Plusieurs Mauriciennes de croyances diverses ont été invitées mercredi à participer à l’iftar (rupture du jeûne lors du Ramadan) au Centre des Dames Mourides (CDM) à Mesnil. L’initiative revenait à la directrice Allia Syed Hossen-Gooljar qui leur a expliqué les significations profondes de la fête et les moments sacrés précédant la rupture du jeûne chez le musulman avant de les convier à partager ensemble un dîner. La démarche a été très appréciée par les participantes si bien qu’elles émettent le souhait que d’autres rencontres similaires soient organisées autour des diverses religions pratiquées dans l’île.
« Elle nous a reçues somptueusement. » Preeta Heeralall, de foi hindoue et consultante dans le secteur non lucratif, se dit très touchée par l’accueil de son hôtesse. Pour Kim Darga, membre du Conseil des Religions et chargée de cours en Peace & Interfaith Studies à l’Université de Maurice (UoM), plus précisément en bouddhisme, « si chacune ou chacun faisait un tout petit pas [NdlR : dans le sens de l’interreligieux), Maurice serait réellement un paradis spirituel, un vrai ».
En tout, 11 femmes non-musulmanes et une dizaine d’autres du CDM étaient présentes à cette rencontre « intime » pour un partage sur le Ramadan. Conviées à 17 heures à Mesnil, les invitées ont eu droit à une mini-explication sur le mois du Ramadan. Elles ont ensuite assisté aux prières spéciales avant la rupture du jeûne. Mais, la rencontre s’est avérée plus riche que prévue. « On était parties pour apprendre plus sur une religion mais au final, cela a été un partage sur plusieurs religions », fait ressortir Preeta Heeralall.
Danielle Surat, enseignante catholique ayant épousé un hindou, dit vivre déjà l’interculturel chez elle. N’empêche, « ce petit get together m’a fait énormément plaisir. Allia nous a donné pas mal de renseignements sur le jeûne et les prières. Ce qui m’a le plus touchée, c’est que nous étions de fois différentes ». Ayant comme Mme Gooljar suivi le cours Peace & Interfaith Studies à l’UoM, elle estime que s’il a toute son importance, il ne faut pas s’arrêter aux seules théories. « Le cours, c’est sur du papier, le plus important, c’est l’action ». C’est ainsi qu’elle l’a encouragée à organiser une telle rencontre.
Dans ce même élan de partage, Danielle Surat a apporté mercredi, jour de l’Assomption, un “gâteau Marie” pour les participantes. Témoignant de son propre vécu, précisément de son mariage mixte, elle avoue qu’« au tout début, cela n’a pas été facile. Mais, il y a eu pas mal de concessions. Les enfants sont hindous mais connaissent les deux religions. Par exemple, on célèbre à la fois les fêtes hindoues et catholiques. Moi, je continue à pratiquer ma religion. Chacun a sa façon de faire sa prière. Mais, tout ce que nous faisons, nos prières vont vers le même Dieu ».
L’enseignante regrette que l’on parle beaucoup de Maurice comme “nation arc-en-ciel” mais que « le vivre-ensemble reste superficiel. Cela existe en parler et en écrit, mais quand il faut passer à l’action, c’est un grand point d’interrogation. Comprendre l’interculturel vraiment, c’est ce qui nous aidera à respecter l’autre. On n’a pas suivi le cours pour rester les bras croisés. On organisera d’autres activités identiques ».
Jessica Chung To, d’origine singapourienne et membre de l’Église de l’Unification, un mouvement religieux fondé par le révérend Sun Myung Moon se positionnant en faveur de l’unification du christianisme mondial, trouve que cette rencontre est un bel exemple illustrant « comment la paix peut émaner de partages interreligieux ». Pour elle, « we had a very wonderful get together. We shared how we do our faith and we hope this can multiply to help us understand our muslim brothers and sisters ».
Preeta Heeralall dit avoir également apprécié le côté interactif de la rencontre. « À l’exception de Mme Gooljar, je ne connaissais personne. Mais, quand on s’est senties plus à l’aise, c’est devenu très interactif. Il n’y avait pas que des questions sur l’Islam mais aussi sur d’autres religions ».
Cette démarche de regrouper des « femmes spirituelles » de diverses religions et courants « pour venir ensemble partager et vivre un moment intense » est aussi très bien accueillie par Kim Darga. Pour cette bouddhiste, « chacun, à sa manière, peut faire un partage. Allia, par exemple, a organisé cette petite fête. Moi même, quand j’enseigne le bouddhisme à l’université, c’est pour pouvoir partager… »
Interconnexions
La rencontre aura été enrichissante pour les participantes qui, toutes, auront appris davantage sur la religion de l’autre. Kim Darga témoigne ainsi : « personnellement, il y a beaucoup de musulmans autour de moi. Mais, hier, j’ai réellement pu m’asseoir pour demander des questions spécifiques et j’ai surtout pu me renseigner davantage sur les pratiques au sein du soufisme. J’ai pu faire la différence entre les soufis et les musulmans en général ».
Cette rencontre a d’autre part permis à Kim Darga de se rendre compte de points communs entre le soufisme et le bouddhisme. « Le bouddhisme et le soufisme se rencontrent dans l’ancienne Perse. Le bouddhisme parle beaucoup d’interconnexions et les soufis y croient très fortement aussi. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de séparation dans ce monde. Tout est interdépendant. Il n’y a pas de barrière entre l’autre et moi, du moins il n’y aurait pas dû y avoir. Car, il y a beaucoup de reflets de l’autre dans une religion. Si on peut se connecter sur le plan spirituel, on verra qu’il n’y a pas de différences. C’est au niveau des pratiques culturelles qu’on se différencie mais spirituellement, il n’y a pas de différences. Car, que recherchons nous ? La paix, l’harmonie, le bonheur. Même les insectes cherchent… Qui veut être tué, qui veut souffrir ? » fait-elle voir, d’un oeil observateur.
Preeta Heeralall a pour sa part voulu être éclairée sur « des mots nouveaux dans le vocabulaire autour de la fête Eid. Par exemple, avant on disait Eid Mubarak. Maintenant on entend plus “Bon Ramadan”. On m’a expliqué que c’est l’effet de la mondialisation. Par ailleurs, je ne savais pas que les dix derniers jours du Ramadan sont très importants car il y a un jour parmi, et le prophète n’avait pas eu le temps de le dire à ses fidèles, qui est le plus sacré ». Preeta Heeralall souhaiterait que de telles discussions autour des diverses religions se renouvellent car « j’aime aller au fond des choses ».
De son côté, Jessica Chung To a pu trouver réponse à sa question, à savoir pourquoi certains disent “assalamalekoum” et d’autres “salamalekoum”. « J’ai appris que le premier terme revêt plus de politesse ». De son avis, « whatever name you may call God, Allah or Jehovah, we have only one God and actually we should be one family under God ».