Multirécidiviste impénitent, Al Cohol s’est encore une fois retrouvé en cour où il répond d’une accusation de complicité de drames familiaux en série à Maurice.
Après avoir décliné son identité, à savoir qu’il est un breuvage alcoolisé, en vente libre chez ceux ayant un permis pour le commercialiser, Al Cohol s’est présenté à la barre.
L’avocat de la poursuite, bien que hué par une foule hostile, étaya les chefs d’accusation comme suit :
« Al Cohol, il y a quelques mois, sous votre influence, Monsieur B. porta un coup de couteau fatal à son propre fils.
Par ailleurs, 4 individus avec lesquels vous seriez très proches ont participé au viol et au meurtre odieux d’une personne âgée qui aurait, elle aussi, été un de vos amis intimes.
Il y a quelques jours, un saisonnier s’est fait poignarder par son propre père lors d’une de leurs fréquentes réunions auxquelles vous étiez immanquablement convié.
Et c’est encore une fois en votre présence qu’un frère de 17 ans a poignardé son aîné le jour de son anniversaire.
Qu’avez-vous à répondre au vu de ces faits irréfutables qui témoignent de votre contribution à la tragique croisade contre des foyers de notre pays ces derniers temps ? »
Al Cohol, alias Boutey, qui assure lui-même sa défense, déclara :
« Comment pouvez-vous m’accuser de détruire des familles mauriciennes, moi qui suis toujours le premier invité à leurs tables et festins. Suis-je à blâmer s’ils m’élèvent à un rang élevé et vouent un culte à ma personne ? Mon amitié n’est pas gratuite, vous savez, je n’ai jamais forcé quiconque à l’acheter. »
L’interrompant, l’avocat de la poursuite lui reprocha de séduire de plus en plus de jeunes, sous les vives protestations de la foule qui prenait ouvertement la défense d’Al Cohol. On lui réclama de se concentrer sur les faits reprochés.
L’homme de loi fit ressortir qu’un des protagonistes qui a commis un fratricide sous l’influence d’Al Cohol, était mineur au moment des faits. Il se référa aussi à un récent dossier du journal Le Mauricien sur certains jeunes et des boîtes de nuit où il est question de la proximité des principaux concernés avec l’accusé et leur comportement souvent violent à la sortie…
Nullement troublé, Al Cohol fit ressortir qu’il ne pouvait se substituer aux autorités, parents, propriétaires de bars et autres gérants de débits de boissons pour s’assurer que les mineurs ne se lient pas d’amitié avec lui avant l’âge permis. Esquissant un sourire narquois il avança même : « Suis-je encore une fois à blâmer lorsque les parents envoient leurs gosses à la boutique pour me ramener chez eux ? Allez voir les anniversaires des jeunes de 15 ans et vous serez témoins de cette permissivité. Je suis victime de ma popularité, libérez moi ! »
L’audience fut levée d’urgence devant une assistance de plus en plus incontrôlable. Quelques heures après, Al Cohol fut exceptionnellement libéré sous caution. Il peut continuer à faire des ravages au sein d’une société fragilisée par l’égoïsme, le stress, l’irresponsabilité parentale, le manque d’information soutenu à propos des méfaits de l’alcool, le manque de loisirs sains, la glorification de la violence désinhibée par la boisson et autres insuffisances dans notre éducation.
N’est-il pas temps de cultiver et d’appliquer dans toute leur rigueur les antidotes contre cet ami qui peut aussi être un virulent ennemi, un poison, faute d’éducation et d’une sensibilisation accrue ? La situation sociale en notre pays requiert une autre lecture, en particulier chez les défavorisés !