorante bleue provenant des feuilles de l’indigotier ou Indigofera tinctoria) remonte au début de la colonisation hollandaise. L’indigo était très prisée par les colons français et recherchée dans toute l`Europe puis abandonnée vers la fin des années 1820. Les teintures naturelles dans le textile ont été délaissées au profit de colorants synthétiques – des processus de colorisation nocifs pour l`environnement.  Souvent l`innovation et la démarche écologique vont se nicher là où on ne l`imagine pas. Ainsi, la Société pour la promotion des entreprises spécialisées (SPES) a réuni plusieurs experts au mois de septembre à Maurice  pour valoriser, à travers des conférences et ateliers de travail, les teintures naturelles dont l`indigo. L`approche était écologique et innovante. Cet événement avait pour titre « Eco Conférence/ Atelier sur l`utilisation des fibres et teintures naturelles ».  ?
Identité culturelle, tradition, diversification, innovation, qualité, ouverture sur la région : le projet multidisciplinaire et à long terme de la SPES en collaboration avec d’experts en matière d`artisanat, de chercheurs, botanistes, et designers, s`articule autour de l`education, l`écologie et autres activités socio-économiques. Si Helena Langlois de l`ong SPES est d’avis que le textile est notre compagnon à vie (nous sommes de la naissance à la mort enveloppés dans du tissu), Indrasen Vencatachellum, consultant en culture et développement (ancien directeur de Crafts Programme à l`UNESCO) va plus loin dans la valorisation des fibres et teintures naturelles en parlant d’un projet qui vise à exploiter une ressource écologique qu’on a tendance à ignorer. « Les industries textiles utilisent abusivement des colorants chimiques pour la teinte des tissus. Cette pratique n’est pas sans risques. Les recherches ont montré que ces colorants peuvent, par exemple, provoquer des cancers. » Ce dernier a aussi parlé de l`aspect écologique de l’indigo, couleur très utilisée pour colorer le denim en « blue jean ». SPES a consacré deux semaines pour sensibiliser les artisans et autres personnes intéressées à l`idendification des plantes tinctoriales qui ne sont pas nocives. Sept femmes du village le Morne ont déjà participé à des ateliers de tissage naturel (exploitant la plante « langue de belle-mère ») sous la supervision des master trainers de SPES.
Les plantes qui fournissent des teintures végétales sont nombreuses, nous dit Helena Langlois : ça va de l’indigotier au bixa (qui donne des fruits rouges non comestibles) en passant par le safran et le curcuma, ou encore l’artichaut. Les techniques varient selon les plantes utilisées et le support à teindre (laine, soie ou coton). La plus simple et connue consiste à faire bouillir ou macérer les végétaux pour obtenir un bain colorant. Les teintures d’origine végétale nécessitent une préparation préalable du tissu appelée mordançage pour une meilleure résistance de la couleur au lavage et à la lumière. Plantes endémiques, teintures naturelles, nouveaux procédés ont fait l`objet de divers ateliers à Maurice pour une démarche nouvelle en matière d’artisanat. Cette première éco-conférence sur l`utilisation des fibres et des teintures naturelles aura mis en avant le regain d`intérêt pour la culture de l`indigo. Le principe chimique d’oxydo-réduction de cette plante est très différent des autres couleurs – le bain d’indigo est clair, jaune, vert et la couleur se révèle quand on sort la fibre du bain avec l’action de l’oxygène. On peut alors admirer un dégradé qui va du jaune et bleu pour évoluer sur la fibre teinte à l’indigo jusqu’à se fixer sur un bleu très profond.
Mais, pour développer la culture des plantes tinctoriales il faut une approche globale impliquant le cultivateur, le créateur et l`artisan selon la demande du marché.