Les événements autour de la démission d’Ali Michael Mansoor en tant que secrétaire financier se sont littéralement précipités au cours de ces dernières 24 heures. L’indication majeure que le sort de ce grand commis de l’État, importé du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, a été véritablement scellé par le gouvernement demeure que le principal concerné n’a pu avoir accès, hier matin, à son bureau au ministère des Finances, où il s’y était rendu pour des raisons professionnelles. Dès demain, un remplaçant, probablement de manière intérimaire, devra être nommé à la tête du ministère des Finances pour assurer la transition dans les préparatifs du budget 2014. Mais à hier, très peu d’indications étaient disponibles quant au choix du successeur d’Ali Michael Mansoor en tant que secrétaire financier.
Des recoupements d’informations effectués par Week-End auprès des sources concordantes indiquent que le couperet est déjà tombé de manière irrémédiable sur Ali Mansoor. Ce dernier aurait déjà accusé réception, dès hier matin, de la lettre officielle confirmant que sa démission a été acceptée officiellement et qu’elle est effective séance tenante. C’est ce qui explique le fait que le secrétaire financier démisionnaire n’a pu avoir accès à son bureau au ministère des Finances hier matin. Un autre haut fonctionnaire des Finances, qui voulait également accéder au bureau d’Ali Mansoor, n’a pu le faire toujours hier matin.
Au ministère des Finances, ce développement a littéralement constitué une véritable douche froide et aucun des fonctionnaires approché n’a voulu faire de commentaires. La consigne officielle transmise est que personne ne doit avoir accès au bureau du secrétaire financier pour l’instant. Il semblerait également que le souhait exprimé publiquement par Ali Mansoor pour une rencontre avec le Premier ministre, Navin Ramgoolam, en début de semaine, ne devrait pas se matérialiser vu que la démission a été tout simplement acceptée.
À ce stade, il semble évident qu’Ali Mansoor pourrait difficilement éviter un autre épisode de l’opération lev paké alé signée  Navin Ramgoolam. Devant les dernières indications, sous forme d’interdiction de faire partie de la mission officielle dirigée par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval pour Washington, il lui a été conseillé de manière très diplomatique de prendre les devants en soumettant sa démission de son poste selon les dispositions de son contrat.
Le feu couve sous les cendres
Cette étape a été franchie vendredi dans un premier temps avec la plus grande discrétion. Une fois la nouvelle ébruitée, Ali Mansoor, avec la bénédiction de son ministre de tutelle, a avancé deux raisons principales pour justifier cette démission. D’abord, d’ordre familial, en vue d’être à côté de sa fille, qui vient d’accoucher à Washington. Ensuite, professionnel : il est en présence d’une offre pour assumer les fonctions d’assistant directeur pour l’Afrique du FMI.
Toutefois, depuis hier matin, les divergences avec le gouvernement sont devenues plus qu’apparentes, éclipsant une séparation à l’amiable. “C’est une autre affaire de chronique d’une démission annoncée. Depuis assez longtemps, le feu couve sous les cendres et il n’est un secret pour personne que les options de gestion sur la base de matrices préétablies d’Ali Mansoor étaient contestées. Le vice-Premier ministre et ministre des Finances en a été informé à maintes reprises. Puis, il y a cette guerre ouverte et quasi indécente entre les Finances et la Banque de Maurice”, confient des insiders, maintenant que tôt ou tard le divorce avec Mansoor, palpable depuis sdes mois, serait consommé.
Aucune des sources approchées n’a voulu confirmer l’élément qui a déclenché tout le processus menant à la démission de vendredi. Dans les conjectures, l’on n’écarte pas la possibilité que l’obssession de Mansoor pour majorer les user fees and charges des services visant à augmenter les recettes publiques en baisse ou encore le contrôle asphyxiant sur le déficit budgétaire auraient pu lui être défavorables dans le rapport de forces.
Accueil favorable
Même si en public des ministres évitent de jubiler, certains applaudissent de manière spontanée le départ du secrétaire financier, qui ne ratait aucune occasion pour sévir avec des coupes dans leurs budgets. Jusqu’à la semaine dernière, leurs protestations en haut lieu furent vaines. Au sein du secteur privé, notamment la communauté de ceux qui sont en faveur du programme de réforme économique, la démission d’Ali Mansoor traduit “un véritable signe de malaise”. Ils préfèrent être en présence des données avant de faire des commentaires.
Dans les milieux des syndicats, la démission d’Ali Mansoor a été accueillie favorablement. Ainsi, Rashid Imrith, président de la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP), déclare qu’”à travers Ali Mansoor, nous avons combattu une politique avilissant les fonctionaires en général. Nous n’avons rien contre l’homme mais contre la politique déshumanisante qui était la sienne pour la fonction publique et le pays en général”.
Rashid Imrith se rappelle du combat mené contre la Circular Letter ESTB/7/208 du 21 janvier 2010 émise par le secrétaire financier au sujet des HR Guidelines, où ce dernier tentait de “control the wage bill in a manner that is detrimental to the effectiveness of the Civil Service”. “La décision en date du 10 février 2010 du Premier ministre exigeant le retrait purement et simplement de cette lettre circulaire reste une grande victoire pour les fonctionnaires dans le sillage du combat syndical que j’ai mené avec d’autres camarades”, déclare-t-il.
Pour sa part, Ashok Subron, animateur de Rezistans ek Alternativ, ne mâche pas ses mots pour commenter la démission du secrétaire financier. “Ce développement à la veille des négociations tripartites et du budget constitue un bon débarras pour les salariés. Ali Mansoor a incarné la politique ultralibérale au sein du gouvernement, avec en prime une détérioration de l’inégalité sociale et l’appauvrissement de la population. Cette démission devra marquer le début de la remise en question de la politique économique adoptée. Sinon nou pou nek sanz dimoun san sanz politik”, a-t-il dit.