La fin de la semaine, marquée par les délibérations du Monetary Policy Committee (MPC), confirme l’escalade entre le ministère des Finances et la Bank of Mauritius Tower sur la conduite de la politique monétaire du pays. Certes, et comme il fallait s’y attendre, le gouverneur de la Banque centrale, Manou Bheenick, a essuyé un nouveau revers dans sa démarche visant à renverser le statu quo par rapport au Repo Rate, solidement ancré à 4,65% depuis juin de l’année dernière. De son côté, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, ne s’est pas seulement contenté d’exprimer sa satisfaction devant la décision majoritaire du Monetary Policy Committee aux dépens de l’establishment de la Banque centrale. Il s’est même payé le luxe d’un communiqué, vendredi après-midi, pour décrier la politique prônée en faveur d’un relèvement du Key Repo Rate, mais également pour s’en prendre de manière frontale aux services spécialisés de la Banque de Maurice, en l’occurrence le département des prévisions et des recherches et celui des opérations de marché.
C’est la guerre ouverte entre la Banque de Maurice et le ministère des Finances, le gouverneur Manou Bheenick sortant de sa réserve post-Monetary Policy Committee, hier, pour monter au créneau et défendre avec véhémence ses services contre « des attaques inspirées des Finances ». Il répond du tac au tac sans faire dans la dentelle et rappelle au ministère dirigé par Xavier-Luc Duval que les prévisions de croissance économique dans les différents budgets ne sont pas toujours atteintes en guise de riposte aux critiques sur l’inflation.
Vendredi, dans le communiqué transmis par le biais des services de presse, le vice-Premier ministre et ministre des Finances n’y est pas allé de main morte contre cette institution qu’est la Banque de Maurice, avec une analogie au marché de la pomme d’amour et tout ce que cela comporte en tant que dénigrement. Il a aussi renvoyé Manou Bheenick et ses principaux lieutenants à leurs études en matière de prévision d’inflation. Toutefois, la partie de bras de fer devra se poursuivre, la Banque de Maurice prévoyant d’éponger sous forme de Bank of Mauritius Notes et Bills un montant supplémentaire de l’ordre de Rs 12 milliards si d’ici à juin des changements structurels n’interviennent pas dans le circuit monétaire.
D’entrée de jeu, commentant la posture du ministère des Finances découlant de ce communiqué, le gouverneur de la Banque de Maurice ne s’est pas fait prier avec une première salve des plus acides. « On ne devrait pas mêler une institution comme la Banque de Maurice à des problèmes de basse-cour », fait-il comprendre avant d’enchaîner avec le même vocabulaire relevant du poulailler pour assurer la défense des services bancaires faisant l’objet d’attaque de la part du vice-Premier ministre et ministre des Finances.